Nigéria: La grève d’avertissement pour la revendication d’un nouveau salaire minimum est la bienvenue

Le Democratic Socialist Movement (DSM, section nigériane du CIO) salue de tout son cœur la motion en faveur d’une grève d’avertissement que le Congrès du travail du Nigéria (NLC) a déposée auprès du gouvernement au cas où celui-ci ne lancerait pas le processus de mise en application du nouveau salaire minimum à partir du 9 novembre 2010. La grève de trois jours est prévue pour les 10, 11 et 12 novembre (NDLR, cette grève a finalement été stoppée seulement 12 heures après son déclenchement).

Segun Sango, Secrétaire général du DSM

Nous trouvons qu’il est plus que temps pour cette action autour d’une revendication qui traîne sur la table du gouvernement depuis 2008. De fait, cette décision du NLC confirme la position que nous avons depuis longtemps formulée, c’est à dire que la stratégie des simples négociations autour de la table, sans lier cela à une mobilisation et à une lutte de masse des travailleurs, ne sera jamais capable de remporter un nouveau salaire minimum. Nous avons sans arrêt appelé la direction du Labour à ce qu’elle déclare une grève d’avertissement en tant que première étape vers l’obtention de la revendication d’un meilleur salaire pour les travailleurs, arrachée au gouvernement.

Malgré la capitulation des dirigeants du Labour qui ont fait passer le montant revendiqué de 52.200 naïras (250€) à 18.000 naïras (86 €) lors de la conclusion d’un accord avec la commission tripartite au début de l’année, le gouvernement n’a jamais été sincère à ce sujet. Tous les commentaires qui ont été faits à ce propos par les hauts cadres du gouvernement ont suggéré le manque de volonté total de la part du gouvernement Jonathan de payer un salaire minimum aux travailleurs. Par exemple, le ministre du travail et de la productivité, M. Chukwuemeka Wogu, a dit un jour qu’un nouveau salaire minimum serait basé sur la disponibilité des ressources. L’argument comme quoi les ressources ne sont pas disponibles pour payer la moindre hausse salariale aux travailleurs a toujours été utilisé par les gouvernements successifs pour contrer l’agitation en faveur d’un salaire décent. La vérité est que plutôt que de payer un salaire décent et d’investir de manière massive dans l’infrastructure sociale au bénéfice de la population laborieuse, l’élite de voleurs qui est au pouvoir préfère piller les ressources du pays pour s’octroyer à eux-mêmes des salaires absolument scandaleux.

Il était par conséquent malheureux que le Labour ait maintenu l’illusion qu’il pourrait par la discussion convaincre ce gouvernement obstiné de la justesse de la revendication d’un nouveau salaire minimum sans secouer la pirogue. John Odah, secrétaire général de la Trade Union Confederation (Confédération syndicale), s’est par exemple plaint du fait que « Notre patience en tant que mouvement ouvrier organisé n’est pas illimitée. Cela fait dix ans que l’ancien salaire minimum a été établi en 2000, il est temps d’en avoir un nouveau ». Il a ensuite déclaré que les trois mois entre la fin de septembre et la fin de décembre devraient suffire à mettre en œuvre cette hausse parce que « Nous ne voulons pas être accusés de susciter des tensions indues dans le pays » (Le Guardian, 6 octobre 2010). Avec pareille mentalité et pareille approche, il ne faut guère s’étonner de la non prise en considération des pseudos ultimatums lancés par les dirigeants Labour dans le passé, et du fait que ça fait dix ans que notre salaire minimum n’a pas été rehaussé.

Maintenant que le NLC a été forcé de menacer d’appeler à la lutte afin de forcer le gouvernement à mettre en œuvre l’accord, tout moyen nécessaire et légitime doit être employé pour assurer que cette action soit un franc succès. Il est bon de voir que l’exécutif national du NLC a « ordonné q’un “comité de grève national pour le salaire minimum” soit mis sur pied afin de diriger le processus de mobilisation intense pour une grève triomphale ». Nous pressons le Labour de construire ce comité immédiatement, et aussi de faire en sorte que de tels comités soient créés au niveau des conseils d’état, des différents syndicats et dans les entreprises.

Il est de même important que la grève prévue ne soit pas réduite à une action où chacun reste chez soi. Il faut qu’il y ait des activités de masse telles que des forums, des meetings et des distributions de tracts avant et pendant la grève afin de remporter le soutien du public pour la grève. Pour cela, il faudra que la Coalition du Travail et de la société civile (Labour and Civil Society Coalition – LASCO) soit impliquée à un niveau central dans la planification et la coordination de l’action. Nous aplaudissons la décision du NLC qui a conclu un accord avec la TUC en faveur d’un effort en commun dans la lutte pour un meilleur salaire minimum.

Nous sommes donc d’avis que la LASCO doit immédiatement appeler à un meeting afin de démarrer la planification d’actions pour la grève d’avertissement, et aussi pour déterminer quelles actions et interventions concrètes devront être menées en direction des différentes luttes qui ont éclaté dans divers secteurs tels que l’éducation, la santé (à Lagos en particulier), et l’énergie. Le Forum d’action conjointe et d’autres organisations pro-ouvrières devraient également tout de suite entamer des activités indépendantes de solidarité avec les travailleurs et pour mobiliser un soutien de masse en faveur de la lutte parmi la population laborieuse en général.

Toutefois, et ce qui est plus important, la direction du Labour devrait réaliser que la mauvaise foi du gouvernement en ce qui concerne l’octroi d’un salaire décent aux travailleurs est en réalité l’apanage de tous les gouvernements anti-pauvres — quels que soient les partis politiques —, lesquels sont axés sur le maintien du capitalisme. Voilà pourquoi si cette lutte parvenait à forcer le gouvernement Jonathan à mettre en application l’accord sur le plan fédéral, comme l’expérience l’a déjà montré, il faudra un deuxième tour de luttes avant que les gouvernements étatiques et que les employeurs privés ne l’acceptent eux-mêmes. En même temps, le Labour doit être vigilant afin de combattre toute tentative par les capitalistes de se venger d’une hausse du salaire minimum par des licenciements. C’est à cause de ces réalités du capitalisme que les dirigeants du Labour doivent entièrement abandonner leur idée futile et utopique qu’il est possible d’améliorer la condition des masses laborieuses sans entièrement confronter et au final vaincre le capitalisme politiquement. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons toujours appelé le Labour à construire une alternative politique ouvrière combative de masse, capable d’arracher le pouvoir des mains de l’élite kleptomane à tous les niveaux, de vaincre le capitalisme et d’utiliser les ressources de la société pour le bénéfice de tous.

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