C’était il y a tout juste 50 ans : le 12 janvier 1961, attaque des gendarmes à Charleroi

Dans les endroits plus éloignés des centres industriels, on signale une reprise partielle du travail mais, dans les provinces du Hainaut et de Liège, la grève générale est toujours totale. En Flandre, c’est la même situation. Ce jeudi 12 janvier 1961, nous sommes au vingt-quatrième jour de grève. La classe ouvrière reste entièrement mobilisée, la situation politique est engagée, le gouvernement reste obstinément sur ses positions et les gros bastions ouvriers sur les leurs.

Cet article, ainsi que les autres rapports quotidiens sur la  »Grève du Siècle », sont basés sur le livre de Gustave Dache  »La grève générale insurrectionnelle et révolutionnaire de l’hiver 60-61 »

Ce jour là, à Charleroi, se tient à la Maison des Huit Heures une grande assemblée des Services Publics. Les Jeunes Gardes Socialistes sont présents, comme à toutes les actions qui se déroulent dans la région de Charleroi. L’orateur invité est Georges Debunne, président national de la CGS P, accueilli au chant d’ une vibrante « Marseillaise ». A l’ issue de cette assemblée, une manifestation est prévue, mais de violents incidents éclatent alors que les participants quittent paisiblement l’établissement : ils sont attaqués par un important dispositif de gendarmes à cheval qui chargent les grévistes avec violence sans la moindre raison, il s’ ensuit un véritable climat d’ émeute généralisée.

Les 2000 manifestants carolos subissent une charge dans le dos de la part des gendarmes à cheval. Si la gendarmerie avait voulu que Charleroi ait elle aussi ses morts, comme Bruxelles et Liège, elle n’ aurait pas agit autrement. Une vingtaine de cavaliers, ainsi que plusieurs camions chargés de gendarmes et de canons à eau s’ étaient placés durant le meeting en face de la Maison des Huit Heures pour empêcher les grévistes de sortir de l’ établissement. Mais ils ne réussissent pas entièrement, malgré une charge sabre au clair et à coups de crosse contre les grévistes. Il y a une douzaine de blessés, dont deux femmes blessées à coups de crosse l’une à la figure et l’autre au dos. Schmitz, du Comité Exécutif de la CGS P, a la main fendue d’ un coup de sabre. Deux gendarmes sont molestés par trois grévistes en colère dans la bagarre.

Les canons à eau déchargent leur liquide à bout portant, renversent plusieurs grévistes et brisent les vitrines du local de la CGSP. Les manifestants, furieux, scandent «Gestapo» et «casques à pointe.» A la fin du meeting, Hubert Billen, le secrétaire régional de la CGSP, avait annoncé que la manifestation qui allait se dérouler devait avoir lieu dans le calme. Deux heures plus tard, comme la bagarre continue, les gendarmes lancent des grenades lacrymogènes et ensuite des grenades offensives pour disperser en partie les grévistes qui continuent à se regrouper aux abords de la place Charles II. Les gendarmes à cheval tentent de rentrer dans l’ établissement. Les autos-pompes qui avaient pris position sur la place Charles II actionnent leurs canons à eaux, les travailleurs sont trempés de la tête aux pieds alors que l’ hiver est glacial ; les vitres de la façade volent en éclat sous la charge des gendarmes, les tables sont renversées, le sol est inondé. Les ouvriers sont révoltés, plusieurs réagissent en réclamant et en scandant : «des armes, des armes !»

Hubert Billen, présent sur place, tente de calmer la colère ouvrière ; il a fort à faire, il est violemment pris à parti de toutes parts, les grévistes le traitent de « poltron » lorsqu’il déclare : «Que feriez-vous avec des armes ?». Finalement, cette émeute fait une douzaine de blessés dont deux gendarmes.

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Une de Lutte Socialiste