Russie: Deuxième vague de privatisation, stoppons-la avant qu’elle ne nous engloutisse

En décembre passé, le président du gouvernement de la Fédération de Russie, M. Vladimir Poutine, a confirmé le programme de vente des actifs fédéraux entre 2011 et 2013. Conformément au plan de l’année 2011, les premières ventes aux enchères ont commencé fin mai. Ainsi a démarré la “deuxième vague” de privatisation.

Klimov, CIO, Moscou

« Les recettes de la Russie en provenance des privatisations s’élèvent à des trillions de roubles », annonce avec entrain le ministère du Développement économique. Divers fonctionnaires haut placés nous rappellent que nous vivons à présent dans un contexte de bas prix du pétrole sur les marchés mondiaux et de déficit budgétaire. Cela sous-entend, semble-t-il, que dans de telles conditions, la vente des actifs étatiques est absolument indispensable pour compléter le Trésor – mais c’est là surtout l’explication destinée aux “roturiers conservateurs”, qui se souviennent encore des charmes de la “première vague” de privatisation des années ’90.

Pour les partisans du libre marché (y compris les cercles proches du pouvoir), c’est une toute autre inquiétude qui a refait surface. En dépit des plans de privatisation mis en place chaque année, on a commencé à entendre çà et là des plaintes à la fin des années ‘2000, comme quoi la part de l’État dans l’économie de la Russie s’approche des 40% : « Pour un pays avec une économie de marché, cela est absolument inadmissible ! »

Comme nous nous en souvenons, l’objectif fondamental de la fameuse “modernisation” de Medvedev, était la hausse de “l’attrait de l’économie russe pour les investisseurs”. Si on gratte un peu sous la surface de l’ambitieuse propagande sur les nano-technologies et les productions de haute technologie (à laquelle il semble déjà que personne ne croit), nous voyons les principales figures du gouvernement – en la personne, par exemple, du ministre des Finances Kourdine – parler de privatisation. Une coïncidence fort caractéristique, n’est-ce pas ?

Le menu pour les investisseurs

Selon les communications dans la presse, les gros objets de privatisation en 2011 – 2013 seront, entre autres, la SAO “Apatite”, la maison d’édition “Prosvechtcheniye” (les Lumières), la compagnie d’aviation “Sibir” (Sibérie), la flotte de pêche d’Arkhangelsk, l’usine automobile d’Oulianovsk, le port de pêche de Mourmansk, le port d’Orient, et la compagnie “Almazny mir” (monde de diamant).

On a aussi la privatisation partielle des entreprises-clés de l’économie : “Rosneft” (25% des actions), “RusHydro” (à 7,97%), la compagnie du réseau fédéral du Système énergétique uni (à 4,11%), la “Sovremenny kommertcheski flot” (“Flotte commerciale moderne”) (à 50%), la banque Sberbank Rossii (à 7,58%), et la banque VTB (à 35,5%).

D’ici 2013, le gouvernement prévoit de vendre 25% des actions de la SAO “Rossiyskiye jeleznyïe dorogui” (Chemins de fer russes), et 50% de “RossAgroLeasing”. Quant à la “Ob’yedinennaïa zernovaïa kompaniya” (compagnie céréalière unifiée), qui exporte 11% du grain russe et est en partie responsable de la construction et de l’exploitation des silos, ainsi que de la régulation étatique du marché de la production agricole, des matières premières et des denrées alimentaires, elle se verra entièrement amputée du lait, et ce, avant 2012. À la lumière de l’envolée des prix des denrées de base de l’an dernier (à cause de la sécheresse anormale, de la mauvaise récolte et de la spéculation non contrôlée sur les marchés), on voit que tout ceci est très “opportun”.

Il semble que le seul problème qui inquiète les organisateurs de ce festin néolibéral consiste en cette citation de la “Rossiyskaïa gazeta” : « Le marché sera incapable d’“avaler” l’entièreté du volume d’actifs privatisés ».

Et qui paie l’addition ?

En première ligne, bien sûr, les travailleurs et les travailleuses des entreprises privatisées. Le fameux “attrait pour les investissements” duquel les capitalistes et leur gouvernement aiment tant parler consiste en la possibilité d’imposer aux travailleurs des conditions plus frugales : travaille plus, reçoit moins, et les garanties sociales, oublie-les. Même dans les entreprises où l’État conserve assez d’actions que pour en garder le contrôle décisif, il va devoir prendre en compte les appétits des nouveaux propriétaires avec lesquels il partage le gâteau.

D’ailleurs, rien de neuf. Au final, n’est-ce pas pour cela qu’a été entrepris le passage à l’actionnariat de nombreuses “goskompanii” (compagnies d’État), afin de donner à l’État “social” la possibilité de remplir le rôle du capitaliste, d’agir comme un capitaliste, pour après quelque temps commencer à partager ce rôle avec ses amis, les Prokhorov et les Deripask ?

Peu réconfortante aussi, est la perspective en ce qui concerne le budget d’État. Le budget recevra en une fois le fameux trillion de la vente des entreprises – mais perdra pour toujours les revenus provenant de leurs activités. Pourtant, quelques-unes seulement des actions de “Rosneft” qui sont en train d’être privatisées pourraient rapporter chaque année 75 milliards de roubles au budget.

Et après cela, ils nous parlent encore de manque de moyens, et de l’impossibilité de subvenir au financement de l’enseignement, de la santé et des compagnies de services de logement. Les classes bondées et les hôpitaux surchargés, les enseignants et les docteurs qui vivent dans la pauvreté, les pensionnés qui mendient – sur un arrière-plan de nouveaux “propriétaires efficaces” et satisfaits. Et quel remède est suggéré face à tout cela ? À nouveau la privatisation – du secteur social cette fois !

Privé et collectif

La nationalisation de l’industrie et des banques – voilà l’alternative logique à la politique actuelle du gouvernement, et cette alternative, de plus en plus de gens commencent à s’en souvenir. Et même, pour une fois, le chef de la Fédération des syndicats indépendants de Russie (FSIR), Mikha’il Chmakov – mais dans quel contexte ! Voilà sa déclaration au meeting du Premier Mai de la FSIR et de “Russie unie” (le parti de Poutine et Medvedev) : « Si l’entreprise n’a aucune responsabilité sociale, alors il faut prendre cette entreprise, la nationaliser… et après cela, la transmettre à des propriétaires qui prendront sur eux des engagements sociaux ».

On sait qu’un propriétaire privé ne peut s’autoriser d’être “responsable sur le plan social” que lorsque les affaires de sa compagnie vont bon train, de sorte qu’il puisse peut-être – peut-être – envisager de partager une partie des bénéfices avec les travailleurs. Au point que la proposition de Chmakov signifie dans les faits : nationaliser les pertes, mettre en place l’“optimisation” et la “modernisation” (aux frais d’une partie des travailleurs et des travailleuses, bien entendu), et ensuite, redistribuer l’entreprise aux “propriétaires efficaces” suivants.

Dans de telles conditions, il ne reste pas d’autre choix aux simples travailleurs que de tenter de prendre par eux-mêmes des mesures contre la nouvelle vague d’offensive capitaliste. S’organiser sur les lieux de travail et lutter pour l’annulation des plans de privatisation, en commençant à partir d’une entreprise concrète – jusqu’à la grève s’il le faut. S’organiser sur le lieu de vie et lutter pour l’accroissement des dépenses pour les budgets sociaux, en commençant à partir de district ou ville concret – et jusqu’à des actions de protestation de masse s’il le faut. Créer une organisation politique des travailleurs, lutter ensemble pour obtenir le passage à la propriété collective des grosses entreprises, sous le contrôle et la gestion des travailleurs – ouvriers et employés. Accomplir des réformes socialistes radicales et diriger le cours économique du pays vers la satisfaction des intérêts de la majorité de la société, et non des capitalistes et de leurs amis au gouvernement.

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