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Le coût des études pousse des étudiants dans la prostitution !

Luttons pour un enseignement décent et gratuit

Fin septembre, un camion publicitaire de la société RichMeetBeautiful était parqué à l’entrée de l’ULB. On pouvait y lire ‘‘Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie. Sortez avec un sugar daddy’’. C’est ni plus ni moins qu’une banalisation de la prostitution étudiante. Est-ce suffisant d’interdire ce type de publicité ? Pour en finir avec de telles pubs, il faut éradiquer la précarité étudiante.

Par Emily (Namur)

Banalisation de la précarité étudiante

Selon la Fédération des étudiants francophones (FEF), pour un étudiant kotteur, une année d’étude supérieure revient à plus de 10.000€. Le minerval a augmenté de près de 50% en Flandre depuis 2014 et a triplé cette année pour les étudiants étrangers côté francophone. Et cela ne comprend pas encore tous les autres frais connexes : syllabus, ordinateur,… À côté de ça, les frais indirects augmentent systématiquement d’année en année (logement, nourriture, transport,…), un poids d’autant plus lourd qu’il s’accompagne de la pénurie généralisée de moyens due aux politiques des autorités (manque de logements sociaux, manque de places en crèche,…) et des coupes budgétaires à tous les niveaux de pouvoir.

‘‘Selon le SPF Intégration sociale, le nombre de jeunes qui bénéficient du Revenu d’intégration sociale (RIS) a doublé en 10 ans, passant de 7.239 en 2006 à 14.867 en 2016. Un chiffre immense puisque ces étudiants pauvres représentent près de 15 % du nombre total de bénéficiaires belges du RIS.’’(1) Face à cette affluence et au manque de financement des CPAS, une enquête est systématiquement réalisée pour s’assurer que la famille n’a pas les moyens de subvenir au besoin du jeune et force ce dernier, le cas échéant, à entreprendre une action en justice pour obtenir une pension alimentaire ! C’est aussi le CPAS qui, sur base d’une entrevue, mais surtout de l’état de ses finances, autorisera le jeune à entreprendre ou non des études supérieures.

De nombreux étudiants tentent également de demander une bourse d’étude mais, là aussi, c’est la galère. La récente réforme pour l’octroi des bourses d’études côté francophone a fait mal à 32.000 étudiants avec la globalisation des revenus pour le calcul d’octroi d’une bourse d’études. Ainsi les revenus de tous ceux qui vivent sous le même toit sont pris en considération, que ça soit le frère, la sœur ou encore le colocataire de l’étudiant précaire(2). La solidarité s’organise de moins en moins au niveau de l’ensemble de la société, pour se limiter au niveau de la famille. La possibilité d’un jeune d’étudier ne dépend dès lors pas de sa motivation, mais bien des moyens de sa famille.

Obligé de travailler pour payer ses études

Dans ce cadre, c’est le règne de la débrouille, et pas à armes égales. Le nombre d’étudiants jobistes employés toute l’année a augmenté de 70 % en cinq ans(3). Pour la moitié d’entre eux, ce travail n’est pas une source d’argent de poche, mais un moyen de financer leurs études et de vivre(4). La réforme de 2012 qui facilite le travail étudiant a illustré qu’il est dorénavant considéré comme normal de travailler à côté des études tout au long de l’année. Les étudiants qui doivent ainsi s’autofinancer perdent un temps d’étude considérable et sont surreprésentés parmi les situations d’échec. De plus, ils n’ont pas toujours la possibilité de recommencer leur année ou de se réorienter : les familles ne peuvent parfois pas l’assumer et le CPAS ne l’accepte généralement pas.

L’augmentation massive du nombre de jobistes a également des conséquences non négligeables sur les travailleurs temporaires (soit un travailleur de moins de 30 ans sur 4(5)). Dans certains secteurs, les travailleurs intérimaires doivent chômer l’été – et de plus en plus durant l’année – car les entreprises préfèrent employer des étudiants, encore meilleurs marchés. Il s’agit d’une pression à la baisse sur les salaires et les conditions de travail de l’ensemble des salariés.

En plus de mettre en concurrence les jeunes travailleurs et les étudiants, les hommes et les femmes ne sont pas égaux face aux jobs étudiants. La société d’intérim Randstad a mené une étude qui révèle que les inégalités salariales en fonction du genre sont déjà perceptibles chez les jobistes. Une étudiante jobiste gagne en moyenne 1.904 € par an, contre 2.166 € pour un étudiant masculin. Le salaire horaire, quant à lui, est de 11,10 € en moyenne pour un étudiant, et de 10 € pour une étudiante. L’étude souligne également que cette différence est encore plus marquée si on regarde les jobs informels (baby-sitting, jardinage,…)(6).

Des entreprises se frottent les mains…

La précarisation étudiante est une opportunité de profits aux yeux de certains ! La prostitution existe sur tous les sites de rencontres. Mais avec la pub de RichMeetBeautiful, on est passé à la catégorie supérieure. Le PDG de RMB, Sigurd Vedal, met clairement en lien le manque de moyens des étudiantes et leurs inscriptions sur son site: ‘‘La vie d’étudiant n’est pas une vie aisée. Vous aurez besoin d’argent pour payer vos manuels, pour un nouvel ordinateur, un logement, vous nourrir et vos moments de détente.’’(7) Il serait donc logique que des étudiantes (mais aussi des étudiants) vendent leur corps aux riches pour subvenir aux coûts des études et de la vie ?!

RMB prévoit ‘‘300.000 inscriptions de membres belges d’ici la fin de l’année 2018’’(8). Le phénomène est difficilement chiffrable, car tant les étudiantes ayant recours à cette activité que les clients tiennent à garder cela secret. Mais entre 3 et 5 % des étudiantes en Europe auraient recours à la prostitution de manière occasionnelle ou régulière peut-on lire dans Moustique(9). En Belgique, on compterait 16.000 étudiantes “sugar babies” selon la journaliste Julie Denayer. Et ce chiffre n’est pas près de diminuer. Une étude menée en Grande-Bretagne montre le lien entre augmentation du coût des études et hausse de la prostitution étudiante…

Selon Renaud Maes(10), docteur en Sciences sociales et du travail et chercheur à l’ULB, la grande majorité des étudiantes qui opte pour cette activité le fait par besoin criant d’argent rapide, souvent lié à une situation d’endettement. Il rappelle également qu’une très large proportion des personnes qui se prostituent, en ce compris les étudiantes, se font agressées, souffrent de syndrome post-traumatique et tombent dans la drogue. Ce n’est pas une activité anodine dont on sort indemne. Et si les étudiantes ont généralement recours à la prostitution pour financer leurs études, la majorité les abandonne, car c’est également chronophage. Sortir de cette activité à la fin des études n’est pas non plus évident puisqu’il n’y a pas d’aide sociale à la fin de ces dernières et qu’il faut en moyenne 7,5 mois pour trouver un emploi une fois le diplôme en poche(11).

L’interdiction des publicités du type de celle qui trônait à côté de l’ULB par le Jury d’Éthique publicitaire est importante, mais cela ne suffira pas pour combattre ce phénomène. La campagne de sensibilisation que veulent mener la ministre des Droits des femmes Simonis et le ministre de l’Enseignement supérieur Marcourt non plus. Ce n’est pas tant un manque d’informations sur les dangers que comporte cette activité, mais bien un manque de moyens pour vivre et étudier qui engendre la prostitution étudiante. C’est sur ce terrain-là que des actions doivent être entreprises.

Permettons à chacun d’étudier dans de bonne condition : pour un salaire étudiant !

Pour que chacun puisse réellement choisir d’entreprendre ou non des études supérieures, il est nécessaire que les jeunes – et moins jeunes – qui décident de consacrer du temps aux études puissent le faire de manière sereine, en toute indépendance financière. Il est inacceptable que le coût des études empêche des jeunes d’étudier, les pousses à se prostituer ou leurs familles à se ruiner.

L’enseignement doit être pris en charge par la collectivité, dans l’ensemble de ses aspects. Nous revendiquons, dès lors, un enseignement gratuit, accessible et la qualité. Pour cela, un refinancement public de l’enseignement à hauteur de 7 % du PIB est indispensable.

Remettons également à l’ordre du jour la revendication d’un salaire étudiant, exigence auparavant portée par les organisations de jeunesse syndicales. Cela rendrait les études réellement accessibles à tous, face au coût, mais aussi au manque à gagner qu’elles constituent. Un salaire étudiant permettrait aussi de choisir quel type d’étude entreprendre. Un jeune dont la famille a dû faire des sacrifices importants pour qu’il accède aux études est souvent bien plus confronté à la pression de faire des études qui permettent de mieux gagner sa vie au détriment de celles qui l’intéressent peut être plus. Un salaire étudiant permettrait de mettre toutes les chances du côté de l’étudiant et de l’étudiante pour favoriser sa réussite, mais également lui permettre de vivre dignement.

  1. http://www.lalibre.be/actu/belgique/le-nombre-d-etudiants-au-cpas-a-double-en-10-ans-5809a0bbcd701ccd4d7dcfd
  2. http://www.lalibre.be/actu/belgique/le-nombre-d-etudiants-au-cpas-a-double-en-10-ans-5809a0bbcd701ccd4d7dcfd22) https://www.rtbf.be/info/societe/onpdp/detail_nouvelles-bourses-d-etudes-32-000-etudiants-en-difficulte?id=9538822
  3. http://www.lesoir.be/108286/article/2017-08-08/le-nombre-detudiants-jobistes-employes-toute-lannee-explose-en-cinq-ans
  4. https://www.rtbf.be/info/societe/detail_la-moitie-des-etudiants-qui-travaillent-le-font-pour-financer-leurs-etudes?id=9712580
  5. https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_emploi-en-belgique-la-situation-s-ameliore-mais-pas-de-quoi-crier-victoire?id=9733456
  6. http://plus.lesoir.be/101659/article/2017-06-27/pourquoi-etudiantes-et-etudiants-jobistes-ne-gagnent-ils-pas-la-meme-chose
  7. http://www.moustique.be/19352/prostitution-20-voulez-vous-une-sugar-baby
  8. http://www.lalibre.be/actu/belgique/une-campagne-de-publicite-sexiste-cree-la-polemique-a-l-ulb-59c90213cd70129e418c9d22
  9. http://www.moustique.be/19352/prostitution-20-voulez-vous-une-sugar-baby
  10. Idem
  11. http://www.stepstone.be/Conseils-de-Carriere/Trucs-astuces/combien-de-temps-faut-il-pour-trouver-un-emploi.cfm
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