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94 % des femmes touchées par les discriminations au travail

Les discriminations vis-à-vis des femmes sont omniprésentes et revêtent des formes variées. Le sexisme est quotidien, en rue ou à la maison. Mais les discriminations hommes-femmes frappent également les lieux de travail : 94% des femmes affirment les subir au boulot également. En 2016, le nombre total de signalements pour discriminations fondées sur le sexe et/ou le genre déposés à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes a à nouveau augmenté (+18% par rapport à 2015). La grande majorité des signalements introduits l’ont été par des femmes (59%) et concernent la discrimination liée à l’emploi. Pour cet institut, ces chiffres ‘‘démontrent que la position de la femme sur le marché du travail reste vulnérable’’.

Par Emily, coordinatrice de la campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité)

Ainsi, 80% des femmes affirment être interrompues fréquemment et/ou ne pas être écoutées lorsqu’elles parlent, 75% admettent subir des commentaires sur les vêtements qu’elles portent ou ceux qu’elles devraient porter ou encore des blagues ou des remarques déplacées (1). À cela s’ajoute un écart salarial de plus de 20% entre le salaire moyen annuel des hommes par rapport à celui des femmes. L’écart de revenu s’aggrave encore à la pension, cette dernière étant en moyenne 34% moins élevée pour les femmes, les mettant bien souvent de facto en situation de pauvreté ou de dépendance.

Cet écart se renforce avec la réforme des pensions. Les politiques de casse sociale et le manque de structures publiques qui en résulte obligent la personne qui a le plus petit revenu dans le ménage (le plus souvent une femme) à prendre en charge des tâches qui étaient auparavant prises en charge par la collectivité : s’occuper d’un parent malade en l’absence de structure d’accueil ou d’un bébé qui n’a pas eu de place en crèche. Les soins délivrés à un membre de la famille constituent d’ailleurs le seul motif de crédit temps encore valable, mais avec d’importants impacts financiers. Conséquence de ces politiques, plus de la moitié des femmes déclarent avoir subi un traitement discriminatoire durant la grossesse et la maternité, allant jusqu’au licenciement (2). Cela accentue les discriminations à l’embauche et précarise toujours plus les femmes. Le manque d’indépendance économique les force parfois à accepter un sexisme quotidien au boulot de peur de se retrouver sans le sou, ce qui a également un impact sur la manière dont elles sont perçues dans la société de manière générale.

Lutter contre les mesures asociales du gouvernement Michel, c’est lutter pour les droits des femmes !

Nous avons besoin d’un plan d’action pour stopper le gouvernement. Nous avons un besoin urgent de réinvestissements massifs dans les services publics et, pour ce faire, les richesses existent ! Elles sont toutefois aujourd’hui détenues par une minorité de la société alors qu’elles pourraient être utilisées pour répondre aux besoins de la majorité sociale. Mais pour cela, les secteurs clés de l’économie doivent être placés entre les mains de la collectivité, c’est-à-dire nationalisés, sous gestion et contrôle démocratiques. Face aux écarts de revenus, on n’entendrait ainsi plus que les hommes ont une pension trop élevée : les moyens existeraient pour que chacun dispose d’un revenu lui permettant de mener une vie décente. Les bases matérielles seront là pour s’atteler efficacement au combat contre les autres formes de discrimination que prend le sexisme.

Les secteurs précaires : encore plus durement touchés par le sexisme

C’est entre autres le cas pour les nettoyeuses et les aides familiales. Les personnes qui travaillent via les entreprises de titres-services gagnent un petit salaire horaire. Celui-ci devient complètement dérisoire lorsque l’on prend en considération les temps de déplacement souvent très élevés pour se rendre d’un client à l’autre. Les trajets éloignent encore un peu plus la possibilité de travailler à temps plein. Pire, 31,7% des nettoyeuses / aides familiales ont un jour été victimes de violences sexuelles au travail selon une enquête réalisée par la CSC Alimentation et Service auprès de plus de 7000 affiliées. En plus, nombreuses sont celles qui dénoncent l’absence de soutien des entreprises de titres-services vis-à-vis des travailleuses victimes d’une agression. Conserver les clients et avec des rentrées financières est, selon leur logique, plus important…

Il est essentiel de lutter pour une revalorisation de ce secteur, et en premier lieu d’un point de vue salarial. Pour que le salaire horaire effectif soit correct et un temps plein réaliste, exigeons d’intégrer le temps de déplacement entre les différents clients dans le temps de travail. Favoriser des délégations syndicales avec plus de travail de terrain est également important. Organiser des travailleurs isolés sur leurs lieux de travail permet de faire remonter les problèmes, tels que des cas d’agressions, dans des organes de discussion collective comme le CPPT. Mais un travailleur qui déciderait démissionner ne devrait pas non plus se retrouver sanctionné.

Au-delà de cela, pour permettre à tout le monde de travailler tout en ne s’épuisant pas au boulot, partageons le temps de travail entre toutes et tous : pour un temps plein à 32h voire même 30h semaine. Dans le secteur du nettoyage (souvent fort féminin) où le temps partiel est légion, cela signifie principalement une augmentation de salaire. En général, dans la société, cela permettrait d’embaucher pour compenser les temps pleins diminués vers les 30h semaine, résolvant ainsi la crise de l’emploi. Et comme nous n’avons jamais produit autant de richesse, ce nouveau temps plein doit se faire sans baisse des salaires, en allant chercher l’argent là où il se trouve.

Enfin et surtout, retirons ce secteur des mains du privé. Il ne bénéficie aujourd’hui qu’aux patrons des entreprises de titres-services et dans une bien moindre mesure aux clients qui ont l’argent pour s’offrir un tel service. Faisons de ce secteur un véritable service public, pour lutter contre les mauvaises conditions de travail de ce secteur où la concurrence est rude. Cela permettra également à tous de bénéficier par exemple du soutien d’une aide familiale comme les nombreuses personnes âgées avec une petite pension. Cela luttera également contre la double journée de travail des femmes qui totalisent en moyenne 245 minutes de travail domestique non rémunéré contre 151 minutes pour les hommes.

Un plan d’action dans les entreprises en faveur de l’égalité salariale

Le Conseil national du travail a mis sur pied une nouvelle méthode de calcul de l’écart salarial entre homme et femme. Ce n’est plus l’écart salarial effectif qui est évalué, mais bien la structure des rémunérations de l’entreprise. Ce n’est pas qu’un changement de terminologie : on ne vise plus l’égalité, mais bien l’équité et le public ciblé par un plan d’action obligatoire change fondamentalement. Désormais, le manque à gagner en termes de prime et de salaire pour les temps partiels, les crédits temps pour motif de soin (le seul motif existant encore) et les congés maternité ne sont plus pris en considération.

L’écart salarial parmi les ouvriers et les employés pour lesquels les salaires se négocient collectivement est alors considéré comme raisonnable, c’est-à-dire inférieur à 5 % (est-ce acceptable?!). Par contre, en ce qui concerne les cadres et en particulier le personnel de direction, moins souvent en crédit temps ou autre, cette nouvelle méthode de calcul met en avant de graves inégalités salariales. Un plan d’action à la faveur des membres de la direction doit donc bien souvent, avec cette nouvelle méthode de calcul, obligatoirement être mis sur pied.

Si toutes les inégalités salariales sont inacceptables, la campagne ROSA n’a pas pour objet de lutter pour qu’une plus grande part de la masse salariale soit attribuée au pourcent au sommet de la société tandis que les 99 % subissent toujours les conséquences d’une politique de rémunération discriminatoire. Ce n’est clairement pas ça une politique de lutte contre les discriminations. Et si les cadres, qui sont tiraillés entre le marteau et l’enclume, veulent lutter contre les inégalités hommes-femmes, ils devraient se mettre au côté des employés et des ouvriers et lutter collectivement pour une barémisation et contre les mesures d’austérité.

(1) https://www.youtube.com/watch?v=5z7q4W_XcPU
(2) https://www.rtbf.be/info/societe/detail_plus-de-la-moitie-des-femmes-discriminees-au-travail-pendant-leur-grossesse?id=9621774