70 millions d’euros pour les victimes du tsunami. 250 millions d’euros pour les patrons. Sur la solidarité et la cupidité

70 millions d’euros pour les victimes du tsunami

250 millions d’euros pour les patrons

La vie sourit décidément aux impudents et aux rapaces. Pendant que toute la Belgique se mobilise pour rassembler 70 millions € pour les victimes du tsunami, plus du triple de ce montant, soit 250 millions €, disparaît dans les poches du patronat… parce que les entreprises seraient dans une mauvaise passe! Pourtant, des chiffres récents publiés par Trends, un hebdomadaire flamand de droite, démontrent le contraire: en 2003, le bénéfice cumulé des 30.000 plus grandes entreprises du pays a doublé pour atteindre les 27,8 milliards €, ce qui fait environ 300.000 francs belges par habitant actif.

Eric Byl

La solidarité avec les victimes du tsunami a montré que la grande majorité de la population n’est ni individualiste, ni égoïste, ni raciste. Au contraire, la plupart compatissent avec ceux qui ont été touchés. Le pays entier s’est mobilisé: le monde des organisations non-gouvernementales, tous les médias – presse écrite, radio et télévision – le secteur public et commercial. Parmi les gens connus : des acteurs, des musiciens et des sportifs. Il y a eu surtout 1.600 initiatives locales de personnes comme vous et moi. Tous ensemble, nous avons récolté le montant le plus important connu à ce jour. Mais nul n’ignore qu’il en faudra bien davantage pour satisfaire l’ensemble des besoins.

Les politiciens, qui doivent se faire réélire, en tiennent compte. Même le Vlaams Belang a, une fois n’est pas coutume, eu la sagesse de laisser tomber son slogan “Notre peuple d’abord !”. Les provocateurs de la NV-A ont laissé au garage les camions qu’ils avaient loués pour protester contre la solidarité entre le Nord et le Sud du pays. Les politiciens ont compris qu’il valait mieux suivre le courant. Le gouvernement a donné environ 30 millions € de nos impôts pour marquer sa solidarité. Les politiciens ont pris des appels dans les call-centers à l’occasion des grandes émissions communes de l’action 12-12 de la RTBF, de RTL-TVI, de TV1 et de VTM. Tous les partis “démocratiques” ont appelé leurs militants à verser de l’argent sur le compte bancaire 12-12. Seul le Vlaams Belang a d’abord refusé de contribuer au consortium des ONG à cause de l’organisation «communiste» Oxfam/Solidarité, mais il a dû finalement revoir sa position.

Pour les patrons belges, qui ne doivent pas se faire élire, il y a des limites à la solidarité mais pas à l’avidité. Pour la forme, la FEB a appelé ses membres à verser de l’argent sur le compte 12-12, mais, en même temps, l’organisation patronale a demandé de multiples compensations dans le cadre de l’Accord interprofessionnel. Le patronat belge juge que si on sait dépenser autant pour la solidarité, on n’a pas besoin d’augmentation de salaire et on peut travailler un peu plus longtemps. Les patrons comptaient sur un montant de 360 millions €, soit 5 fois le montant des fonds récoltés en faveur des victimes du tsunami. Même le gouvernement violet a compris que c’était immoral. Il a finalement décidé de n’offrir «que» 250 millions € aux entreprises.

La grande majorité de la population de notre pays est très solidaire. Les égoïstes et les individualistes ne forment qu’une très petite minorité. Tant que cette minorité et ses représentants politiques contrôlent la société, la solidarité des uns devra s’incliner devant l’avidité des autres, quel que soit le prix à payer en termes de vies humaines et de pauvreté.

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