Le gouvernement peut-il nous faire payer la crise?

Verhofstadt et sa bande au fédéral ont survécu à Bruxelles-Hal-Vilvorde. Pour cela, ils ont littéralement dû faire appel au ‘Roi et au Capital’. Et cela, sous la forme de l’ancien président de la FEB Van Steenkiste qui, à la télévision flamande, a lancé un appel au monde: ‘BHV doit se résoudre, il y a des dossiers économiques important sur l’agenda qui ont déjà pris assez de retard’. Leterme et ses complices peuvent commencer à nouveau. Une vieille maxime aurait pu leur dire "qui sème le vent…"

Eric Byl

Van Steenkiste a raison sur un point, depuis quelques mois, l’économie tourne au ralenti. En comparaison avec le dernier trimestre de 2004 où la croissance était de 0,5% (1), l’économie a crû de 0% au premier trimestre de 2005. Ainsi les prévisions pour la croissance de 2005 (d’abord de 2,5 % revu plus tard vers les 2,2 %) vont peut-être encore devoir être revues fortement à la baisse. ING prévoit maintenant une croissance de 1,9% et l’ Ires – dans son ‘analyse économique et prévisions’- de 1,5 %. Mais cela seulement sous l’improbable condition que les prix du pétrole restent plus ou moins stables et que le dollar ne se déprécie pas plus. Dans ce cadre, les ‘chiffres de croissances’ signifient une croissance ultérieure du chômage et donc des dépenses sociales. Dans son estimation budgétaire, le gouvernement avait prévu une réserve de 200 millions, mais avec une croissance de 1,5 %, 1890 millions d’euros seraient nécessaires…

Nous pouvons déjà deviner où le gouvernement va récolter cet argent. Les quatre années précédentes, le budget fut à chaque fois en équilibre. La KBC explique cela dans ses perspectives (2), attribuant cela à un taux d’intérêt bas et aux opérations ‘one shot’, lisez : ventes et/ou assainissements des richesses collectives du pays. Comme un mauvais père de famille, le gouvernement fédéral a vendu la maison par-dessus notre tête pour maintenir son budget annuel en équilibre.

Et le résultat, que cette politique va amener dans les prochaines années, sera de nouveau la perte de milliers d’emplois dans le secteur public. A partir de septembre, tant La Poste que les chemins de fer et l’enseignement vont foncer vers la libéralisation, la privatisation et la commercialisation. Les travailleurs vont devoir payer la note en terme de pertes d’emplois et l’accentuation de la flexibilité. Les consommateurs vont dorénavant payer très cher ces anciens services.

Là où le gouvernement essaye encore de dissimuler ses attaques sur les conditions de vie et de travail le patronat reporte sans vergogne la crise sur le dos des travailleurs du secteur privé sous peine de délocalisation. Jamais auparavant il n’y a eu autant de gains entassés et jamais autant d’argent partagé entre les actionnaires et les directions d’entreprises. Leur devise est: ‘tire-toi avec le butin, tant que tu le peux encore’. Ils veulent combattre la crise en privant les travailleurs de la possibilité de prendre leur prépension, en détachant le salaire de l’ancienneté, en faisant encore plus de baisses de charges patronales et en limitant les dépenses pour les soins de santé. Ils exigent que le gouvernement diminue l’allocation des chômeurs et les obligent à accepter n’importe quel travail à n’importe quel salaire avec n’importe quel statut.

Le gouvernement ne peut y arriver qu’en s’appuyant sur la division des travailleurs et en se basant sur le fatalisme des dirigeants syndicaux. Peut-être le gouvernement va-t-il de nouveau déballer à l’automne un sévère plan d’austérité sur le dos des travailleurs, tandis qu’ils vont distribuer des cadeaux fiscaux à tous ceux qui s’abstiennent depuis longtemps d’investir leurs richesses dans l’économie. Le fossé ente les richesses énormes que nous produisons annuellement et la part misérable que les travailleurs en reçoivent doit cependant inévitablement mener à des mouvements de lutte. Au cours de ces mouvements, la quête d’alternatives réelles va s’intensifier. Le MAS s’est bien positionné les années précédentes pour intervenir dans ce processus.


(1) Voir http://www.plan.be/nl/pub/stu/STU0501/STU0501.pdf (en anglais)

(2) http://kbc-pdf.kbc.be/uploadpdf/EVB2ekwartaal05N.pdf (en néerlandais)

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