Blocage de l’AG des actionnaires d’Econocom sur fond d’acquisition : “Pour un juste partage des joies et des peines”

Dans les locaux d’Econocom se tenait à Zaventem une Assemblée Générale des actionnaires. Les syndicats avaient décidé de tenir une action de blocage pour pousser la direction à entendre leurs inquiétudes quant aux conséquences sur le plan social du rachat d’ECS (filiale de la Société Générale) par Econocom l’année passée. Ce mardi 17 mai, des délégués belges et français ont donc bloqué pendant une bonne heure l’AG.

Rapport et photos par Nico M. (Bruxelles)

Cette action a pris place une semaine après une action à la Défense à Paris devant les locaux de la Société Générale et après 6 mois durant lesquels la direction a fait la sourde oreille aux demandes syndicales.

Le rachat d’ECS double la taille de Econocom et l’objectif mis en avant est d’atteindre les 2 milliards € de chiffres d’affaire en 2012. Le patron d’Econocom, Jean Louis Bouchard, est annoncé comme la 138ème fortune française avec une fortune estimée à 136 millions d’€. Pendant le blocage, les travailleurs mettaient en avant les bonus partagés (4 millions entre 4 personnes) ainsi que de l’augmentation du cours de l’action (aujourd’hui à 16€) et du dividende (0,35€ par action). Jean Louis Bouchard peut donc compter sur un dividende total d’au moins 4,5 millions pour ses 13 millions d’actions du groupe (Sources : Trends-Tendances du 09/09/2010).

Les inquiétudes des travailleurs résident dans le fait que la direction se réserve les “joies” du rachat et laisse les “peines” sur le dos des salariés. Il est tout d’abord question de restructuration. En effet après chaque rachat d’entreprise, la nouvelle entité dégraisse ses effectifs et licencie toute une série de travailleurs jugés superflus. De plus dans le cas d’ECS, Econocom veut le beurre et l’argent du beurre. La tentation est grande de prendre les nouveaux employés sous de nouvelles conventions moins favorables pour les travailleurs que celles en vigueur lorsqu’ils étaient une filiale de la Société Générale. La volonté est de casser la convention collective métallurgiste chez ECS France, et également chez Econocom France. C’est autour de ces conséquences sociales que les syndicats voulaient une concertation sociale avec la direction pour dégager des garanties vis-à-vis de ces restructurations.

Les actionnaires peuvent recevoir les dividendes mais les travailleurs devront alors revoir, comme partout ailleurs, leurs conditions de travail, leurs salaires à la baisse. Ce message était clair lors de ce blocage: Halte à la casse sociale! Les syndicats dénoncent le manque de négociations dans le processus de rachat et donc l’absence de convention pour l’ensemble du personnel. De plus ils pointent les divisions qui en découlent. La direction signe des accords avec des groupes restreints de travailleurs et attaque donc de manière isolée les travailleurs. Cela fait un an que le rachat a eu lieu et rien de concret n’est encore sur la table.

Les délégués voulaient aussi prévenir que cette attitude radicalise les délégations autour de la nécessité de lutter. Les liens entre délégués belges et français sont d’ailleurs très bons et se renforcent dans de telles actions ou encore lors de l’action à Paris où des délégués belges étaient présents. Ce blocage voulait prévenir que les délégations ne laisseraient pas passer cette “OPA sur les acquis sociaux” et étaient prêtes à des actions plus dures si la direction ne donnait toujours pas de suite. Depuis quelques jours, la direction est en discussion avec les délégations françaises, le blocage de ce mardi a permis que deux observateurs belges, du côté syndical, soient invités.

Cette situation est caractéristique et nécessite toute notre solidarité. Depuis les années ’70, nous sommes dans une situation de surproduction. Le néolibéralisme sous l’impulsion de Thatcher et Reagan a notamment permis au patronat d’assouvir leur soif de profits en tirant leurs marges sur base d’une augmentation de l’exploitation des travailleurs. C’est à dire soit faire travailler plus, soit avec moins de personnel, soit en payant moins de salaire, soit les trois. Avec les marchés qui se réduisent, la tendance à la création de grands groupes monopolistiques a été accentuée favorisant les rachats, fusions et autres OPA. Mais lorsque les capitalistes récupèrent une société ce n’est pas pour refaire la même chose qu’avant. Une acquisition doit se solder par une économie sur les coûts de production, sinon pourquoi le racheter? Et donc l’exploitation est revue à la hausse. L’exemple d’Econocom est représentatif de cette course aux profits toujours plus poussée où en dernier ressort ce sont les travailleurs qui payent. En plus, les travailleurs expliquent que les entités avant fusion étaient bénéficiaires avec les conventions d’alors.

Le système capitaliste, son marché libre, ses places boursières sont incapables d’apporter les conditions de vie décentes à la majorité de la population. Les conséquences sont une précarisation et une flexibilisation des conditions de travail, le chômage, la division, les pressions psychologiques,… Les travailleurs doivent lutter – unis et combatifs – contre ces dérives qui, comme on le voit aujourd’hui, apportent l’austérité et les attaques contre nos services publics. La volonté de défendre les acquis des générations passées était très claire lors de cette action.

Le tract distribué revendiquait:

En France:

  • La métallurgie pour tous!
  • La négociation sur les accords d’entreprises.
  • Le droit de na pas être pris pour du consommable.
  • La transparence sur tout licenciement et déplacement de personnel.

En Belgique:

  • Une CCT pour IFTS équivalente à celle faite pour “Métropolis”.

Partager :
Imprimer :
Première page de Lutte Socialiste