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Mes vêtements, ma contraception, mon choix! Ensemble le 28 septembre contre le sexisme!

Les femmes ne sont ni des objets, ni des espaces publics dont on peut disposer selon son bon vouloir. Malheureusement, les récentes mesures prises par divers gouvernements encouragent les discriminations et les violences à l’encontre des femmes. Que ce soit concernant la liberté de se vêtir comme on le souhaite ou l’accès à l’IVG (Interruption volontaire de grossesse), le droit des femmes à disposer de leur propre corps est devenu de nouveau limité.

Par Julie N. (Liège)

Depuis quelques années, nous observons une reprise des luttes des femmes, stimulée par les attaques contre nos acquis du passé. Au cours des grandes mobilisations des années ‘60 et ‘70, la classe dominante s’est vue forcée de céder du terrain. Divers droits ont été acquis, des droits qui peuvent nous sembler élémentaires aujourd’hui mais qui sont pourtant bel et bien en danger. Nous avons connu plusieurs avancées importantes au niveau de la liberté sexuelle, mais le capitalisme s’en est saisi pour accroître les profits d’industries extrêmement florissantes basées sur l’exploitation du corps de la femme et le sexisme telles que la pornographie, les cosmétiques, la chirurgie plastique,… Ces secteurs reposent aujourd’hui essentiellement sur des clichés sexistes véhiculés par la société actuelle.

Sexisme quotidien, harcèlement et viol

Un système en crise – comme c’est actuellement le cas du capitalisme – forme le terreau idéal pour des forces conservatrices et réactionnaires qui combattent l’émancipation des femmes. Fin janvier, Donald Trump a ainsi signé un décret interdisant le financement d’ONG internationales soutenant l’avortement (en 2016, 27 millions de femmes de pays défavorisés avaient pu accéder à des moyens contraceptifs par ce biais(1)). Dans l’Etat du Missouri, une loi a été votée en juin dernier pour permettre aux employeurs et aux propriétaires de licencier ou d’expulser une femme qui aurait subi un avortement, qui aurait eu un enfant hors mariage, ou qui prendrait tout simplement une contraception. Cela autorise donc de fait les employeurs et propriétaires à poser ces questions durant les entretiens, bafouant les droits des femmes les plus primaires.

Dans la société capitaliste, les discriminations constituent un outil pour diviser la population tandis que l’élite dominante continue d’amasser des profits, notamment en ayant instrumentalisé les acquis des luttes pour la libération sexuelle avec l’industrie pornographique où s’épanouissent les stéréotypes et l’image de la femme en tant qu’objet soumis et offert. La culture du viol a été renforcée de la sorte. Dans d’autres secteurs, l’image de la femme-objet est devenue tellement omniprésente (dans les jeux vidéo, au cinéma, dans l’industrie musicale, dans la publicité, etc.) que l’espace public peut être une véritable agression permanente.

Voir des produits accompagnés de femmes ravalées au rang de vulgaire décoration banalise les agressions sexuelles et le harcèlement. Pourtant, les victimes de viol ou de harcèlement doivent le plus régulièrement se défendre en expliquant comment elles étaient habillées, pourquoi elles sont rentrées seules, si elles n’avaient pas bu un verre de trop,… Les victimes doivent faire face à la minimisation du viol (‘‘ce n’est pas si grave que ça’’), à la négation du non-consentement (‘‘elle a dit ‘‘non’’, mais elle pensait ‘‘oui’’) et au blâme (‘‘elle l’a cherché’’).

Une chose aussi évidente et légitime que le choix de ses vêtements est devenue synonyme de parcours du combattant. C’en est arrivé à un point où les écoles (secondaires et primaires) interdisent certaines tenues aux filles au sein de l’établissement sous peine de renvoi, rappelant ainsi que l’éducation des filles est moins importante que leur tenue. Cette discrimination se poursuit dans les études supérieures. S’il n’est plus question de renvoi, les humiliations sont régulières. On se souvient de ce mail du secrétariat de l’ULB envoyé en mai dernier aux diplômés et dans lequel il était demandé aux étudiantes de ‘‘revêtir une jupe ou une robe ainsi qu’un joli décolleté’’. Suite au scandale, des étudiantes avaient ensuite révélé un email envoyé en 2012 pour la proclamation de médecine dans lequel on pouvait lire : ‘‘Mesdames, un joli décolleté et de jolies gambettes feront parfaitement l’affaire, cela dit, si vous n’avez pas eu le temps de passer chez l’esthéticienne, nous vous pardonnerons le port du pantalon !’’

A côté de cela, tous les paradoxes de cette société s’expriment dans ses injonctions quotidiennes : ‘‘soyez sexy, mais pas salope’’, ‘‘soyez naturelles, mais épilez-vous et maquillez-vous’’, ‘‘soyez intelligentes, mais moins qu’un homme’’, ‘‘soyez minces, mais pas maigres’’. Cette société nous conditionne à penser que le corps d’une femme est un espace public que tout le monde a le droit de mutiler, de critiquer et de toucher. Il n’est pas surprenant de se prendre une main aux fesses dans la rue, cela fait même partie du quotidien ! En Belgique, en 2014, on estime à 25 % le nombre de femmes ayant subi un harcèlement physique (qui va donc au-delà de l’agression verbale, avec contact physique non consenti) dans des lieux publics(2).

La contraception et l’IVG: des droits loin d’être accessibles à toutes

Le capitalisme transforme tout en marchandise. Tout se vend, tout s’achète, tout doit générer du profit. Dans cette logique, les droits reproductifs et sexuels passent bien évidemment à la trappe. En Belgique, les récentes mesures prises par la Ministre de la santé Maggie De Block (Open-VLD) rendent l’accès à la pilule du lendemain presque impossible, car le budget destiné à cela pour les plannings familiaux a été coupé et la pilule vendue en pharmacie est très chère. Une pilule du lendemain coûte entre 10€ et 25€, ce qui est loin d’être accessible dans une situation de détresse. Ajoutons à cela qu’une femme s’expose au jugement du pharmacien et des autres clients alors que la pression sociale est déjà énorme sur les filles sexuellement actives. On ne compte plus les humiliations et discriminations sur base de cette liberté sexuelle. Cette mesure empêche toute une couche de femmes de disposer comme elles le souhaitent de leur corps.

En Europe le droit à l’avortement n’est pas partout acquis. En Irlande, on peut être condamnée à 14 années de prison pour un avortement. En Pologne, l’avortement n’est possible que sous certaines conditions et même cela était de trop pour le gouvernement actuel. A Malte et à Chypre, la loi est aussi très restrictive. En Grèce et en Italie, ce droit est fortement limité par le refus des médecins de le pratiquer (80% en Italie) sous pression sociale, religieuse et politique. En Hongrie, la nouvelle loi constitutionnelle protège l’embryon à partir de la fécondation, donc l’avortement est impossible (Knack, 06/06/2016).

Cela met les femmes en danger. L’alternative à un avortement sécurisé est un avortement clandestin dans de mauvaises conditions. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les avortements clandestins représenteraient 49 % de la totalité des avortements(3).Chaque année, 47.000 femmes décèdent des suites d’un avortement clandestin(4).

Les raisons derrière un avortement sont souvent économiques. Nombreuses sont celles qui agissent de la sorte par peur de sombrer dans la pauvreté (une personne pauvre sur quatre vit en famille monoparentale en Belgique). Dans ces familles monoparentales, le risque de chômage est trois fois plus élevé que dans un couple et les temps partiels sont également plus répandus. Nous ne pouvons donc pas affirmer que ces femmes font un réel choix puisqu’il est contraint par la position économique plus faible des femmes dans la société ! Si les allocations familiales couvraient le coût réel de l’éducation d’un enfant, si les bourses d’étude étaient plus accessibles, que les services publics étaient gratuits et de qualité, si le logement était abordable et si les salaires et allocations étaient assez élevés, une grande partie de ces femmes choisiraient d’avoir un enfant par désir et non après un savant calcul.

Pour un féminisme socialiste

Nous luttons également pour que les femmes aient accès à une contraception gratuite, de qualité et adaptée à leur mode de vie. Un contraceptif comme la pilule, l’anneau vaginal, le patch ou encore la piqûre contraceptive coûte entre 2 et 30€ par mois. Pour d’autres contraceptifs comme l’implant ou le stérilet il faut compter jusqu’à 148€, avec un remboursement plus ou moins effectif jusque 21 ou 26 ans selon les mutuelles.

En tant que féministes socialistes, nous luttons pour des cours d’éducation sexuelle et affective dans l’enseignement, qui doit être refinancé pour devenir accessible et de qualité. Un plan radical d’investissements public dans les services publics et sociaux est nécessaire. Nous exigeons que les femmes puissent s’habiller comme elles le souhaitent sans être harcelées ni discriminées. Nous sommes convaincus qu’il faut également nationaliser les secteurs clés de l’économie et les placer sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleurs. Tant que la petite minorité des capitalistes gardent le contrôle sur l’économie, sur ce qui est produit et qui va partir avec le profit, ils vont continuer de propager ce sexisme parce que cela leur rapporte d’énormes profits. C’est seulement en arrachant ce contrôle avec la majorité de la population que nous serons capables de nous débarrasser de ce sexisme quotidien et institutionnel.

Ensemble le 28/09 ! Rejoins-nous ce 28/09 à 17h30 Parc du Cinquantenaire pour lutter contre le sexisme !

Manifestation à l’initiative de la Marche Mondiale des Femmes dans le cadre de la Journée Internationale du droit à l’avortement.

Cortège antisexiste à partir de l’ULB : 
Départs
– 16H : ULB SOLBOSCH devant le foyer av. P. Héger
– 16H30 : VUB Etterbeek, Esplanade
– 15h : Université Saint-Louis, sortie rue du Marais n°109 pour un départ collectif vers l’ULB

(1) http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2017/01/25/donald-trump-s-attaque-a-l-avortement_5069145_3222.html#44zPqsokrzPIGxPc.99
(2) chiffre d’Amnesty Internationale https://www.amnesty.be/camp/droits-des-femmes/le-viol-en-belgique/article/faits-et-chiffres
(3)chiffre de l’OMS de 2008 https://www.rtbf.be/info/societe/detail_selon-l-oms-les-avortements-clandestins-seraient-en-hausse-dans-le-monde?id=7414363
(4)chiffre de l’OMS http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs388/fr/

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