Qu’ils ne croient pas avoir gagné… Contre la politique de Sarkozy et les capitalistes : Le combat continue !

Mouvement contre la «réforme» des retraites : le début d’une nouvelle période de lutte !

L’automne 2010 a démarré sur les chapeaux de roues sur le terrain de la lutte des classes. 8 journées de grèves et de manifestations massivement suivies et qui ont rassemblé des millions de personnes dans les rues. 2/3 des français se prononçaient contre le projet de réforme du gouvernement et soutenaient la mobilisation, même si souvent beaucoup ne pouvaient faire grève. Dans les cortèges, se retrouvaient les salariés du public, du privé, des lycéens, des étudiants, des retraités, des précaires et privés d’emploi avec une détermination et une combativité grandissante…

Supplément spécial à L’Egalité, journal de la Gauche Révolutionniare (CIO-France)

Au delà de la défense de notre système de retraites, ce qui s’est exprimé dans ces manifestations, à travers les pancartes, banderoles et autres slogans, c’est bien le ras le bol de Sarkozy et de toute sa politique. Une politique au service des riches et des patrons, qui donne toujours plus à ceux qui ont tout et ne laisse rien à la majorité de la population. En trame de fond de ce mouvement social, une revendication centrale : «ce n’est pas à nous de payer la crise!»

Une volonté de bloquer l’économie

Blocages des dépots de carburants, des axes routiers, de la circulation de camions, des voies de chemins de fer, des ports,… Toutes les raffineries du pays à l’arrêt. Quelque chose se passe dans la conscience de beaucoup de travailleurs et de jeunes : pour faire reculer le gouvernement, il faut taper où cela fait mal, dans le portefeuille. «Bloquer l’économie » est l’idée centrale qui est revenue dans toutes les discussions, les assemblées générales de secteurs, sur les piquets de grèves, dans la rue… De nombreuses actions ont été menées dans ce sens avec une volonté de s’attaquer directement à la bourgeoisie, au patronat en leur faisant perdre de l’argent.

La grève reconductible des travailleurs des raffineries illustre bien cela vu le poids économique du pétrole.

Tout ceci est juste politiquement : ce n’est qu’en construisant un rapport de force conséquent et en paralysant l’économie du pays que l’on peut mettre à terre un gouvernement. Pour les marxistes, il s’agit là aussi de démontrer que c’est la classe ouvrière qui fait tourner l’économie d’un pays et que c’est elle seule qui peut renverser le système capitaliste dans lequel nous vivons.

Mais ces blocages n’ont pas été le résultat d’arrêts de travail généralisés, de grèves, dans tous les secteurs de la production. Ils ont été le fruit de l’action de grévistes et de militants syndicalistes et politiques combatifs. Ce constat fait partie des difficultés auxquelles s’est confronté ce mouvement.

Ces militants ont mis beaucoup d’énergie pour tenir ces blocages jour et nuit, délogés par la police et les CRS, et reprenant les lieux aussitôt pour montrer leur détermination. Dans différents secteurs, (cheminots, postiers, travailleurs de l’énergie, routiers, éboueurs…) la grève a été reconduite mais souvent de façon minoritaire. Une grève générale commence toujours par une minorité de grévistes. Mais elle se renforce et s’étend parce que ces derniers prennent le temps de mobiliser leurs collègues, organisent des assemblées générales, discutent des revendications, et gagnent peu à peu de nouveaux travailleurs et de nouveaux secteurs à la grève. C’est en partie cela qui nous a manqué lors des semaines d’octobre. Tout se faisant dans l’action de blocage sans parfois prendre suffisamment le temps nécessaire pour élargir la grève.

Qu’ils ne croient pas avoir gagné, la situation a changé !

Le mouvement qui s’est développé autour de la lutte contre la réforme des retraites a rapidement dépassé son sujet initial. La grève ne s’est pas développée jusqu’à devenir générale, mais le mouvement marque bien plus une pause qu’une fin. On aura vu un début de politisation de manière profonde dans la société. Pour beaucoup, c’est la compréhension que par la lutte, on battra Sarkozy et sa politique.

« C’est donc toujours tout pour eux, pour les riches ». On a pu entendre ce genre de phrase partout et souvent. Une vaste colère a commencé à monter et qui n’est pas prêt de redescendre. Et cette colère a alimenté le mouvement de grève tout comme la grève a rendu chaque fois plus claire politiquement la colère croissante. Bien que les retraites restaient la question centrale, c’est contre toute une politique, contre toute une situation. En même temps que tous allaient manifester dans la rue contre la réforme des retraites, des luttes éclataient sur la question de salaires, de l’emploi, contre les mauvaises conditions de travail, contre la réforme des ports… C’est un mouvement de fond qui a commencé.

Des questions qui sont liées

Les retraites en elles-mêmes symbolisent la société dans laquelle nous vivons. Alors que depuis le début de la crise, des centaines de milliards ont été donnés aux banques et aux spéculateurs, que le chômage est monté en flèche, on demande aux travailleurs de travailler plus longtemps, de partir plus tard à la retraite. Les conditions de travail se sont particulièrement dégradées depuis 20 ans et une large partie des travailleurs connaît des périodes sans emploi plus ou moins longue. On a donc une réforme qui est explicitement faite pour diminuer le niveau des pensions de retraite, permettre aux patrons d’exploiter plus longtemps les travailleurs, le tout alors que les riches sont toujours plus riches. La crise commencée il y a 3 ans a montré que ce système est incontrôlable, même par les capitalistes, mais que néanmoins ceux-ci et les politiciens à leur service, sont bien décidé à nous faire payer la crise de leur système.

Les scandales de l’été ont montré le degré de corruption des politiciens comme Woerth qui a multiplié les cadeaux par millions à quelqu’un comme la propriétaire de l’Oréal, Bettencourt, qui possède pourtant déjà 22 milliards d’euros, quasiment l’équivalent du déficit actuel de la sécurité sociale.

C’est tout cela qui est rejeté par les millions de grévistes. Et tout cela, c’est le fonctionnement de base du capitalisme.

Une droite divisée

Au début de la lutte, notamment durant l’été, de nombreuses divisions se sont révélées dans la droite. Face à la montée de la colère et avec le succès des journées de grèves, beaucoup à droite s’agitaient, craignant une crise majeure, et ayant peur pour leurs postes de parlementaires ou d’élus locaux. Cette peur n’a pas disparue, et elle est reflétée dans le débat qui agite la droite sur le poste de premier ministre. Car les capitalistes savent que Sarkozy a « perdu » dans le sens où il a contre lui la colère d’une majorité de la population et que celle-ci ne se résigne pas.

Dès lors, qui peut sauver les meubles pour continuer la politique d’attaque ? Borloo pour chercher un soutien au centre ? Un gaulliste comme Baroin ou un autre pour rassurer une droite traditionnelle qui a compris qu’il est mieux de faire un peu de social ? Le fait que désormais Fillon semble ne pas vouloir quitter son poste de premier ministre marque aussi qu’une partie des capitalistes pense avoir gagné et qu’il faut continuer la politique antisociale avec la même violence. Quoiqu’il en soit, ces divisions montrent qu’ils regardent l’avenir avec beaucoup d’incertitude, craignant que Sarkozy et son gouvernement fasse le geste de trop, celui qui déclencherait une explosion sociale. Le recours à la force pour obliger des travailleurs à travailler comme à la raffinerie Grandpuits, les nombreuses actions de police contre les grévistes a aussi montré la nervosité du gouvernement et a largement alimenté la solidarité entre les travailleurs, les jeunes…

Une nouvelle situation

Dans l’Egalité précédent (n°145), nous écrivions:

"Il est possible que voyant le rapport de force encore en notre défaveur, une majorité de travailleurs ne pensent pas utile de s’épuiser dans un mouvement qui n’est pas encore assez fort pour vaincre. Même si c’était le cas, le mouvement actuel n’est qu’un début dans une situation dominée par la crise et ses conséquences et l’affaiblissement de Sarkozy. La lutte doit être un moyen de contribuer à organiser cette colère et à lui donner une perspective, même si elle est encore lointaine, celle de renverser le capitalisme, celle d’une société socialiste ou ce seront les travailleurs qui gouverneront et non ces laquais du capital."C’est pour le moment ce qui s’est passé, et bien au delà de ce qu’il était possible d’imaginer en septembre.

Une véritable politisation est en cours, avec une compréhension que c’est toute une politique qu’il faut combattre. Et cette compréhension va de plus en plus se traduire par le fait que c’est non seulement toute une politique qu’il faut combattre mais également tout le système capitaliste.

Le rôle de l’intersyndicale

Les directions syndicales n’ont jamais clairement voulu organiser la riposte nécessaire pour faire reculer le gouvernement. Pour les principales confédérations, comme la CGT et la CFDT, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’exiger le retrait de la loi mais bien l’ouverture de nouvelles négociations sans avancer sur l’élaboration de revendications claires sur le nombre d’annuités de cotisations ou la prise en compte des travaux pénibles. C’est donc bien parce qu’à la base, dans les entreprises et les sections locales, il y avait une telle colère contre ce projet que les directions ont appelé à plusieurs journées de grèves. Mais jamais elles n’ont pris leur responsabilités dans ce mouvement.

Le 19 octobre, alors qu’il y avait dans les rues encore plus de 3 millions de personnes, que chacun a senti que le moment était venu de renforcer la mobilisation, qu’un sondage annonçait que 55% des français étaient pour une grève générale, seule solution pour imposer le recul du gouvernement, les directions syndicales ont attendu 2 jours pour se réunir à nouveau, laissant ainsi les grévistes dans l’attente et sans perspectives (et la date annoncée était une semaine plus tard !).

En se déclarant pour un durcissement du mouvement mais sans appeler à la grève générale et reconductible, Thibault, le secrétaire général de la CGT, refuse alors de prendre ses responsabilités. En agissant ainsi, sous prétexte de préserver une unité syndicale fragile, les dirigeants syndicaux ne font que le tampon entre la pression montant de la base et le calendrier voulu par le gouvernement pour mettre en place son projet. Ils participent donc de fait à faire passer l’attaque.

C’est par la lutte que nous pourrons vaincre Sarkozy

Une chose est sûre, ce mouvement aura montré que ce n’est qu’en luttant que nous pourrons battre la politique de Sarkozy et des capitalistes. Les partis de la gauche traditionnelle laissent faussement croire que les choses pourraient changer en 2012 (le PS voyant son candidat élu aux présidentielles, et le PC proposant un projet de loi alternatif ou un référendum), mais pour une certaine partie des travailleurs et des jeunes, il est clair que sous le capitalisme, il n’y aura aucune avancée sociale durable. Ce qui témoigne d’une avancée du niveau de conscience politique. Durant ce mouvement, des travailleurs de différents secteurs se sont rencontrés, ont lutté ensemble au quotidien, discuté, organisé des actions… Des assemblées générales interpro se sont réunies. L’important, c’est de maintenir ces organes de lutte et de préparer les suites. Il y aura bien d’autres batailles à mener .. car les attaques ne vont pas s’arrêter là.

Durant sa campagne présidentielle, Sarkozy se disait prêt à en finir avec «l’esprit de mai 68» et affichait sa volonté d’infliger une défaite à la classe ouvrière. Il a échoué, nous sommes aujourd’hui bien loin de ce résultat. Au contraire, même si la loi sur les retraites est promulguée, les travailleurs et les jeunes renouent et reconstruisent leurs outils de lutte. Ce dernier mouvement a été en quelque sorte l’expression de cela par les formes nouvelles qu’il a pu prendre. De chacune de ces luttes, la classe ouvrière fait ses expériences et tire ses bilans… C’est dans ces moments-là que la classe ouvrière prend conscience de sa force et de son poids dans la société. Et notamment alors qu’une petite partie des travailleurs était en grève reconductible, cela a eu un impact puissant sur l’économie, une grève encore plus vaste aurait à coup sur eu un impact encore plus grand et rapide.

Le climat de lutte générale a permis que des salariés se mettent en grève dans leur entreprise sur leur propres revendications concernant des plans de licenciements, des conditions de travail, de salaires… Et ces préoccupations sont clairement comprises comme étant complètement opposées à la politique de Sarkozy et des grands patrons, c’est tout cela qui s’est exprimé à une échelle de masse et qui change la situation. Il y aura certainement d’autres et nombreuses luttes dans les mois à venir. Dès à présent, nous devons nous organiser, syndicalement mais aussi politiquement afin de préparer les prochaines batailles, de définir nos revendications et les moyens d’y accéder.

  • retrait de la loi Sarkozy /Woerth sur les retraites ! Départ à 60 ans à taux plein, 55 ans pour les travaux pénibles, 37,5 annuités pour tous !
  • Zéro licenciement ! Embauches massives, réduction du temps de travail sans perte de salaire jusqu’à disparition du chomage !
  • Salaire minimum à 1500 euros et 300 euros d’augmentation pour tous !
  • Non à la privatisation des services publics ! Pour des services publics gratuits et de qualité !
  • Ce n’est pas à nous de payer la crise ! Contre le capitalisme et pour une société socialiste satisfaisant les besoins des travailleurs, des jeunes !

Petroplus Petit-Courronne : grève massive

Mercredi 27 octobre un rassemblement était prévu par l’intersyndicale de Rouen devant la raffinerie Petroplus de Petit- Couronne à 4h30. A 4h45, comme tous les matins, les travailleurs de cette raffinerie font une brève AG, pour décider des suites de leur mouvement. Depuis le 11 octobre les salariés sont en grève reconductible, à 100% dans la plupart des équipes.

La réforme des retraites est l’élément déclencheur de cette lutte. Jean-Luc Bronté, secrétaire du syndicat CGT de la raffinerie Petit-Couronne, explique qu’ils ont déjà donné et qu’il n’est pas question que ce soit encore dans leurs poches qu’on pioche. Ils se battent aussi pour la jeunesse et son avenir. Ils ont la rage contre ce nouveau coup, alors qu’ils travaillent de nuit, dans un milieu dangereux et épuisants, et qu’on exige d’eux de travailler encore plus longtemps. Mais, c’est aussi un ras le bol des exonérations de cotisations données aux patrons de raffinerie qui délocalisent la production. En effet en discutant avec les travailleurs un élément ressort, il n’y a pas d’avenir pour leur secteur et les raffineries risquent de fermer les unes après les autres. Ils en ont assez de cette politique qui va toujours dans le même sens. Il s’agit pour eux de lutter pour la survie de leur secteur d’activité et de leur emploi à terme, bien qu’ils ne soient pas encore directement visés par les fermetures. Pour eux la lutte a commencé début février avec la fermeture de Total à Dunkerque. La raffinerie Petroplus de Reichstett (Bas-Rhin) est elle aussi menacé.

Dès le début de la mobilisation sur les retraites les travailleurs sont entrés dans la bataille. Aujourd’hui beaucoup d’entre eux déplorent le fait que la grève reconductible ne se soit pas généralisée à davantage de secteurs. Depuis le début du mouvement, ils multiplient, avec d’autres, les blocages de dépôts de carburants et des carrefours stratégiques où circulent les camions. Ces blocages sont pour eux des instants qui permettent de discuter avec les routiers pour les mobiliser. Car ils ne peuvent pas continuer seuls.

Difficile de continuer une grève seuls

La grève reconductible est voté à une majorité de moins en moins fortes par les travailleurs. C’est pour cette raison que la CGT a organisé un vote à bulletin secret dans l’usine pour décider de la reconduction ou non de la grève dans l’après midi. De nombreux travailleurs déplorent que la décision de ce vote n’ait pas été prise collectivement. Car un tel vote signifie que les cadres pourront participer et pas de doute, ils iront voter en masse pour la reprise du travail. A 13h le travail reprend. Mais la lutte n’est pas finit pour autant. Le lendemain, journée de grève appelée nationalement par l’intersyndicale, ils sont dans la rue et ne comptent pas lâcher comme ça. De plus bien que la reprise du travail est était voté la production ne peut pas reprendre tant que la CIM (compagnie industriel maritime) qui alimente en pétrole brut les raffineries de la vallée de la Seine, dont celle de Petit-Couronne, est en grève. Même si le mouvement connaît une pause, les travailleurs du secteur pétrolier ont montré leur force.

La combativité et la colère des travailleurs contre la réforme des retraites et, plus généralement, contre le gouvernement est de plus en plus grande. Il est claire pour les ouvriers de Petroplus comme pour beaucoup d’autres qu’on veut nous faire payer la crise mais il n’est pas question de laisser faire.

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