Face au changement climatique, le capitalisme est impuissant

Manifestation pour le climat à Ostende en 2015, délégation des Etudiants de Gauche Actifs. Photo: MediActivista

La réalité du changement climatique fait aujourd’hui consensus, de même que son impact sur la violence et la gravité des phénomènes naturels tels que les ouragans. Quelle société sera la plus apte à faire face aux conséquences du changement climatique déjà en cours ?

Par Michael Bouchez

Des catastrophes aggravées par le capitalisme

Ces derniers mois, il a beaucoup été question des ouragans qui ont dévasté les États-Unis et les Caraïbes, qui ont causé des dizaines de morts et ravagé les foyers de dizaines de milliers de familles. Les médias ont accordé une bien moindre attention aux moussons dévastatrices d’Inde, du Bangladesh et du Népal. Au moins 1.200 personnes y ont perdu la vie, des millions d’autres se sont retrouvées sans abri. Certains scientifiques et commentateurs ont essayé d’adoucir les choses en soulignant que la technologie moderne peut mieux prédire l’arrivée des ouragans, ce qui permettrait d’assurer une évacuation plus rapide.

Même si plus de vies pourraient effectivement être sauvées, il n’en reste pas moins que les conséquences de ces dramatiques événements sont beaucoup plus lourdes pour les plus pauvres. La photo de cette maison de retraite américaine où des personnes âgées attendaient les secours dans leurs fauteuils roulant avec de l’eau jusqu’aux coudes a fait le tour du monde. En Asie du Sud, ce sont les bidonvilles qui ont été le plus durement impactés. Pas d’argent ? Pas de secours.

Les limitations du capitalisme ne concernent pas que la catastrophe elle-même. Ce système est également incapable de combiner l’aménagement du territoire, la croissance démographique et les changements climatiques. L’extrême déréglementation du secteur de l’immobilier a même aggravé l’impact des catastrophes. A Houston, l’augmentation de la population de 1,8 million d’habitants en 20 ans fut une excellente opportunité pour les promoteurs et agents immobiliers. Mais la législation a été mise de côté pour construire plus, plus vite et moins cher et ainsi amasser plus de profits. Le comté de Harris, dans la région de Houston, a autorisé la construction de 8.600 habitations depuis 2010 dans des régions qui comportaient 1% de risque d’inondation. Cela aurait dû impliquer la construction d’étangs, de zones de drainage,… Ce ne fut pas le cas. Entre 1992 et 2010, 30 % des marais ont même été bétonnés. Cette logique où les grandes entreprises sont les seules à fixer les règles a assuré que même des zones sans risque d’inondation (et où se trouvent des entreprises chimiques…) ont été sous les eaux après le passage de l’ouragan Harvey.

L’augmentation du nombre de réfugiés climatiques est dorénavant également inévitable. Les sécheresses et les inondations vont encore plus durement frapper le monde néocolonial, mais ce sera aussi le cas aux États-Unis. Pour les Trump, Francken & Co, la seule réponse, c’est de repousser les réfugiés. Avec un cynisme infâme, ils utilisent les conséquences désastreuses de leur politique de démolition sociale en termes de chômage, de précarité,… pour justifier qu’il n’y aurait aucun moyen d’accueillir ces réfugiés !

Capitalisme contre socialisme

Les dommages causés par les catastrophes naturelles se comptent en centaines de milliards. Mais pour les capitalistes, de telles catastrophes peuvent être très positives. En dépit des coûts humains et matériels, les marchés boursiers savent reconnaitre un nouveau marché potentiel quand ils en voient un. A Houston, des entreprises de construction qui ont aggravé la situation se frottent maintenant les mains en songeant à la reconstruction.

Dans le monde néocolonial, les choses sont encore pires. Il n’existe bien souvent pas de fonds pour faire face aux catastrophes. Tout part sur les comptes des multinationales. Sans contrôle démocratique des travailleurs et des pauvres sur les richesses existantes pour assurer que des investissements soient effectués dans le logement, l’accès à l’eau potable et les plans d’évacuation, l’augmentation du nombre de réfugiés climatiques sera exponentielle.

Laisser l’aide et l’utilisation de l’espace public au secteur privé et à ses partisans politiques signifie de continuer à ignorer les effets à long terme du changement climatique. Les solutions collectives dont nous avons besoin ne peuvent être mises en œuvre que lorsque les richesses et les capacités scientifiques mondiales seront sous le contrôle démocratique des travailleurs et des pauvres. Seule une économie démocratiquement planifiée pourra tenir compte de la planète, du coût écologique, mais aussi des effets à court et à long terme du changement climatique.

Un récent sondage commandé par le Forum économique mondial montre que les jeunes de 18 à 35 ans se rendent de plus en plus compte que leur responsabilité individuelle est minime et que les grandes entreprises sont bien plus responsables du changement climatique. Notre capacité à planifier l’économie dans le respect de l’environnement dépendra de notre stratégie reposant sur des solutions collectives et du rôle que jouera le mouvement organisé des travailleurs dans le mouvement écologiste.

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