Ecolo, nucléaire, réforme et révolution

Lors du mouvement en faveur du pouvoir d’achat en 2008, l’Ecolo Philipe Defeyt avait pris sa plus belle plume pour défendre la position patronale qui était de nier et de minimiser le problème que vivait des millions de travailleurs et d’allocataires sociaux. De sa grandeur d’économiste, il avait toisé l’ensemble du monde ouvrier lui reprochant son manque d’analyse et de mémoire… Afin de prouver à monsieur Defeyt que les travailleurs ont de la mémoire allons un peu fouiller dans les réminiscences de notre mémoire.

Par Alain (Namur)

Retour en arrière…

Nous sommes en 1999, année d’élections, la crise de la dioxine venant ternir le bilan de la majorité sortante. Cet événement a constitué un élément majeur pour comprendre la percée d’Ecolo et son entrée dans la famille des quatre grands partis. À cette époque, le parti vert était traversé par deux courants: les ‘réalos’ et les ‘fundis’.

Les premiers voulaient participer à la gestion de l’Etat et y faire avancer des éléments de leur programme, les seconds voulaient rester dans la coalition jugeant la participation gouvernementale comme une compromission. Une législature plus tard, les Ecolos, qui débutaient dans les arcanes de la ‘realpolitik’, s’étaient mis une partie des électeurs à dos et avaient suscité pas mal de mécontentement dans leur propre base. La seule chose qui permit à l’époque de justifier la participation gouvernementale d’Ecolo étaient la loi de sortie du nucléaire signée en 2003. Après avoir été complice de privatisations d’entreprises publiques et d’attaques contre les travailleurs, Ecolo pouvait encore se profiler comme une organisation de gauche en exhibant la loi de sortie du nucléaire à l’horizon 2015, vielle revendication écologiste. De plus, cette loi était la démonstration par l’exemple que le parlementarisme et la participation gouvernementale était une stratégie efficace pour changer le cours des choses.

Retour au présent…et la dure réalité

2 octobre 2009: le ministre ‘socialiste’ de l’énergie annonce, suite à la lecture du rapport du GEMIX (un groupe d’expert chargé d’étudier la capacité d’approvisionnement en électricité de la Belgique) qu’il va demander de prolonger l’usage des centrales d’au minimum 10 et voir 20 ans, recommandation des experts. Les centrales avaient au départ été conçues pour une durée de 30 ans. Outre le buzz médiatique que l’information a généré, il convient de se poser quelques questions.

Alors réforme ou révolution?

Olivier Deleuze disait à l’époque que la loi serait un signal clair lancé au monde industriel. Quelle naïveté, quel candeur! Quelques leçons:

  • Le seul signal clair que perçoivent les industriels, sont ceux données par les variations du taux de profit!
  • En établissant un rapport de force favorable, on peut obtenir des acquis, mais ce n’est qu’avec un changement radical de société et par la sortie de la logique du profit qu’on peut les pérenniser (voir notre article Pourquoi nous faut-il une révolution? ou encore Environnement: Quelles méthodes de lutte utiliser?)

En effet, Electrabel est en train de profiter de la situation actuelle pour négocier en position de force. La crise, qui a amené les gouvernants à ouvrir les vannes pour sauver le système, a vu la finance publique se dégrader. Bloqué dans le piège capitaliste, et par sa soumission aux intérêts des patrons et actionnaires, le gouvernement cherche de l’argent par tous les moyens.

Electrabel fait actuellement des profits record du fait de l’amortissement des centrales, ceci tranquillement alors que nos facture s’alourdissent. Ce qu’on appel la ‘rente nucléaire’ est actuellement l’objet de la convoitise du gouvernement. Selon  Eric De Keuleneer, Professeur au département économique de l’ULB, la rente se chiffrerait au minimum à 1.2 milliard. Les estimations divergent et un chiffre régulièrement cité fait état de 850 millions. L’Etat se verrait bien, en échange de la prolongation de l’activité des centrales, récupérer 250 à 300 millions pour combler les trous dans son budget. Il faut savoir que si l’on prolonge de 10 à 20 ans l’activité des centrales, ce sont des milliards d’euros de profit qui vont être captés par les actionnaires d’Electrabel et au nombre de ceux-ci, le milliardaire Belge Albert frère, principal actionnaire privé de Suez. Malgré les promesses d’investissement dans l’énergie renouvelable et le maintient d’une énergie à ‘bas’ coût, il est clair que ce qui est en train de se passer c’est très certainement le vol du siècle!  

Un système incapable de répondre aux besoins sociaux

 

La question de savoir s’il est oui ou non souhaitable de sortir du nucléaire est une question qui divise la communauté scientifique. En réalité, il est difficile de se faire une idée objective de la question, tant les protagonistes sont liés et influencés par leur condition matérielle. Plus que jamais, il faut se battre pour une science indépendante des lobbys et une recherche scientifique publique nantie de moyen conséquents. Il faut aussi augmenter le niveau général de culture scientifique. Une démocratie réelle suppose un contrôle démocratique. Ce n’est pas à une dizaine d’experts que doivent être laissé le soin d’étudier la manière dont on produit et on gère notre énergie. Une chose est sûre, tant que la production d’énergie et la recherche scientifique reste aux mains du privé et de la soif de profits, le nucléaire restera excessivement dangereux et d’un prix extrêmement lourd pour les générations futures.

Les multinationales de l’énergie ont bénéficié d’aides massives lors de la construction des centrales, ce qui les a rendue rentables. Aujourd’hui, elles font des profits en hypothéquant notre avenir et sans apporter de solution à la problématique des déchets nucléaires. Il est plus que jamais nécessaire de nationaliser le secteur énergétique et de le placer sous le contrôle des travailleurs et des usagers. On ne peut laisser des questions si importantes aux mains sans scrupule des capitalistes.

 

Conclusion pour Monsieur Defeyt

Malgré vos présupposés sur la mémoire des petites gens, nous sommes bien obligés de constater que votre méthode d’alors a échoué. Soyez sûr que nous mobiliserons le peu de cervelle qu’on nous prête pour nous souvenir des attaques que votre parti va porter au nom de la rigueur ou de l’austérité (selon le terme qu’il vous plaira)!

Pour le reste, il nous faudra mobiliser notre énergie et toute nos forces dans la lutte, car les revendications de nationalisations des secteurs de l’énergie et du secteur scientifique, l’augmentation des moyens pour l’enseignement, etc. ce n’est pas dans vos beaux programmes ni avec vos belles paroles qu’on va les trouver.            

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