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Nouvelle attraction à Walibi : le spectre du communisme

Photo : Wikimedia

Les ‘‘Estivales’’ du MR au parc d’attraction Walibi ont été de véritables réjouissances. Les dignitaires du parti ont pu s’y féliciter d’être arrivés au pouvoir dans un gouvernement régional, vanter la ‘‘gestion exceptionnelle du gouvernement fédéral’’ et promouvoir un accord d’été ‘‘équilibré’’ tout en se faisant prendre en photo avec une mascotte à laquelle ils n’auront pas manqué d’expliquer les vertus des flexijobs à 10 euros de l’heure… Cette atmosphère optimiste n’aura toutefois pas empêché Charles Michel de proférer une mise en garde : ‘‘Dans plusieurs pays, et en Belgique aussi, nous assistons au retour du communisme, qui écrase les libertés individuelles et a toujours entraîné plus de pauvreté et de régression sociale.’’ Cela n’a rien d’anodin.

Par Clément (Liège)

Un ‘‘printemps économique’’ très relatif

L’optimisme dont font preuve Charles Michel et Cie se fonde principalement sur le fait que les indicateurs économiques s’améliorent : preuve selon eux que trois ans d’attaques frontales portent leurs fruits. Cela doit cependant être fortement nuancé. La croissance de 1,7% annoncée pour 2017 et 2018 par le bureau du plan reste en-deçà de la moyenne pour la zone euro et l’union européenne (2% et 1,8%) (L’Echo, 07/09/2017) alors que jusqu’il y a peu, la Belgique avait plutôt tendance à se trouver au-dessus de cette moyenne.

A l’image de la politique du gouvernement, cette croissance conjoncturelle ne profite qu’au patronat et aux actionnaires, et n’inclut certainement pas les travailleurs. En 2016, les entreprises du Bel20 ont distribué 16,8 milliards de dividendes contre 14,2 milliards en 2015 : une augmentation de 18,3%(1). Dans le même temps, la part des salaires dans le PIB perdait 0,9%(2). Avec la baisse de l’impôt des sociétés d’une part ; l’extension de l’intérim et des flexijobs, et la casse du statut des travailleurs du service public d’autre part, l’accord d’été ne vise qu’à renforcer cette tendance.

Le libéralisme thatchérien de Michel garanti très certainement la liberté de quelques-uns de vampiriser la valeur créée par le travail, il en va autrement de celle de travailler pour vivre décemment. A partir des chiffres de l’INAMI, la FGTB souligne que le nombre d’emplois crées, loin des 135.000 annoncés par Charles Michel, serait plus proche de 90.000 parmi lesquels seulement 19.200 temps plein. Le taux de chômage devrait d’ailleurs connaitre une augmentation en 2018(3). Dans le cas d’une nouvelle crise ou d’une récession, ces emplois instables seront rapidement balayés, et la destruction des mécanismes de solidarité sociale ouvrira la porte pour une régression sociale sans commune mesure avec celle – pourtant brutale – que nous connaissons déjà.

Le gouvernement n’est pas si fort qu’il en a l’air

Le MR a beau s’affirmer comme une ‘‘force tranquille’’, cette force est relative et proportionnelle à la faiblesse de l’opposition. Une occasion de taille a été manquée lors du plan d’action de 2014 contre ce qu’on désignait alors la ‘‘coalition kamikaze’’. La dangereuse illusion selon laquelle après un gouvernement de droite dure suivrait mécaniquement un gouvernement de centre gauche s’est transformée en désillusion avec la manœuvre du CDH pour se rapprocher du MR et tenter de former de nouveaux gouvernements régionaux et communautaires.

Si le MR s’est trouvé un nouvel allié, ce dernier continue de baisser rapidement dans le sondage. Il n’est lui-même pas en si bonne forme puisqu’il s’y trouve en moyenne 4% en dessous de son résultat de 2014. La polarisation du paysage politique francophone doit d’ailleurs préoccuper Olivier Chastel lorsqu’il lance ses piques à ‘‘une gauche aux abois qui court vers les extrêmes en oubliant sa longue histoire sociale-démocrate’’.

La soif d’alternative qui s’exprime à travers les bons sondages en faveur du PTB doit constituer un véritable sujet d’inquiétude pour ce gouvernement. Il est conscient que les raisons objectives pour que le mécontentement passif qui s’exprime à travers les sondages se transforme en mobilisation active ne manquent pas. Un mouvement de lutte inclusif serait d’ailleurs la meilleure manière d’assurer que les revendications progressistes et la manière de les gagner soient largement discutées, tout en diminuant l’impact de la propagande de droite. La grève du 10 octobre constitue un premier pas pour rompre avec le fatalisme, et il est crucial d’en faire un succès.

Le PTB, première force de gauche en Wallonie, à un rôle important à jouer. La dynamique des nouvelles formations et figures de gauche à travers l’Europe a démontré l’importance des meetings de masse comme outil de discussion, d’échange et d’engagement. Une sorte ‘‘d’opération vérité’’ (qui riposterait aux mensonges du gouvernement en popularisant une alternative offensive) basée sur cette méthode aurait un impact énorme, non seulement pour dynamiser la lutte sociale, mais aussi pour clarifier le modèle de société dont nous avons besoin face au capitalisme et à ses crises. De la sorte, ‘‘le communisme’’ cesserait d’être un épouvantail agité par la droite, mais pourrait redevenir une idée mobilisatrice pour transformer la société.

1. https://www.revuepolitique.be/le-bel-20-distribue-plus-de-dividendes-quil-ne-realise-de-benefices/
2. http://ec.europa.eu/eurostat/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&plugin=1&pcode=tec00013&language=fr
3. http://www.lecho.be/economie-politique/belgique-economie/Sept-raisons-de-se-rejouir-pour-Charles-Michel/9930013

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