Pas de soldes sur nos salaires et nos conditions de travail !

Non au modèle Allemand de dumping social

Les patrons et leurs politiciens traditionnels sont impatients d’introduire le modèle allemand fait de bas salaires et de flexibilité extrême pour les travailleurs. Au niveau international, tous les partis traditionnels suivent la proposition de ‘‘gouvernance économique’’. Le résultat de cette politique en Allemagne a fort bien été résumé par le célèbre écrivain allemand Günther Walraff : ‘‘Nous devenons de plus en plus un pays sousdéveloppé.’’

Par Geert Cool

En juin, lors d’une réunion avec des patrons flamands, Bart De Wever avait déclaré : ‘‘Avec un front flamand, il doit être possible de pousser des réformes basées sur le modèle Allemand.’’ Mais de quoi parle-t-on ?

Attaque sur les salaires

Début du siècle, le gouvernement allemand a mis en oeuvre un programme d’assainissements appelé ‘‘Agenda 2010’’, avec les réformes ‘Hartz’ notamment. Ce programme, introduit par le chancelier Schröder (SPD), répondait aux problèmes économiques en attaquant durement les travailleurs et les allocataires sociaux.

L’allocation de chômage a été limitée dans le temps, pour ensuite être remplacée par une indemnité de 351 euros par mois seulement. En outre, les chômeurs peuvent être obligés d’accepter n’importe quel emploi, y compris les ‘‘emplois-à-un-euro’’ (un euro par heure de travail en plus de l’allocation). Résultat : une spirale vers le bas pour tous les salaires. Entre 2000 et 2009, les salaires réels en Allemagne (adaptés aux augmentations des prix) ont en moyenne reculé de 4,5%.

Aujourd’hui, 20% des travailleurs allemands gagnent moins de 10 euros par heure et 1,5 million d’Allemands moins de 5 euros ! Environ 6,5 millions de travailleurs ont un salaire brut de moins de 1500 euros par mois. Entre 2005 et 2009, le nombre de personnes ayant un risque de pauvreté a augmenté de 2.630.000 personnes, soit une augmentation de 26,4% (!), pour atteindre les 12,6 millions, soit 15,3% de la population totale. Le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de 4,8% à 6,8%.

Les pauvres plus pauvres, les riches plus riches

D’après Pieter Timmermans, de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), ce n’est pas un problème : l’Allemagne n’est pas ‘‘un cas extrême’’. Le taux de pauvreté officiel (14,9%) est à peine au-dessus de la moyenne de la zone euro (14,6%). En expliquant que l’Allemagne est ‘‘un bon exemple’’, il dévoile que la bonne recette pour les patrons, c’est une pauvreté croissante et de plus en plus de travailleurs pauvres. Le modèle allemand entraîne un élargissement du fossé entre riches et pauvres. En 2005, les 20% les plus riches avaient un revenu moyen 3,9 fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres. En 2007, ce chiffre était passé à 4,8 fois !

Voilà l’exemple que De Wever veut suivre : ‘‘Les réformes sociales [en Allemagne] étaient dures, mais ont porté leurs fruits. Il faut cela aussi chez nous : assainir sur les dépenses et des réformes structurelles. Les francophones ne veulent pas cela, par crainte d’un bain de sang social. Il faut donc faire un front flamand.’’ De Croo (Open VLD) et Michel (MR) ont été rapides pour répondre que ce n’est pas une question communautaire et qu’eux aussi veulent des ‘‘réformes’’. Peut-être faut-il mettre De Wever et ses amis au régime de 351 euros par mois jusqu’à ce qu’ils forment un gouvernement, cela irait sans doute beaucoup plus vite ! Les parlementaires ont un salaire de plus de 8.500 euros brut par mois, un membre de la Chambre reçoit 103.794 euros brut par an. Comment ces gens-là osent-ils dire que les chômeurs doivent se serrer la ceinture ?

Günther Walraff a résumé le modèle allemand dans une interview: ‘‘On dit que l’Allemagne a créé deux millions de nouveaux emplois ces dernières années. C’est vrai. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est que seulement un quart de ces emplois ont un salaire qui suffit pour en vivre. Il y a 1,4 millions de travailleurs qui ont du boulot, mais qui ne gagnent pas assez pour leur subsistance de base. Nous parlons d’emplois avec un salaire de 5 à 8 euros par heure, soit un salaire mensuel de 900 euros.’’

Négociations collectives menacées

Un élément de la politique de bas salaires et de l’augmentation des boulots précaires et mal payés, c’est le démantèlement de la négociation collective. En 2005, en ex-Allemagne de l’Ouest, 67% des travailleurs seulement tombaient sous une convention collective de travail (CCT) ; ils étaient 78% en 1998. A l’Est, ce taux est même tombé à 53%. Combiné avec cette tendance, le taux de syndicalisation a diminué à 21,2% à l’Ouest et 17,8% à l’Est (30,8% et 50,1% en 1990). Si les syndicats veulent mener la lutte contre la progression du modèle allemand imposant des petits boulots à petits salaires et le dumping social, ils doivent organiser ces travailleurs précaires et mener une campagne active pour des emplois de qualité pour les jeunes.

Arrêter tout les assainissements et la casse sociale

Au lieu d’accepter la logique d’assainissements, les syndicats doivent rejoindre la voie des protestations des jeunes, comme en Espagne. Dans ce mouvement, certains jeunes voient les syndicats comme faisant partie de l’establishment. C’est un sérieux avertissement, qui accentue l’urgente nécessité pour les syndicalistes combatifs de revendiquer des syndicats démocratiques et combatifs.

Cette résistance doit se prolonger au niveau politique. Avec De Wever, De Croo et Michel, nous deviendrons au plus vite un ‘pays sous-développé’ (pour la majorité de la population bien entendu), tandis que les autres partis veulent seulement adoucir le rythme de ce même processus. Le PSL s’oppose à ces deux camps capitalistes de même qu’à la politique d’assainissements et à la continuelle érosion des acquis sociaux.

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