Lutter contre le néo-sexisme

Le 11 novembre une journée nationale des femmes aura lieu à Bruges. Cette journée passe pratiquement inaperçue et le féminisme est généralement considéré comme «vieillot». Entre-temps le sexisme progresse chaque jour. Mais comment protester contre cela sans être considérée comme «coincée»?

Ann Van Cutsem

Les annonces publicitaires utilisent les femmes à grande échelle comme objet pour vendre les marchandises. Souvent avec des images et des textes inspirés par la pornographie soft. Dans le passé le mouvement des femmes aurait protesté contre cette utilisation du corps des femmes à des fins mercantiles. Mais on serait entré dans une société post-féministe. Les femmes seraient plus indépendantes et les jeunes femmes surtout seraient plus sûres d’elles, y compris sur le plan sexuel.

Ces idées sont généralement acceptées et trouvent leur place dans une idéologie qui met l’accent sur l’ascension individuelle dans la société capitaliste. Dans les médias et surtout dans les périodiques féminins on propage l’idée que les femmes peuvent obtenir une meilleure vie "en s’améliorant".

Le système capitaliste n’est évidemment pas mis en cause.

Cette évolution s’est développée avec le démantèlement néo-libéral des acquis collectifs, qui avaient été arrachés auparavant par la lutte des femmes et des hommes. Aujourd’hui on pousse les femmes à trouver des solutions individuelles, puisqu’elles ont les mêmes chances (ce qui est contredit par toutes les statistiques, notamment en matière d’emploi, de salaires, de pauvreté,…). Si une femme ne réussit pas à "saisir sa chance" c’est de sa propre faute.

Ce ne sont pas les symboles et les images sexuels qui manquent dans la société d’aujourd’hui. En même temps il y a une menace constante de retour du puritanisme. Nous sommes forcées de choisir entre "l’ordre moral" ou "le tout est permis".

Sur le plan de la sexualité il y a eu une inversion des valeurs dans les 10 dernières années. Ce qui était subversif hier fait aujourd’hui partie de l’ordre établi. La libération sexuelle n’est plus un défi lancé à l’ordre mondial, mais répond à ses intérêts.

Le sexe est un produit rentable, vendu par les revues pornographiques, la prostitution, le tourisme sexuel,… Le porno est devenu un produit de masse. Grâce à la télé le sexe arrive directement dans votre living. Internet véhicule les formes les plus extrêmes de pornographie, y compris la pédophilie. Parmi les messages publicitaires véhiculés par internet le porno trouve de nombreux acheteurs. Selon les statistiques 98,8% de la pornographie est consommée par des hommes.

Qui y a-t-il de négatif dans la pornographie? Elle réduit les femmes à des objets sexuels et renforce les idées de domination masculine, des idées qui ont malheureusement des racines profondes dans la société. La manière dont les femmes sont représentées renforce en plus l’idée que l’aspect physique des femmes est plus important que ce qu’elles pensent, disent, ou font.

Mais aujourd’hui l’anti-sexisme est présenté comme étant du puritanisme. Les femmes qui déclarent se sentir agressées par les images pornographiques sont considérées comme prudes ou ayant des problèmes sexuels. Les images sexistes réduisent les femmes au rang d’objets et renforcent les inégalités et les discriminations. La pornographie n’est pas la cause réelle de l’oppression des femmes: c’est le produit du capitalisme, une société basée sur l’inégalité. Car le sexisme divise. Tout comme le racisme, le sexisme et la pornographie divisent. Ils constituent un obstacle à l’unité dans la lutte pour de vrais changements économiques et matériels, indispensable à l’épanouissement de la vie des femmes et des hommes. Ils renforcent la division au sein de la classe ouvrière. Et qui a dit que celui qui ne vit pas comme il pense, commence à penser comme il vit? Lénine!

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