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[10/10 – La parole aux grévistes] Un cheminot

La colère gronde dans l’ensemble des services publics. Des années de fonctionnement avec des moyens insuffisants ont alimenté une grande frustration, tant parmi le personnel qu’auprès des usagers. Les raisons de participer à la journée d’action du secteur public du 10 octobre sont nombreuses. Et qui pourrait expliquer cela mieux que les grévistes eux-mêmes ?

« Le rail pourrait contribuer à résoudre les problèmes de mobilité et écologiques, mais cette possibilité est balayée »

“Avec la réforme des pensions que le gouvernement prépare, la plupart des cheminots devraient travailler 4 années supplémentaires, et pour le personnel dit ‘‘roulant’’ dont je fais partie, il nous faudrait travailler 9 années supplémentaires si les projets du ministre Bacquelaine sont mis en place !

‘‘En septembre, un ouvrier d’un sous-traitant privé d’Infrabel est décédé d’un accident en gare d’Ostende. Ce genre d’accident est la conséquence d’une logique de privatisation des tâches, qui ne met l’accent que sur la réduction des coûts, au détriment de la qualité du travail et surtout de la sécurité des gens. Comme beaucoup d’autres, cet accident aurait pu être évité.

‘‘Le mécontentement est général. Quand un train roule avec du matériel datant des années 1970, quand des techniciens voient que leurs tâches sont progressivement déléguées au secteur privé, quand un guichetier se retrouve seul face à une file de 30 personnes… La colère ne vient pas seulement de la problématique du niveau de vie, mais aussi de la frustration de ne pas avoir le sentiment du ‘‘travail bien fait’’.

‘‘En 2016, beaucoup d’entre nous ont participé à une grève qui a duré 10 jours. L’élément déclencheur était l’adoption d’une mesure qui réduisait notre nombre de jours de congés, mais le champ des revendications était en fait bien plus vaste. La grève a été très difficile, et l’accord qui a ensuite été signé par les directions syndicales a été ressenti comme une défaite. Il aurait fallu, à ce moment-là, proposer à tous ceux qui avaient été impliqués dans la grève un plan d’action pour renforcer le syndicat et se mettre d’accord démocratiquement sur une stratégie de combat. Ça n’a pas été fait, et les méthodes routinières ont de nouveau été d’application. Les ressentiments envers les syndicats, la rancune et le défaitisme ont été alimentés par ce manque de perspectives. Il est pourtant nécessaire de rappeler que malgré les revers, si nous ne nous étions pas battus, nous aurions perdu encore bien plus.

‘‘Il est difficile d’estimer le succès qu’aura la grève du 10 octobre. Malgré les difficultés, il n’y a aucune raison d’être pessimiste. Depuis l’annonce du préavis de grève par le secteur cheminots, beaucoup d’autres centrales nous ont rejoints. Lorsque nous avons appris que des entreprises comme De Lijn, la VRT, ou les administrations flamandes allaient rejoindre le mouvement, cela a eu un effet fort positif, car en 2016 le patronat a énormément joué sur la division communautaire pour décrédibiliser les cheminots grévistes.”

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