A Bayer, l’austérité n’est pas une option

A Anvers, la direction de Bayer a voulu imposer un plan d’assainissements. En vue de réaliser cet objectif, elle a pu compter sur la coopération des politiciens, des autres patrons et des médias. La proposition de travailler plus longtemps pour le même salaire était présentée comme «généreuse» et le refus des délégations syndicales d’accepter ce recul était qualifié d’«irresponsable». Ce n’est quand même pas le rôle des syndicats d’organiser la casse sociale? Après Bayer aurait rapidement suivi le reste du secteur. Où s’arrêterait dès lors cette spirale vers le bas?

190 millions d’euros de profit

Bayer n’est pas exactement une entreprise en difficultés. En 2008, les profits nets ont augmenté de 18% pour atteindre 190 millions d’euros. Ces profits ont toujours plus dépendu des activités financières, et en résultat la production a diminué ces dernières années jusqu’à près de 25 millions d’euros en 2008, soit 2,5% d’un chiffre d’affaire de presque un milliard d’euros.

L’entreprise veut néanmoins faire encore plus de profits et recherche des moyens de s’en prendre aux salaires. Pourtant, les coûts du personnel ne représentent que 8 ,8% des coûts totaux! Ces dernières années, les travailleurs ont toujours dû travailler plus durement, comme l’illustre la productivité (la valeur ajoutée par travailleur), qui a doublé depuis 2005.

Bayer veut assainir sur le personnel, car il ne reste plus grand-chose à couper ailleurs. Les diminutions de charges ne peuvent plus faire de grande différence, l’entreprise ne paye de toute façon presque aucun impôt. En 2008, le taux d’imposition réel était de 10,02%! Uniquement avec la Déduction des intérêts notionnels, Bayer a ramassé quelques 50 millions d’euros. La baisse des profits de la production provient en fait principalement des prix des matières primaires. Assainir sur le dos du personnel ne va rien y changer.

Travailler plus longtemps pour le même salaire?

La direction a proposé d’augmenter le temps de travail, vers 35,25 heures par semaine dans un premier temps, sans doute plus par la suite. Selon la direction, il s’agissait d’une nécessité pour préserver la position concurrentielle de l’entreprise. Elle parle en plus d’une surcapacité de production concernant le polycarbonate (200.000 des 550.000 tonnes seraient de trop). La production devrait être diminuée à Uerdingen (en Allemagne) ou à Anvers.

Mais comment diminuer la production en travaillant plus longtemps? Il est clair que ce n’est qu’un préambule pour pouvoir passer plus tard à des licenciements. Limiter le temps de travail à 33,6 heures par semaine était une mesure destinée à sauver l’emploi: en travaillant moins longtemps, les pertes d’emploi ont été limitées lors d’une restructuration précédente.

La direction a fait chanter le personnel en déclarant que le choix était entre accepter les assainissements ou fermer le site. La direction serait-elle ainsi capable de mettre la clé sous le paillasson de sa filiale anversoise qui lui rapporte 190 millions d’euros parce qu’elle ne sait pas faire grimper le chiffre jusqu’à 200 millions? Le chantage était surtout destiné à pouvoir utiliser au mieux les copains du monde politique et médiatique. Ces derniers ont présenté cette proposition visant à augmenter le temps de travail comme une offre «généreuse». Cette campagne de diffamation s’est rapidement répandue et a gagné de l’ampleur. Au début, seuls les délégués syndicaux de Bayer étaient de méchants loups, ensuite tous les travailleurs de l’entreprise, et enfin tout le secteur chimique. Face à une telle offensive médiatique, plus besoin d’argumenter en faveur de médias propres aux travailleurs et aux structures syndicales. C’est plus que nécessaire pour faire circuler les informations dans les délégations syndicales afin de pouvoir répondre sur les lieux de travail à la propagande des médias capitalistes.

La question centrale pour la direction de Bayer n’est pas le temps de travail, mais bien le salaire. C’est ça qui doit baisser. En Allemagne, la direction a exigé une diminution de 6,7%. Si Bayer réussit à faire travailler le personnel plus longtemps pour le même salaire et licencier ensuite le surplus de personnel, on parle en réalité de diminution salariale. Cet exemple serait bien entendu très vite suivi dans d’autres entreprises du secteur. Ce n’est pas une coïncidence si fédération patronale de la chimie suivait ces discussions de si près. Où s’arrêtera la spirale vers le bas? Au salaire proposé pour les «facteurs de quartiers»?

L’austérité n’est pas une option

La direction a bloqué le prolongement d’une convention collective concernant la sécurité de travail pour le lier à la discussion sur les salaires. En échange d’une augmentation du temps de travail, il y aurait cinq années de sécurité de travail. Voilà de quoi compléter le chantage.

Une diminution de salaire ou une augmentation du temps de travail signifie en pratique que les travailleurs qui restent payent la prime de départ du personnel en surplus. La diminution du temps de travail a été introduite au premier janvier 2004 pour éviter des licenciements secs et la direction de Bayer a reçu depuis lors plus de 6 millions d’euros de diminution de charges sociales avec l’introduction de la semaine des 33,6 heures. Et maintenant on devrait accepter tout d’un coup de travailler plus longtemps?

Les syndicats refusent d’accepter l’austérité. Chaque eurocent ou chaque minute assainie ne va conduire qu’à plus de misère. Les syndicats refusent encore d’entrer dans une spirale vers le bas avec leurs collègues de la filiale d’Uerdingen. Le personnel d’un site ne doit pas être monté contre celui d’un autre.

Stratégie combative

La prise de position adoptée par les délégations syndicales de Bayer est remarquable. A contre courant des médias et de la direction, on refuse clairement les assainissements. Pour renforcer la position des syndicats, ces derniers mois, la politique a été de systématiquement informer le personnel sur la situation financière réelle de l’entreprise. Sur le site web Roodoor.info, on peut voir (en néerlandais) quelques exemples d’excellents tracts syndicaux très informatifs. Il y a aussi eu des réunions du personnel.

Un accord a été conclu avec les syndicats de la filiale d’Uerdingen pour ne pas entrer en concurrence les uns avec les autres. Un pacte syndical a été conclu dans tout le secteur pour refuser chaque accord nuisant aux conditions de travail et de salaire.

Le personnel a refusé la proposition de la direction et elle a dès lors été obligée de revenir sur ses plans et d’annoncer qu’il y aura de nouvelles négociations en février, sans que l’on ne touche aux conditions de travail et de salaire.

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