Et après le 29 septembre, que fait-on?

Il nous faut un plan d’information, d’action et de mobilisation!

Obtenir un gouvernement fédéral pour le 29 septembre semble maintenant exclu. Les politiciens s’entretuent pour savoir comment ils vont nous faire payer la crise. Pourront-ils le faire sur le plan fédéral avec de petites compensations pour les syndicats ou plutôt en nous divisant régions par régions et communautés par communautés pour nous ‘‘responsabiliser’’ ? Pendant que les dirigeants syndicaux observent et attendent ‘‘discrètement’’, les patrons crient à qui veut l’entendre qu’il faut une austérité des plus sévères !

Par Eric Byl

Début septembre, Thomas Leysen, le président de la Fédération des Entreprises Belges (FEB), déclarait : ‘‘Nous allons vers une période de dix ans de croissance relativement faible. Il faut nous préparer mentalement à cela. (…) Notre modèle de renforcement systématique de l’Etat-providence en Occident doit être adapté. Notre organisme n’est pas basé sur cela ni psychologiquement, ni financièrement. Un processus d’adaptation s’impose.’’ Karel Van Eetvelt, en tant que chef des petits patrons flamands à l’Unizo, essaye de son côté de nous refourguer une nouvelle fois une vieille idée sous nouvel emballage : travailler 40 heures pour un salaire de 38. Seuls les journalistes font comme s’ils ne se souvenaient pas que Van Eetvelt nous ressert la même soupe à chaque négociation salariale.

Il est donc grand temps pour les syndicats de se préparer. Début mai, circulaient les premiers tracts pour la manifestation de la CES du 29 septembre. ‘‘Non à l’austérité’’ disaient les tracts francophones et anglophones. En Flandre, les syndicats s’étaient contenté de dire ‘‘Pas de politique d’austérité dure’’ ou, comme dans le dernier tract de l’ABVV, la FGTB flamande ; ‘‘Pas de politique d’austérité aveugle’’. D’accord tout de même avec une politique d’austérité alors ? Si les syndicats veulent combattre la politique d’austérité ‘‘dure’’ comme ils l’ont fait dans le temps contre le capitalisme ‘‘sauvage’’, les choses ne se présentent pas bien pour nous.

Apparemment, en mai dernier, les syndicats avaient tout de même déjà conclu avec la FEB que ceux qui devaient normalement travailler le 29 septembre seraient considérés comme grévistes, indemnité de grève et lunch-paquet inclus. Le 11 aout, la CGSP-Amio avait déposé un préavis de grève pour le personnel des ministères et des services publics. Il semblait que les dirigeants syndicaux allaient finalement réellement mobiliser et pas, comme c’est généralement le cas, mobiliser en traînant des pieds. L’enthousiasme a néanmoins été de courte durée. Selon Luc Cortebeeck, le président de la CSC, son syndicat veut ‘‘soutenir la préformation en étant discret et en se taisant.’’

A la FGTB aussi, la direction a baissé le ton. Au début de cette année, la direction avait encore plaidé lors de la présentation de son plan de relance de ‘‘supprimer le chômage économique et le crédit-temps et de placer l’argent économisé dans l’introduction de la semaine de travail de quatre jours’’. En août, on clamait que les familles des travailleurs avaient déjà assez payé pour la crise avec le chômage et le chômage économique, qu’il fallait chercher l’argent avec la lutte contre la fraude fiscale, l’abolition de la déduction des intérêts notionnels et un impôt sur les transactions financières. En bref, la direction syndicale sait très bien ce qui se passe, mais intervenir est encore autre chose.

Bart De Wever a répondu aux propositions de la FGTB de façon dénigrante ‘‘c’est de nouveau ce blabla’’. Il sait très bien que la direction de la FGTB parle avec fermeté, mais n’agit pas de même. Au sommet de la CSC, cela, ils ne le font même pas. Sans lier les mots d’ordre fermes à une tournée d’information, à un plan d’action et à une stratégie de mobilisation dans les entreprises et les quartiers ouvriers, les discours radicaux ne stimulent que le cynisme. Si De Wever est fort en une chose, c’est en donnant une expression à ce cynisme.

Dans les sommets syndicaux, on craint que de vrais actes puissent nuire aux ‘‘amis politiques’’. Toutefois, nous allons être beaucoup ce 29 septembre, ce qui illustre le potentiel qui est présent. Mais ceux qui s’attendent à un positionnement clair des directions syndicales sur le budget belge peuvent malheureusement l’oublier. Pour avoir plus que des paroles vagues, il faudra s’orienter vers des délégations.

Malgré tous les appels, ouverts et couverts, à les soutenir, les “amis politiques” n’obtiennent plus dans les sondages que 16% pour le CD&V et tout au plus 13% pour le SP.a. Leur seul raison d’être est encore leur prétendue capacité de vendre une politique asociale aux syndicats. Il est vrai que le PS fait encore de gros scores du côté francophone, surtout parce que le PS combine une rhétorique un peu plus à gauche et une attitude de ‘‘chevalier blanc’’ qui fait porter le chapeau de l’austérité à ‘‘l’Etat CVP’’ ou à sa variante moderne à ‘‘la Flandre de droite’’. Les syndicats doivent rompre leurs liens avec ces charlatans politiques, et élaborer un véritable plan de mobilisation et commencer la discussion sur la formation d’un instrument politique dans toutes les sections et sur les lieux de travail. Les syndicats belges seraient alors tout de suite à l’avant plan au niveau européen et pourraient finalement concrétiser en action les appels à une Europe sociale.

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