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INTERVIEW – Pierre Eyben (Parti Communiste)

A Bruxelles et en Wallonie, le PSL a participé au scrutin fédéral sur des listes du Front des Gauches (FdG). Composé de 6 organisations de la gauche radicale (1), ce front a également attiré de nombreux indépendants (comme Christine Pagnoulle, présidente d’ATTAC-Liège) et a également par la suite reçu le soutien de plusieurs personnalités (Vincent Decroly, Claude Semal, François Houtart,…). Son score est certes encore très modeste, mais le front a quand-même pu convaincre plus de 28.000 électeurs, et ce malgré un manque de visibilité médiatique.

Propos recueillis par Eric Byl

La composante la plus importante de ce front était le Parti Communiste. Pour Lutte Socialiste, Eric Byl a interrogé Pierre Eyben, tête de liste du FdG pour la Chambre à Liège et porte-parole du PC chargé des questions nationales. Pierre nous a parlé à titre personnel et, tout en nous livrant sa première impression, il a précisé que le Comité Central du PC devait encore se réunir afin d’évaluer ces élections. Quelques extraits marquants:

Sur la campagne du Front des Gauches

‘‘C’était un peu fou. Nous manquions de temps à cause des élections anticipées, surtout pour lancer un tout nouveau nom. Nous avons réussi à créer une dynamique collective mais, d’un jour à l’autre, il était impossible d’harmoniser suffisamment les discours, ce qui s’est principalement remarqué lors des apparitions médiatiques. Or, c’est essentiel si l’on veut identifier le FdG auprès de l’électeur.

‘‘Je sais bien que nous ne devons pas baser nos campagnes uniquement sur l’accès aux mass-médias mais nous devrons absolument nous améliorer à ce niveau.

‘‘Les apparitions médiatiques prennent d’ailleurs encore plus d’importance avec des élections anticipées. Du côté francophone, les médias nous ont offert une petite ouverture, limitée mais toutefois plus grande que pour d’autres scrutins ou pour le côté néerlandophone. Selon moi, c’est d’ailleurs aussi ce qui explique que le résultat du PTB en Flandre (1,35%, ndlr) reste en recul comparé à son résultat en Wallonie et Bruxelles (2,07%, ndlr).

‘‘Nous n’avons pas suffisamment saisi cette ouverture médiatique. C’était très bien d’y varier les intervenants, mais nous n’étions pas assez bien préparés, les discours n’étaient pas suffisamment unifiés. La gauche radicale a également pour défi de démontrer sa crédibilité en étayant ses propositions. Sur cela aussi il faudra travailler.’’

S’implanter localement

‘‘Je suis convaincu qu’il faut poursuivre le FdG mais aussi qu’il faut traduire l’idée de Front au niveau local, s’y implanter en tant que Front. Le PTB a réalisé un score exceptionnel à Herstal et à Seraing en raison de son ancrage local.

‘‘On ne construit pas un parti national exclusivement en ajoutant des implantations locales les unes aux autres mais cela demeure important, d’autant plus que la prochaine échéance, ce sont les communales de 2012.’’ Résultats

‘‘Les résultats sont bons, pas exceptionnels. Le PTB est devant (2,06%) mais le FdG ne reste pas trop en arrière (1,13%). Vu le délai ce n’est pas mauvais. On fait aussi des pointes locales qui permettent de penser à des élus locaux en 2012. A Verviers, avec Simon (membre du PSL et 3ème à la chambre à Liège, ndlr), nous réalisons 1,12%, à Liège, nous atteignons 1,9%, à St. Gilles 2,3%. A Charleroi, pour le Sénat, nous parvenons à 2,04% mais le résultat à la Chambre y est moins bon (la moitié). De manière générale, Robert Tangre (membre du PC et tête de liste pour le Sénat, ndlr) et la liste Sénat sur laquelle figuraient des candidats d’ouverture, font un très bon score sans la moindre apparition médiatique nationale.

‘‘Ceci me renforce dans l’idée que les interventions médiatiques, surtout lorsqu’elles se sont cantonnées à de la dénonciation et non à des propositions alternatives, n’ont pas été productives, si les amis objecteurs de croissance me pardonnent cette expression.

‘‘Le PC est un parti ouvrier. A Liège par exemple, je suis un des rares à avoir un diplôme universitaire, et j’ai pu constater souvent que les analyses (même brillantes) qui s’en tiennent à de la dénonciation ne suffisent pas. Idem pour les idées écologistes. Les camarades communistes, comme notre électorat j’en suis convaincu, veulent que nous leur proposions des idées concrètes pour les sortir de la m… actuelle.’’

Se structurer

‘‘Pour continuer le FdG, il faut clarifier nos objectifs. Le premier critère c’est l’ouverture. Il faut maintenir les portes du FdG ouvertes. Avoir hors du FdG la plus importante formation de la gauche radicale est un réel hiatus. Le PC souhaite que nous continuions de discuter avec le PTB, mais sans renier notre dynamique. Si le PTB veut continuer seul, sur ses propres forces, avec sa stratégie de communication actuelle (sans doute efficace mais plutôt poujadiste), alors nous devrons en tenir compte. Il est essentiel également de ne pas négliger la dimension ‘‘verte’’ de ce Front. Les discussions avec les dissidents écologistes (objecteurs de croissance et autres) doivent se poursuivre.

‘‘Il nous faut plus d’unité dans le fonctionnement, et aussi créer des structures qui permettent aux indépendants de s’intégrer. A mon avis, on peut en partie s’inspirer du modèle du Bloco (Bloco de Izquierda au Portugal, ndlr). La notion d’adhésion individuelle existant au Parti de la Gauche Européenne me semble également intéressante. A terme, dans le FdG, on doit arriver à un fonctionnement démocratique basé sur les ‘‘membres’’ du Front et non sur les partis qui le composent. ‘‘Les divers partis qui composent le front ont évidemment leurs spécificités qu’il faut respecter. Mais nous devons clarifier quand une position est commune et quand elle n’est que spécifique à une des composantes. Nous devons éviter un blocage parce qu’une des composantes n’est pas d’accord sur l’une où l’autre revendication sinon, nous risquons de tellement nous censurer que le front deviendra une coquille vide. Le front doit être efficace.’’

Communales de 2012

‘‘Le prochain objectif électoral, ce seront les communales de 2012. Comment mener campagne en vue des communales? Je pense à nouveau qu’il faudra aller dans le concret, s’attaquer aux véritables enjeux communaux, notamment en matière de budget. On peut toucher beaucoup de thèmes socio-économiques qui nous sont chers via l’échelon communal. On peut aborder la question du droit au travail et de la chasse aux chômeurs via la situation des CPAS. On peut parler emploi public de qualité via les services publics locaux et les intercommunales où l’on restructure actuellement en vue de privatisations. On peut aborder le thème des migrations via la présence de centres fermés sur le territoire de certaines communes, comme Liège. La question de la solidarité peut être abordée via des propositions visant à la création de clefs de répartition budgétaire créant des solidarités entre communes plus aisées et communes plus pauvres. On peut aussi aborder la question de la mobilité et de l’habitat en proposant la mise en place d’outils supra-communaux comme les communautés urbaines. Bref, il y a de la matière à débattre et la possibilité de politiser les habitants via des propositions concrètes. On doit sans tarder cibler des communes et entamer un travail de terrain.’’

www.frontdesgauches.be


(1) Parti Communiste (PC), Parti Socialiste de Lutte – Linkse Socialistische Partij (PSL-LSP), Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), Parti Humaniste (PH), Comité pour une Autre Politique (CAP) et Vélorution.

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