Norvège: massacre du terroriste d’extrême-droite – Comment devrait répondre le mouvement des travailleurs?

Le massacre commis par l’extrémiste de droite Anders Behring Brevik à l’île d’Utøya, à une quarantaine de kilomètre d’Oslo, la capitale de Norvège, a choqué et horrifié partout où la nouvelle a été entendue. C’était un acte de cruauté à peine imaginable. De sang froid, Behring Brevik a tiré et tué des dizaines de personnes, principalement des jeunes, et en a blessé des dizaines d’autres. Aujourd’hui, le choc et la peine sont les sentiments dominants en Norvège. Beaucoup de questions demeurent sans réponse. Qu’il y-a-t-il derrière le terrorisme d’extrême-droite ? Comment le mouvement des travailleurs et les marxistes doivent-ils répondre ?

Per-Åke Westerlund, Rättvisepartiet Socialisterna (CIO-Suède)

Anders Behring Breivik a préparé son attaque pendant presque 10 ans, en combinant les méthodes de deux massacres précédents – l’attaque à la bombe l’Oklahoma par Timothy McVeigh et la fusillade responsable du massacre à Columbine. Tout comme McVeigh, Anders Behring Breivik s’est construit une énorme bombe pour s’en prendre à des bâtiments du gouvernement et, tout comme pour le massacre de Columbine, il a tiré sur de jeunes victimes innocentes, de sang froid. L’attaque terroriste d’Oslo a été conçue pour attirer un maximum d’attention.

Haine du « marxisme culturel » et de la « colonisation islamique »

Quelques heures avant l’attaque, Behring Brevik avait envoyé les 1.500 pages de son ‘manifeste’ d’extrême-droite à des destinataires choisis, et avait posté une vidéo sur youtube. Le manifeste contient également une sorte de journal intime commencé en 2002. Les principaux titres du manifeste sont éloquents et s’en prennent au ‘‘marxisme culturel’’ et à la ‘‘colonisation islamique’’.

Behring Breivik déteste le marxisme, l’internationalisme et l’Islam. Sur Internet, il s’est décrit comme ‘‘conservateur’’ plutôt que nazi ou néolibéral. C’est un chrétien pratiquant, un franc-maçon et, de 1999 à 2006, il a été membre du Parti du Progrès, un parti raciste, jusqu’à récemment encore le deuxième plus grand parti de Norvège. Il n’a pas caché son admiration pour le politicien hollandais islamophobe Geert Wilders, et a essayé de lancer une branche norvégienne de l’English Defence Ligue, la Ligue de défense anglaise, un groupe d’extrême-droite anglais fondé en 2009. Il était également actif sur le site Web nazi suédois nordisk.nu.

Le Parti Travailliste, au gouvernement en Norvège, ainsi que son organisation de jeunesse, AUF, représentaient le mouvement des travailleurs aux yeux de Behring Breivik, et ils ont donc été ses cibles. Par conséquent, il est nécessaire pour les syndicats, les organisations et les militants de gauche de discuter de ces événements et des initiatives à prendre. De leur côté, les conservateurs de l’opposition ne savent pas quoi dire et se limitent à des expressions vides concernant la démocratie et la défense de la Norvège.

Au début, les forces de la réaction ont tenté de rejeter le blâme pour le massacre sur d’autres. En Suède, l’attaché de presse des Démocrates Suédois (extrême-droite), tous comme des journaux tels que le Dagbladet en première page ou comme le commentateur politique Henrik Brors, ont bien vite identifié des islamistes comme étant responsables des attaques. Maintenant, médias et politiciens pro-establishment parlent seulement de l’extrémisme, en évitant généralement de discuter des idées et des motivations de droite de Behring Brevik. L’éditorial du Dagens Nyheter du 24 juillet a même tenté d’assimiler le massacre d’Olso avec une ‘‘menace’’ imaginaire de ‘‘l’extrémisme de gauche’’. En fait, tant Behring Breivik qu’Al-Qaeda représentent les réactionnaires et les idées de droite contre le mouvement des travailleurs, les droits démocratiques et les droits des femmes.

Les véritables socialistes s’opposent au terrorisme d’individus ou de groupes, de même qu’ils s’opposent au terrorisme d’Etat qui est l’œuvre de l’impérialisme américain et de ses alliés, y compris la Suède et la Norvège. Les attaques terroristes d’Oslo sont aussi choquantes pour la Norvège que le 9/11 l’a été aux USA ou que l’a été le meurtre du premier ministre Olof Palme en Suède en 1986.

En Norvège, la solidarité avec les victimes de Behring Breivik s’est immédiatement exprimée, notamment illustrée par ces propriétaires de bateaux qui ont risqué leurs vies afin de sauver les jeunes qui avaient sauté dans les eaux entourant l’île pour se sauver du terroriste armé. En une expression d’incrédulité et de sympathie avec les jeunes assassinés, des montagnes de fleurs ont été déposées à l’extérieur des bureaux et des bâtiments des sociaux démocrates du parti Travailliste et dans les églises. C’est un élément révélateur du potentiel des travailleurs et de la jeunesse pour agir contre la terreur de droite et le racisme ainsi que contre les conditions sociales qui les provoquent.

Unité du mouvement des travailleurs contre les idées réactionnaires

Le terrorisme est essentiellement un produit de la société. Les anciennes sociétés basées sur l’Etat-Providence en Norvège et en Suède ont petit à petit été détruites, avec une extension des pénuries de moyens pour pourvoir aux besoins sociaux et la création de nouvelles injustices. En l’absence d’organisations de travailleurs capables de mener campagne en unissant ceux-ci pour résister au néolibéralisme et au système dans son ensemble, l’espace a été créé pour que des racistes et des extrémistes de droite puissent en profiter pour blâmer de commodes boucs émissaires. La droite populiste, les racistes, les néonazis et quelques fondamentalistes chrétiens s’en prennent aux immigrés, aux minorités, aux travailleurs et aux militants de gauche et les rendent responsables de la crise croissante que connaît la société. Les politiciens de l’establishment préparent le terrain sur lequel se développe ce climat réactionnaire en menant des politiques qui ont pour conséquence de traiter durement les réfugiés et de miner la solidarité dans la société à coups d’attaques contre les malades, les chômeurs, et ainsi de suite.

Pour couper court au développement des idées et organisations réactionnaires, ainsi que pour s’en prendre au terreau pour le terrorisme de droite, il faut une campagne du mouvement des travailleurs, uni internationalement. Combattre le terrorisme, c’est aussi combattre la guerre, la mondialisation capitaliste et le racisme. C’est lutter pour des conditions de vie décentes pour tous, pour de bons salaires, et pour une société qui réponde aux besoins de chacun.

Cela doit commencer dès maintenant, par des mobilisations contre l’extrême droite et le terrorisme inspiré par l’extrême-droite, et aller en direction d’une alternative socialiste démocratique contre la dictature des marchés capitalistes.

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Première page de Lutte Socialiste