Quelques éléments de sociologie pour aborder la question du voile

La question du voile divise, elle divise même les rangs de la ‘gauche’ progressiste. Plusieurs intellectuels de ‘gauche’ ce sont prononcés en faveur de l’interdiction, tout comme les Femmes Prévoyantes Socialistes et le Centre d’Action Laïque. Ils rejoignent ainsi la ligne du MR de Reynders à Defraigne qui a entamé, au nom du bon sens et de la sécurité, un combat contre le port du voile. Au-delà de l’instrumentalisation qu’en font les médias et les partis politiques (pour qui il est bien pratique d’avoir à se prononcer sur autre choses que sur les attaques antisociales), quelle attitude adopter à l’égard du voile?

Par Alain (Namur)

Egalement, sur socialisme.be:

Les lecteurs de Socialisme.be ont déjà eu l’occasion de lire différents articles abordant cette question et notre position; contre l’interdiction. Pour poursuivre le débat, il nous a semblé intéressant de faire référence aux constatations du sociologue E. Durkeim. Il fait la constatation suivante en évaluant l’impact de la religion sur le taux de suicide:«Ce n’est pas avec des démonstrations dialectiques qu’on déracine la foi ; il faut qu’elle soit profondément ébranlée par d’autres causes pour céder aux chocs des arguments…». (Le suicide, Emile Durkeim).

Cela est conforme aux connaissances des sciences psychologiques et de l’apprentissage. On appelle dissonance cognitive l’état dans lequel se trouve le cerveau lorsqu’il est en présence de faits qui choquent ses représentations mentales: comme des membres d’une secte qui croient arriver la fin du monde et qui constatent que malgré la date fatidique ils sont encore en vie…

Il se produit alors un phénomène de régression de la dissonance cognitive, qui va chercher à retrouver un équilibre. Cela peut se traduire par un renforcement des croyances antérieures en dépit de la réalité. Cela s’explique par le fait que l’individu a tellement ‘investit’ qu’il veut éviter de remettre en cause l’ensemble de son système de croyance cognitive, un ensemble de connaissances et d’apprentissages que l’individu a fait durant toute sa vie. Ce système inclu la manière dont l’individu perçoit le monde et la manière dont il se perçoit dans ce monde et le détruire serait trop instable rationnellement et rationnellement.

Lénine a abordé la question de la religion dans différents textes, notamment dans "De l’attitude du parti ouvrier envers la religion": "Le marxisme est un matérialisme. A ce titre il est aussi implacablement hostile à la religion que le matérialisme des encyclopédistes du XVIII° siècle ou le matérialisme de Feuerbach. (…) Mais le marxisme n’est pas un matérialisme qui s’en tient à l’a b c. Le marxisme va plus loin. Il dit : il faut savoir lutter contre la religion ; or, pour cela, il faut expliquer d’une façon matérialiste la source de la foi et de la religion des masses. (…) La situation sociale défavorisée des masses travailleuses, leur apparente impuissance totale devant les forces aveugles du capitalisme, qui causent, chaque jour et à toute heure, mille fois plus de souffrances horribles, de plus sauvages tourments aux humbles travailleurs, que les événements exceptionnels tels que guerres, tremblements de terre, etc., c’est là qu’il faut rechercher aujourd’hui les racines les plus profondes de la religion. (…) Aucun livre de vulgarisation n’expurgera la religion des masses abruties par le bagne capitaliste, assujetties aux forces destructrices aveugles du capitalisme, aussi longtemps que ces masses n’auront pas appris à lutter de façon cohérente, organisée, systématique et consciente contre ces racines de la religion, contre le règne du capital sous toutes ses formes."

Les racines de la religion sont sociales, elles sont liées aux conditions de vie des masses et au système de production. Les conditions de vie indigente dans laquelle les masses exploitée sont plongées, sans secours face aux forces aveugles du capitalisme sont le substrat de l’esprit religieux. Aucun manuel scolaire ne peut éradiquer la religion, il convient donc à la propagande marxiste de subordonner le combat contre la religion à sa tache principale: l’explication des conditions d’émancipation des travailleurs à travers la lutte des classes.

Pour la question spécifique du voile, quelques remarques s’imposent :

Il règne dans cette question une grande hypocrisie. Ceux qui veulent interdire le voile dans les services publics sous prétexte de neutralité ne parlent pas d’enlever les portraits de Sa Majesté, un appui flagrant au système monarchique qui est loin d’être "neutre". Au-delà de cela, le concept de neutralité de l’Etat est particulièrement absurde dans la mesure où celui-ci est un instrument aux mains des classes dominantes afin d’assurer leur domination.

Pour ce qui est de l’interdiction du voile dans les écoles. L’une des premières conditions de succès d’un apprentissage c’est que l’apprenant se sente en sécurité (sécurité considérée ici au sens large) dans son école et qu’il soit dans un contexte émotionnelle positif qui va favoriser la rétention d’information et le stockage de celle-ci. L’école ne doit pas seulement être considérée comme un lieu d’emmagasinement de savoir, mais comme un centre d’apprentissage et d’expérimentation ainsi qu’un lieu de vie. Comment, une personne pourrait se reconnaitre et se sentir en sécurité dans une institution qui nie une partie de son identité? Les problèmes de disciplines que rencontrent les professeurs sont suffisamment complexes pour qu’il ne faille en rajouter avec une énième interdiction arbitraire.

Pour les arguments de types sécuritaires: nous les attendons toujours. À Bruxelles, c’est une trentaine de procès-verbaux qui ont été dressés suite au port de la Burqua. Avant d’aller pondre des lois sur cette question ultra-mineur, les législateurs devraient se demander comment se fait-il que le montant de la fraude fiscale est si énorme… Les Défenseurs de l’interdiction n’ont jamais expliqué en quoi le voile alimenterait l’insécurité. On peut mettre le MR au défi de venir le démontrer chiffres et arguments à l’appui.

À ceux qui voudraient argumenter en ce prétendant féministe et progressiste, nous répondons que c’est aux femmes de choisir de porter ou de ne pas porter le voile. Quel étrange conception de la liberté ont ces gens: crier à la liberté avant d’imposer leur propre vue! Il faut quand même donner un honoris causa au Mouvement Réformateur pour sa constance dans la démagogie et la pusillanimité de leurs arguments. Didier Reynders et ses amis estiment que la femme prend ses décisions de manière autonome à partir de 16, 17 ans. Pour les libéraux, donc, avant cet âge, l’individu est tributaire de la pression sociale, et, après cette âge béni s’il en est, l’individu pense de manière autonome et expérimente le libre arbitre. C’est méconnaitre l’ABC de la sociologie.

Dans chaque groupe quel qu’il soit (groupe de musique, équipe de foot, ville, ethnie,…), il existe une pression sociale qui s’exerce afin que les individus se conforment aux normes intrinsèques au groupe. C’est donc une vérité de Lapalisse de dire que les femmes musulmanes sont soumises à une pression sociale. Dans notre société, l’impact de la publicité effectue la même pression sur l’ensemble de ses membres. Prenons l’image présentée par les médias de la femme dans la publicité, on y voit une femme considérée comme objet sexuel, comme attribut de réussite, comme éléments inférieur à l’homme. Cela a un impact sur la manière dont les petits garçons et les petites filles, mais aussi les adultes, se comportent. Un phénomène de pression sociale dû à la société patriarcale est aussi l’hypersexualisation chez les enfants et les adolescents. Ce phénomène a des conséquences graves tels que : anorexie, dépression et mal être, grossesse non-désirée, viol, trouble sexuel,… Mais jamais le MR n’a parlé de la pression de l’industrie capitaliste sur nos enfants, Defraigne n’a jamais voulu légiférer pour tenter d’endiguer ce phénomène.

Dans l’état actuel de notre système scolaire, l’interdiciton du port du voile ne ferait que renforcer encore la ségrégation sociale qui a largement cours dans nos écoles. Les progressistes repasseront. Enfin, aux Dufraigne, Ducarme et tout les propagateurs de peurs et de haine, le clash des civilisations à la Huntington est bien commode pour essayer de diviser les travailleurs alors que les différents gouvernements s’apprêtent à attaquer les acquis de toute notre classe. Si la condition de la femme intéressait vraiment le MR, ces élus proposeraient des lois pour créer plus de centres d’accueil pour femmes battues, pour aboutir à une vraie égalité salariale homme-femme ou encore pour mettre en place un service public qui aurait comme attribution les travaux domestique qui sont, même en Europe, encore le lot de la gente féminine (la double tâche)… Ce ne sont que quelques exemples…

Ne nous laissons pas avoir par la propagande populiste d’un MR aux abois: tout ce qui nous divise nous affaiblit!

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