Russie 1917. L’art révolutionné par les soviets

Le cuirassé Potemkine

En février 1917, la révolution russe a mis fin à la dictature tsariste. En octobre de la même année, sous la direction des bolcheviks, la révolution a abouti à la prise de pouvoir par les soviets et à la constitution du premier Etat ouvrier au monde. La société s’est retrouvée sens dessus dessous : les travailleurs disposaient du pouvoir grâce à la démocratie directe exercée dans les conseils de masse, les ‘‘soviets’’ en russe. Le temps était à la libération et à l’espoir.

En dépit des difficultés – le pays était ruiné par la guerre mondiale, à laquelle a succédé une guerre civile combinée à l’intervention militaire des puissances capitalistes – ce qui a été réalisé donne le tournis. L’enseignement a été modernisé et ouvert à de larges couches de la population. Les enfants ont été encouragés à faire de la musique, du théâtre, à s’intéresser à la littérature et à l’art dans le cadre d’une approche universelle du développement humain. Des trains d’agitation ont traversé le pays pour aider à diffuser les objectifs de la révolution : prise de décision démocratique, réforme agraire, égalité femmes-hommes, droit à l’autodétermination des peuples, solidarité internationale, etc.
La disparition de la censure du tsarisme et les espoirs liés à la construction d’une nouvelle société ont provoqué une éruption de créativité et de discussions. Grâce à la nationalisation des secteurs clés de l’économie et à la mise en place d’une économie planifiée, des ressources ont été libérées pour cela.

C’est ainsi que l’artisan d’avant-garde Vera Ermolaeva a fondé, en 1918, le ‘‘Collectif Aujourd’hui’’ afin de publier des livres pour enfants. En 1922, il y avait plus de 300 maisons d’édition à Moscou et Petrograd. Ermolaeva a aidé Kazimir Malevitch à mettre sur pied le collectif d’artistes ‘‘Unovis’’ (les Champions du Nouvel Art) dirigé par les étudiants. Ces initiatives étaient liées à l’usine de porcelaine de Lomonosov et, de ce fait, l’art était immédiatement diffusé à grande échelle. Le Musée expérimental et interactif de la Culture Artistique était destiné à placer l’art sous le contrôle des artistes. Lioubov Popova a appliqué son art innovateur aux projets du créateur radical de théâtre Vsevolod Meyerhold. Son style était visuel, audacieux et énergique. Le public était impliqué dans les pièces mais pas de façon condescendante ou paternaliste. L’affiche emblématique du film révolutionnaire Le Cuirassé Potemkine de Sergei Eisenstein réalisée par Varvara Stepanova donne un aperçu de l’esprit de l’époque.

L’approche générale était de relier l’art, l’architecture, la technique et la production. L’Union soviétique a créé l’art le plus moderne de la planète, en impliquant des milliers de travailleurs et de jeunes dans des activités créatives, dans la science et dans la technologie.

L’isolement de la révolution à la seule Russie était cependant problématique pour le nouvel Etat ouvrier. Il fallait gagner la guerre civile et reconstruire l’économie, dans un pays arriéré et ravagé par les conflits armés. Les travailleurs n’avaient pas assez de temps et d’énergie pour s’adonner pleinement à la gestion de la société. Une caste bureaucratique – avec le soutien croissant des services de sécurité – a commencé à usurper le pouvoir.

Léon Trotsky, de concert avec Lénine et de nombreux autres bolcheviks et ouvriers, se sont battus pour défendre la démocratie ouvrière et la révolution internationale. C’est ainsi qu’est née ‘‘l’Opposition de gauche’’ contre Staline, son ‘‘socialisme dans un seul pays’’ et la caste bureaucratique.

L’élan révolutionnaire international s’est malheureusement provisoirement tari et, en Russie, la population était épuisée. Les partisans de Staline dans la bureaucratie ont utilisé cette période pour marginaliser ‘‘l’Opposition de Gauche’’, jusqu’à la répression physique. La liberté d’expression subit un assaut généralisé. En 1926, le Musée de la Culture Artistique a été fermé. Malevitch a été arrêté en 1930. En 1934, le régime stalinien a déclaré que le ‘‘réalisme socialiste’’ était le seul style artistique admis en plus de la ‘‘littérature prolétarienne’’. Ermolaeva a été arrêtée en 1934 et exécutée en 1937. Le théâtre de Meyerhold a été fermé en 1938 et le producteur de théâtre lui-même a ensuite été arrêté et exécuté. Les artistes et les écrivains ont reçu l’ordre de glorifier le régime et Staline tout particulièrement. Comme Trotsky l’a résumé ce fut ‘‘une sorte de camp de concentration pour l’art’’.

Trotsky a laissé un héritage important concernant la prise du pouvoir par la classe ouvrière au moyen d’un programme démocratique, socialiste et internationaliste. Mais son analyse de l’art et de sa relation avec la révolution et la société est également une forte contribution au marxisme.


Lors du week-end « Socialisme 2017 » qui se tiendra à Bruxelles les 21 et 22 octobre, un parcours spécifique comportant différents ateliers sera consacré à la relation entre l’art et la révolution.

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