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Services publics : la coupe est pleine !

La journée de grève dans les services publics du 10 octobre s’impose comme une évidence après toutes ces années où se sont empilées les conséquences du manque de moyens. Personnel insuffisant, matériel et infrastructures vétustes,… Pour les fonctionnaires et les usagers, la coupe est pleine ! Les déficiences sont nombreuses dans ce qui fut jadis un service public. Les canalisations d’eau sont si usées que les pertes sont énormes, et pas qu’à Bruxelles. En Flandre, pour chaque hectolitre d’eau potable, 17,8 litres d’eau sont gaspillés à cause des fuites ! Selon le directeur d’AquaFlanders (le groupe des entreprises actives dans le secteur de la distribution et de l’assainissement de l’eau en Flandre), réparer le réseau de canalisations est ‘‘économiquement irresponsable’’ !

Par Geert Cool, édito de l’édition d’octobre de Lutte Socialiste

Ce ne sont pas les raisons d’entrer en action qui manquent. Le gouvernement a réagi par une attitude agressive, le Premier ministre ne s’est pas contenté de laisser les médias dominants crier à la ‘‘prise d’otage des voyageurs’’, il a lui-même mené la chorale ! Cela combiné aux incessantes attaques du gouvernement contre les pensions, le statut, le niveau de vie,… pourrait faire en sorte que la journée d’action du 10 octobre soit un succès en dépit de la faible préparation. Le scepticisme est conséquent dans les rangs syndicaux. La journée d’action du 10 octobre a été soudainement rendue publique par la CGSP par voie de presse, celle-là qui critique systématiquement nos grèves. C’est par ces mêmes médias que nous apprenons les divergences qui existent entre syndicats. Pendant ce temps, beaucoup de syndicalistes se demandaient quel est l’objectif de cette journée d’action et quel moyen était le plus efficace pour y parvenir.

Les voix exigeant d’organiser sérieusement la résistance se font de plus en plus fortes. Certains finissent par pense qu’il vaudrait mieux ne pas faire grève du tout le 10 octobre, et pas seulement à la CSC. Mais c’est dans l’action que nous pouvons rassembler les forces dont nous avons besoin pour la suite. Comment organiser sérieusement la lutte ?

Quelques traditions nécessitent d’être reconstruites, avec une implication large de la base, en traduisant nos inquiétudes en revendications et propositions spécifiques, en popularisant ces dernières, en construisant une alternative politique large et inclusive,… Organiser sérieusement la résistance, cela commence par des revendications et des propositions qui suscitent l’enthousiasme parmi les couches plus larges de collègues et dans la population en général. La colère contre les mesures d’austérité est une motivation importante, mais elle doit être canalisée dans la perspective d’une lutte de longue durée. Pourquoi ne pas lancer une campagne d’information autour de quelques propositions centrales comme la semaine des 30 heures, la pension à 65 ans, le salaire minimum de 15 euros de l’heure, la pension minimum de 1500 euros nets,… ? Par ‘campagne d’information’, nous ne voulons pas dire : distribuer une seule fois un tract qui manque de clarté, mais une campagne de longue haleine avec du matériel adapté pour intervenir auprès des collègues mais aussi dans les marchés, aux gares,… Transformer le soutien passif pour nos revendications en participation active est la meilleure manière d’aller de l’avant. En l’absence d’une campagne nationale, des étapes utiles peuvent aller dans ce sens localement. Dans des hôpitaux de Bruxelles, la date du 10 octobre est utilisée comme étape d’une campagne à long terme avec des revendications offensives.

Pendant le plan d’action crescendo de 2014, nous avons accentué l’importance des réunions du personnel où l’on vote les actions. Cela renforce l’implication et l’engagement des collègues, mais cela pose aussi la question de qui décide des actions. En plus, cela offre des possibilités pour affiner la plateforme de revendications générale avec des propositions spécifiques à son secteur et son lieu de travail. Des concentrations de militants régionales et nationales et des meetings combattifs peuvent réunir les diverses expériences et contribuer à une plus grande implication ainsi qu’au contrôle démocratique sur les décisions prises.

L’objectif de notre action doit être clair : la fin de ce gouvernement et de cette politique. Pour y parvenir, nous aurons besoin de notre propre alternative politique. Les bons résultats des sondages pour le PTB, surtout en Wallonie, donnent un aperçu du potentiel existant. Nous avons besoin d’une initiative inclusive, basée sur l’action, pour politiquement préparer tout le monde via des discussions démocratiques, mais aussi pour défendre et populariser le programme qui peut rendre une victoire possible. Des initiatives audacieuses et mobilisatrices peuvent renforcer cela, à l’image de l’extraordinaire manifestation de la France Insoumise du 23 septembre qui a renforcé la riposte syndicale contre Macron (voir en page 12). Les discussions politiques et la participation concrète sont des éléments cruciaux pour faire barrage aux inévitables tentatives de l’establishment de tuer dans l’oeuf chaque pas en avant des travailleurs et de leurs familles. Le socialisme démocratique, c’est la seule réponse face à l’absence de marge pour une autre politique au sein du capitalisme.

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