STIB. Convention collective 2005-2006: ne vous laissez pas rouler!

Travailleurs de la STIB. Comme vous l’avez certainement appris par les journaux ou la TV, une série de conflits sociaux se sont déroulés (ou vont se dérouler) dans plusieurs secteurs à propos du renouvellement des conventions collectives (industrie alimentaire, assurances, non-marchand,…). En Wallonie, les travailleurs des TEC ont fait grève les 9 et 11 mai. A la STIB, où en est-on avec le renouvellement de la convention pour 2005/2006?

La Planchette. Bulletin d’information aux travailleurs de la STIB, diffusé par le Mouvement pour une Alternative Socialiste (MAS) – n°2 – mai 2005

Quels sont les pièges à éviter?

Les patrons auraient voulu un accord interprofessionnel et une norme salariale de 4,5%

Fin 2004, la FGTB, la CSC et la CGSLB ont négocié avec la Fédération des Entreprises de Belgique (la FEB, qui est en quelque sorte le syndicat des patrons) un projet d’accord interprofessionnel pour 2005 et 2006.

Les patrons auraient voulu que, pour les années 2005 et 2006, la hausse du coût salarial soit limitée à 4,5%, y compris l’index. Les patrons auraient voulu inclure dans les «hausses salariales» l’index, c’est-à-dire l’adaptation des salaires au coût de la vie.

Pour bien comprendre, prenons un exemple. Selon la Banque nationale, l’index a été de 1,6% en 2002, de 1,5% en 2003 et de 1,9% en 2004. Pour les trois ans, cela fait donc une moyenne de 1,7% par an. Si la situation économique reste pareille (ce qui est loin d’être le cas: elle risque de s’aggraver), cela ferait donc 3,4% en deux ans (1,7% en 2005 + 1,7% en 2006). C’est-à-dire qu’avec une norme salariale de 4,5% il n’aurait plus resté que 1,1% d’augmentation de salaire (4,5% – 3,4% d’index = 1,1%).

Attention! Ces 1,1% d’augmentation de salaire en 2 ans, c’était BRUT! Il faut encore retirer les cotisations sociales et les impôts pour avoir le net. Autrement dit, la FEB proposait comme augmentation de salaire des cacahuètes!

Pas d’accord interprofessionnel = pas de norme salariale

La FGTB a finalement rejeté ce mauvais projet d’accord interprofessionnel et aucun syndicat ne l’a signé. Comme il n’y a donc pas d’accord, le gouvernement a alors décidé de l’imposer.

Mais les 4,5% ne sont qu’indicatifs. Dans le projet d’accord interprofessionnel entre patrons et syndicats, les 4,5% avaient aussi ce caractère indicatif. Mais dans ce cas-là, les syndicats qui auraient signé l’accord auraient donné leur parole de ne pas revendiquer plus de 4,5% (index compris). Comme ils n’ont pas signé, ils ne se sont engagés à rien. Autrement dit, il n’y pas de norme salariale obligatoire.

Index santé = index truqué

Il faut rappeler que l’indexation des salaires, ce n’est pas une augmentation: c’est l’adaptation des salaires au coût de la vie. Ou plutôt «ce devrait être» l’adaptation au cout de la vie. Car depuis des années, l’index est truqué: il s’appelle «index santé»: l’alcool, le tabac et les produits pétroliers ont été retirés de l’index. En attendant, ces produits augmentent très fort et ne comptent plus dans l’adaptation des salaires et des pensions au coût de la vie.

Mazout de chauffage, essence: les prix s’envolent

Selon le journal La Libre Belgique (14 avril 2005), le prix du carburant a été multiplié par 6 en 35 ans! Il y a 2 ans, le litre d’essence super (sans plomb 98) côutait 1,01 euro, aujourd’hui 1,29 euro. Soit une augmentation de 28 eurocents le litre (plus de 11 anciens francs belges!). D’ailleurs on le voit tout de suite quand on passe à la pompe! Comment faire si on habite loin de son travail, que l’on commence tôt le matin et que l’on a absolument besoin de sa voiture pour arriver à l’heure?

Le mazout de chauffage coûtait en mai 2003: 0,28 euro le litre. Aujourd’hui: 0,50 euro le litre. Il a presque doublé! Comment les familles doivent-elles se débrouiller pour chauffer leur logement si le prix du mazout de chauffage n’est plus repris dans l’index.

La réponse est simple: dans les deux cas il faut une solide augmentation de salaire. Une partie de cette augmentation ne servira d’ailleurs qu’à rattraper ce qui a été perdu à cause de l’index truqué.

Se loger à Bruxelles est devenu hors de prix

Dans un dossier réalisé par le journal Le Soir (23 février 2005) sur le prix des logements à Bruxelles, on peut lire qu’il y a une disproportion totale entre la hausse des revenus et l’augmentation des loyers. De 1998 à 2003, le prix des maisons augmenté de 59% à Bruxelles et celui des appartements de 56%. Evidemment les propriétaires répercutent cette hausse sur les loyers.

Aujourd’hui, la moyenne des ménages bruxellois doit consacrer 30% de son budget aux frais de logement. Pour les plus pauvres (chômeurs, minimexés, prépensionnés, petits pensionnés) cela grimpe jusqu’à 60% du revenu!

Mais le plus scandaleux dans tout cela, c’est que dans l’index santé, on considère que les frais de logement ne représentent que 5,5% du budget d’un ménage!Autrement dit, chaque fois que les loyers montent, ce n’est presque pas répercuté dans l’indice santé.

La aussi il faudrait une solide augmentation de salaire pour rattraper ce qui a été perdu!

Unir le personnel derrière le cahier de revendications

A la STIB, la présentation, devant la commission paritaire, du cahier de revendications a eu lieu le 18 avril. Ce cahier de revendications reprend plus d’une douzaine de points.

Une première remarque: il faut en général éviter qu’il y ait trop de points différents, sans quoi le patron a beau jeu de dire: «Je ne peux pas tout satisfaire!»… et il choisit dans le cahier de revendications les points qui l’arrangent. Il fait donc donner un ordre d’importance aux différents points du cahier en donnant la priorité aux points qui concernent tous les travailleurs, de façon à unir le personnel derrière le cahier de revendications et à passer à l’action tous ensemble, si nécessaire.

Et nous pensons que le point qui intéresse, en premier lieu, tous les travailleurs c’est les salaires.Augmenter les salaires et rattraper ce qui a été perdu

Le cahier de revendications dit: «Augmentation salariale significative». Oui, mais que veut dire «significative»? 4,5% index compris? Si c’est ça, il faut dire non, car on ne voit pas pourquoi il faudrait accepter dans une convention ce qui a été refusé dans l’accord interprofessionnel.

Selon nous, si on compte l’index dans la négociation, il faudrait au moins une hausse de salaire à deux chiffres (minimum 10%) si on veut avoir une véritable augmentation du pouvoir d’achat et si on veut rattraper une partie de ce qui a été perdu à cause de l’index truqué.

Bas les pattes des prépensions!

Depuis des mois, les patrons mènent une campagne de presse pour nous convaincre de travailler plus longtemps. Ils voudraient notamment supprimer les prépensions.

Halte là! Quand on a, pendant des années et des années, travaillé matin, midi et soir, y compris les week-ends et jours fériés, on a bien mérité de partir plus tôt. D’autant plus qu’un prépensionné libère un emploi pour un jeune.

Maintien des prépensions, mais pas à n’importe quelles conditions. Quand on voit le coût de la vie (loyers, essence,…), on ne doit pas se retrouver à devoir se serrer la ceinture après une vie de labeur. Prépension à 75% pour l’ensemble du personnel, même pour ceux qui n’ont pas 25 ans d’ancienneté car ils ont travaillé ailleurs.

Ne vous laisser plus prendre comme la dernière fois!

Tout le monde se souvient que, lors de la dernière convention, on vous a finalement imposé une assurance privée pour les soins de santé. Ne vous laissez plus prendre comme la dernière fois!

De plus, certains points de la convention passée ne sont pas encore finalisés: chèques repas, règles de reconversion, réglement des conflits (voir La Planchette n°1).

Démocratie syndicale

Qui décide de ce qu’il faut accepter ou refuser? Travailleurs de la STIB, il s’agit de VOS salaires, de VOS prépensions et de VOS conditions de travail. C’est à VOUS de décider, et pas à des responsables syndicaux qui négocient discrètement. Les responsables syndicaux ne sont que vos représentants.

C’est pourquoi vous devez exiger non seulement d’être informé correctement des les revendications et de l’évolution des négociations. Il faut la démocratie syndicale, notamment par des assemblées de tout le personnel dans chaque dépôt.

NON à la division

Faites bien attention, car il existe pas mal de trucs pour vous rouler. N’acceptez pas que les syndicats lancent une guerre de concurrence entre-eux. Que vous soyez Rouge, Vert ou Bleu, les salaires et les conditions de travail sont les mêmes pour tous. Il faut l’UNITÉ des travailleurs pour arracher les revendications. Ne vous laissez pas diviser par des prétextes futiles qui ne visent qu’à affaiblir votre résistance!

Attention aux mois d’été!

Les négociations commencent tard. Attention à ce que la direction ne traîne les choses en longueur, qu’on se retrouve en été, quand beaucoup de travailleurs sont en congé, et qu’une mauvaise convention soit présentée en vitesse à une assemblée non représentative! C’est un procédé auquel pas mal de patrons ont recours pour faire passer en douce une mauvaise convention.

Si les discussions traînent jusqu’à l’été, il faut mieux attendre le mois de septembre pour décider, avec des assemblées massives dans tous les dépôts.

Faut-il espérer que les secrétaires syndicaux (qui lisent d’ailleurs avec une grande attention La Planchette) respecteront la démocratie syndicale en organisant des assemblées massives de tout le personnel dans tous les dépôts en dehors des mois d’été? L’avenir nous le dira. Mais c’est à vous, travailleurs, d’aller secouer gentiment vos délégués pour imposer de telles assemblées et faire jouer la démocratie syndicale.

Le MAS et les conventions collectives

Le Mouvement pour une Alternative Socialiste est pour des syndicats forts, démocratiques et totalement indépendants du patron et de l’État.

– UNITÉ: Non aux querelles de chapelle! Les travailleurs ont besoin d’unité.

– DÉMOCRATIE SYNDICALE: Dans une entreprise la direction décide. Dans un syndicat cela doit être l’inverse: la base décide et les secrétaires ne doivent être là que pour appliquer ce que la base décide. Les secrétaires syndicaux et les délégués doivent être au service des travailleurs.

– ASSEMBLÉES GÉNÉRALES dans les dépôts: La loi permet d’organiser des assemblées sur le lieu de travail pendant les heures de travail (donc payées!). Le renouvellement de la convention est une excellente occasion d’organiser de telles assemblées. D’abord pour que chacun soit bien au courant de ce qui se discute, et ensuite pour DÉCIDER: accepter, refuser ou passer à l’action.

– PAIX SOCIALE: Attention aussi à bien lire ce qui figure à la fin de la convention. Bien souvent les patrons mettent en fin de convention une clause de paix sociale où les syndicats s’engagent à ne pas faire grève pendant deux ans.

Il faut bien préciser deux choses:

– cette clause ne vaut que pour les points de la convention (on peut faire grève pour d’autres motifs);

– prévoir la mention «sauf imprévu» (il se pourrait que, par exemple, si la guerre s’aggrave encore en Irak, le prix de l’essence dépasse 2,50 euros le litre).

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