Mon corps, mon choix ! La lutte en Irlande à un stade crucial

Cet automne sera d’une grande importance pour le droit à l’avortement en Irlande, qui y est toujours interdit par le 8ème amendement de la Constitution. L’abrogation de cette loi anti-avortement est exigé sous le slogan ‘Repeal the 8th’ (‘Abroger le 8ème’). Ces dernières années, le soutien pour celui-ci a considérablement augmenté, tout particulièrement parmi les jeunes et les femmes. Il existe aujourd’hui une nouvelle génération qui défend avec confiance le droit de décider de son propre corps.

Le gouvernement a mis en place une ‘Assemblée des Citoyens’ de 100 personnes ordinaires, en espérant mettre la question de côté. Mais de cette Assemblée sont sorties des recommandations progressistes qui ont accru la pression pour réellement organiser un référendum sur le droit à l’avortement. Les politiciens conservateurs feront tout pour l’empêcher. La pression doit donc rester élevée.

La campagne ROSA en Irlande (‘for Reproductive rights, against Oppression, Sexism & Austerity’) et les parlementaires de ‘Solidarity’ (dont fait partie le Socialist Party, section-sœur du PSL en Irlande), parmi lesquels Ruth Coppinger, jouent un rôle majeur dans ce domaine. Ils mobilisent pour la grande ‘March for Choice’ (‘Marche pour le choix’) du 30 septembre (juste après la production de ce journal). La pression publique est telle que la commission parlementaire qui traite les recommandations de l’Assemblée des Citoyens ne parvient pas à s’en sortir avec ses manœuvres. Avec Ruth Coppinger au sein de la commission parlementaire, la pression publique est fortement relayée en son sein.

Ruth Coppinger sera présente à Bruxelles le 21 octobre prochain à l’occasion du week-end ‘Socialisme 2017’ (informations pratiques et programme de l’événement). Nous lui avons demandé une réaction :

‘‘L’Assemblée des citoyens a été créée par le parlement l’an dernier dans une tentative désespérée de casser la dynamique croissante en faveur de l’abrogation du 8ème amendement. L’establishment s’attendait à des conclusions conservatrices, mais cette Assemblée a refusé de s’y conformer ! Forcer les gens ordinaires à prendre des décisions controversées est clairement une entreprise risquée.

‘‘Après avoir récolté informations et arguments, l’Assemblée a finalement conclu que le Dáil (le Parlement irlandais) devait absolument agir, que le 8ème amendement devait être abrogé et droit à l’avortement introduit pour des raisons de santé, socio-économiques ou liées à une anomalie fœtale fatale pour la mère et/ou l’enfant dans les premières 22 semaines et ‘‘sans restriction quant à la raison’’ dans les premières 12 semaines.

‘‘Le premier forum public sur le droit à l’avortement a formulé des recommandations radicales. Mais le Parlement est ultra-conservateur. Un seul groupe du Dáil, ‘Solidarity-People Before Profit’, plus une poignée de parlementaires appuient ces propositions.

‘‘En tant qu’activiste socialiste et pro-choix au sein du comité parlementaire, au nom de Solidarity et People Before Profit, je défendrai l’abrogation complète du 8ème amendement et pour qu’il n’y ait rien concernant le corps des femmes dans la Constitution. J’exigerai la reconnaissance juridique du droit à l’avortement.

‘‘Solidarity a défendu l’idée d’un référendum qui proposerait les recommandations de l’Assemblée des Citoyens. Ce serait bien mieux que de laisser la décision à une commission parlementaire non représentative.

‘‘Il y a quelques temps, l’establishment irlandais avait jugé nécessaire de soumettre le mariage homosexuel à un référendum car il n’osait pas lui-même prendre de décision. Les liens sont étroits entre l’establishment et l’Eglise catholique. On ne peut donc pas leur faire confiance pour proposer des mesures sociales qui, dans d’autres États de l’Union européenne, semblent pourtant évidentes, comme la séparation de l’Eglise et de l’État, l’instauration d’une éducation sexuelle sans culpabilisation ou jugement, une contraception gratuite ou à prix abordable et, bien sûr, le droit à l’avortement. Un mouvement social très fort et très actif va devoir arracher tout cela.

‘‘Cinq ans après la mort de Savita Halappanavar [une jeune femme décédée suite à une fausse couche après qu’un avortement lui ait été refusé, NDLR], il est incroyable nous ne puissions toujours pas avoir de loi permettant l’avortement.

‘‘Tous les partis et les parlementaires indépendants doivent maintenant être défiés sur cette position. Certains élus des partis traditionnels considèrent encore les femmes comme le ‘‘sexe faible’’. D’autres se taisent. Nous ne devons pas leur permettre de maintenir leurs positions médiévales. Mais même les partis favorables à l’abrogation du 8ème amendement, comme le Parti travailliste et les Verts, soutiennent une série de conditions avant d’avoir droit à l’avortement. Cela signifie qu’ils vont moins loin que la vielle loi britannique qui a 50 ans. Le Sinn Féin, tout en soutenant l’abrogation, ne soutient l’avortement que s’il y a une ‘‘grave menace’’ pour la santé mentale de la femme. Il s’agit de la possibilité déjà existante d’avortement pour éviter le suicide. Mais récemment encore, une victime de viol aux tendances suicidaires désireuse d’avorter s’est vue refuser ce droit ! L’approche du Sinn Fein doit changer : si ce n’est pas maintenant, quand alors ?

‘‘On dit parfois que nous vivons des moments historiques. Aujourd’hui, l’occasion existe certainement de gagner un changement social historique en Irlande : l’abrogation de cet odieux 8ème amendement qui nous a été infligé par l’Eglise catholique et des politiciens opportunistes. Ce à quoi ressemblera la législation sur l’avortement pourra aussi être déterminé par la force du mouvement. Nous devons faire tout notre possible pour faire défendre les progrès historiques des femmes, des femmes enceintes et de toute cette génération.’’

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