UKRAINE. Les travailleurs n’ont pas de candidat!

AUTREFOIS région économique de premier plan pour l’URSS, l’Ukraine est tombée dans le capitalisme le plus sauvage après la chute du stalinisme. Dans les années 90, la libéralisation de l’économie a mis sur la paille des millions de travailleurs. Aujourd’hui, la population ukrainienne possède le niveau de vie le plus bas d’Europe.

Stéphane DelcrosEn novembre dernier, la fraude massive qui a entaché le résultat du second tour de l’élection présidentielle en Ukraine a débouché sur un mouvement de protestation de grande ampleur dans la partie occidentale du pays. Des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la victoire frauduleuse du premier ministre Viktor Ianoukovitch, le candidat de l’ancienne bureaucratie reconvertie dans le capitalisme mafieux. Non content d’avoir truqué le scrutin, le régime n’a pas hésité à empoisonner le candidat de l’opposition Viktor Iouchtchenko qui représente la nouvelle bourgeoisie ukrainienne. L’invalidation du scrutin sous la pression de la rue a déclenché des manifestations de masse dans la partie orientale de l’Ukraine qui avait voté pour Ianoukovitch. En effet, cette région de l’Ukraine est la plus industrialisée et ses habitants, majoritairement russophones, craignent que Iouchtchenko ne ferme les mines et toutes les entreprises nonrentables.

Le Président russe Poutine, qui soutient Ianoukovitch, a tenté d’exploiter cette situation en agitant la menace d’une partition de l’Ukraine. Ce qui se passe en Ukraine pourrait être le prélude à des mouvements analogues en Russie et dans d’autres républiques exsoviétiques. Poutine s’efforce de consolider son pouvoir en utilisant les méthodes et les symboles de l’ancien régime stalinien. Mais la destruction de tous les acquis sociaux qui ont accompagné le rétablissement du capitalisme a créé une situation sociale potentiellement explosive qui pourrait emporter le régime Poutine.

D’un autre côté, l’Union européenne et les Etats-Unis soutiennent ouvertement Iouchtchenko qui n’a aucune alternative à offrir à la population ukrainienne. Sous couvert de soutenir la démocratie, les dirigeants occidentaux ne pensent qu’à élargir leur sphère d’influence. Partisan de la nouvelle bourgeoisie ukrainienne, ancien gouverneur de la banque centrale et artisan des réformes néolibérales qui ont notamment poussé à la fermeture de nombreuses mines dans l’est du pays, Iouchtchenko est passé maître dans l’art d’exploiter les travailleurs au profit des banques privées.

Le mouvement de protestation en Ukraine combine des éléments de révolution et de contre-révolution. D’un côté, la population s’insurge pour la défense de ses droits démocratiques (à l’ouest) ou pour la défense de l’emploi (à l’est). En occupant les rues jour et nuit et en bloquant le système administratif du pays, la population a utilisé les méthodes de lutte du mouvement ouvrier. D’un autre côté, la direction politique du mouvement dans les deux régions du pays est une direction bourgeoise.

L’absence d’une alternative politique qui pourrait unifier les travailleurs ukrainiens de l’ensemble du pays ouvre la voie à des tentatives de fractions diverses de la classe dirigeante pour récupérer le mouvement à leur profit et dresser les travailleurs les uns contre les autres, avec tous les risques de guerre civile qui en découlent.

La population de l’Ukraine occidentale s’oppose davantage à Ianoukovitch qu’elle ne soutient Iouchtchenko. Si celuici devait être finalement élu au “ troisième tour “, le 26 décembre, la population devra utiliser les mêmes armes contre lui pour lutter contre sa politique néo-libérale. Le seul moyen de surpasser les intérêts impérialistes – d’est ou d’ouest – et d’empêcher les divisions ethniques, c’est d’unifier les travailleurs de toutes les régions afin qu’ils luttent pour leurs droits démocratiques et sociaux. La classe ouvrière ukrainienne a besoin d’un parti des travailleurs défendant ses intérêts!

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