Evaluation de la campagne électorale du cartel PC-PSL-LCR-PH à Bruxelles

Contribution du PSL-LSP

L’objectif de cette évaluation est de pouvoir tirer les principales conclusions de la campagne électorale commune que nous avons menée autour du cartel PC-PSL-LCR-PH. Il s’agit, pour nous, de voir comment améliorer notre travail commun en vue de prochaines collaborations, mais surtout d’approfondir la discussion politique entre nos organisations.

  • Assemblée générale du PC, de la LCR, du PH et du PSL, rapport et photos
  • Motion commune de cette AG

Le résultat général des élections du côté francophone illustre différentes choses. Ecolo a bénéficié de son profil de parti d’opposition et réalise une percée (à la différence de Groen). Les libéraux (MR et Open VLD), qui ont maintenu un profil néolibéral dur, ont été sanctionnés. Le PS échappe à ce sort parce que l’idée du MR au pouvoir en pleine crise économique fait plus peur qu’elle n’attire, et parce que le PS a de nouveau pu faire appel à toutes les structures et les réseaux qui tournent autour de lui (comme pour le CD&V en Flandre).

A Bruxelles, le PS tient une place raisonnable par rapport à la punition annoncée dans les sondages. Il perd quand même la première place au profit du MR. Le VLD devient, lui, le plus grand parti flamand à Bruxelles. La tradition libérale est très forte à Bruxelles. Le pouvoir y était, dans le passé, occupé alternativement par les libéraux et les socialistes. Les scandales du PS ont joué, mais aussi le fait que le MR de Bruxelles a, par son lien avec le FDF, un visage plus «social». D’autre part, le fait que la coalition Olivier sortante n’a pas eu de solution pour les grands problèmes de Bruxelles – un chômage et une pauvreté colossale – a très certainement joué un rôle dans ce résultat.

Il faut aussi remarquer que le nombre de votes pour les partis flamands dans la région de Bruxelles-Capitale a encore diminué. En 2004, il y en avait encore 62.516. Aujourd’hui, cela a diminué jusqu’à 51.811. Dans les médias, notamment sur la chaîne locale flamande-bruxelloise, ils parlent de la fuite de la ville. Mais la raison principale est selon nous le fait que les flamands de Bruxelles se sentent mal à l’aise avec la rhétorique flamingante dure de tous les partis flamands. Cet élément joue aussi dans la victoire du VLD à Bruxelles, un parti qui joue moins sur l’élément communautaire. Le SP.a fait mieux qu’espéré à cause de cela, tout comme Groen.

A noter également le relatif déclin électoral des formations d’extrême-droite. A Bruxelles comme en Wallonie, l’extrême-droite francophone, en proie aux divisions claniques, aux nombreuses histoires de corruption et au manque de structures, est en perte de vitesse. Le FN est à présent exclu des parlements régionaux. En Flandre et à Bruxelles, le Vlaams Belang a perdu une partie de son électorat au profit d’autres formations de droite comme la N-VA et la Liste DeDecker.

Bien que pour la bourgeoisie, une tripartite classique (PS-MR-Cdh) aurait été l’option idéale, elle doit tenir compte des résultats. L’Olivier en Wallonie et à Bruxelles apparaît comme un gouvernement moins brutal mais il devra tout de même entreprendre, face au déficit, l’austérité nécessaire selon eux. Cette coalition entretient des liens privilégiés avec la bureaucratie syndicale, liens qui seront utilisés pour imposer l’austérité à la base. L’argument qu’il n’y a pas de gouvernement plus à gauche possible que l’Olivier sera utilisé. Mais il n’est pas du tout certain que les directions syndicales seront capables de maintenir le contrôle vu qu’à la base les travailleurs sont chaque jour mis davantage sous pression. Dans une période où les luttes sociales vont probablement se développer, la question des liens entre les syndicats et les partis traditionnels va certainement se poser parmi une couche de travailleurs, ainsi que celle d’avoir un instrument politique indépendant, un nouveau parti des travailleurs.

Le fait qu’on ait pu mettre en place une telle liste unitaire est pour nous un aspect très important dans la situation objective que nous traversons. Face au vide politique laissé à gauche par les partis traditionnels après les années de participation aux politiques néolibérales dirigées contre les jeunes et les travailleurs, le PSL-LSP fait campagne en Belgique (comme dans d’autres sections du CIO) pour la mise en place d’un nouveau parti des travailleurs. C’est pour nous un moyen pour les jeunes et les travailleurs de s’organiser en masse pour défendre leurs acquis, leurs conditions de travail et stimuler la mise en place de plans d’actions combatifs pour résister contre les assainissements aussi bien publics que privés. Nous avons toujours été prêts à nous investir pleinement dans une telle initiative pour peu que les conditions soient réunies pour sa mise en place. Nous avons déjà collaboré à différentes initiatives : liste Debout, PC/RDS, Leef ou encore CAP.

Il est clair, pour nous, qu’une telle organisation ne va pas naître du regroupement des organisations de la gauche radicale et d’anticapitalistes indépendants mais nécessite une rupture entre des franches importantes des syndicats et le PS et dans une moindre mesure les autres partis de l’Olivier. Cette rupture serait le résultat du besoin ressenti par les travailleurs d’une expression politique propre. En Belgique le poids des syndicats est représentatif (70% d’affiliés) et illustre l’orientation que doit prendre la campagne pour un tel nouveau parti.

Le cartel PC-PSL-LCR-PH a été pour nous une opportunité de mettre en avant l’unité des forces à gauche du PS et d’Ecolo pour populariser un programme pour les travailleurs ainsi que la nécessité d’un Nouveau Parti des Travailleurs en Belgique, afin de contrecarrer aussi bien les illusions nourries par la sociale-démocratie (vote de moindre mal) que l’alternative proposée par l’extrême droite. Les discussions entre nos organisations constituent une avancée importante pour la collaboration entre partis progressistes à gauche du PS et d’Ecolo. Nous avons su mettre en place des bases saines à une collaboration tout en respectant les différences de chacun: accord sur une plateforme politique de base, liberté de produire son matériel propre. Le cartel PC-PSL-LSR-PH n’est pas ce nouveau parti des travailleurs mais est un pas en avant pour construire l’unité et populariser un programme réellement au service des travailleurs. Le fait que chaque organisation ait le droit démocratique de produire et utiliser son propre matériel à côté du matériel commun est pour nous une base essentielle pour une collaboration saine entre différentes organisations.

La base politique de ce cartel et l’accord conclu ensemble autour d’un programme contre le capitalisme en crise est très important. Le développement des conséquences de la crise poussent de plus en plus de travailleurs à remettre en cause le néolibéralisme. Nous pensons qu’aujourd’hui un virage est en train de s’amorcer dans les consciences. Une ouverture plus large à nos idées se dessine peu à peu, notamment par rapport aux années ’90, lorsque le capitalisme était sorti vainqueur face à la caricature du socialisme incarnée par le stalinisme. La crise actuelle n’est pas seulement économique et politique mais aussi idéologique. Il était important d’intervenir durant cette campagne électorale avec un programme qui mette en avant des réponses politiques face à la crise, telles que la nationalisation du secteur financier et des secteurs-clés de l’économie. Les résultats du PTB montrent qu’aujourd’hui, baisser son programme ne rapporte pas les succès espérés et ne permet pas de combler le vide à gauche.

En l’absence d’un nouveau parti des travailleurs en Belgique, nous devions saisir l’opportunité de la campagne pour faire connaître notre parti et ses idées à travers un programme socialiste anti-crise et ainsi profiler le socialisme comme alternative au capitalisme. La plateforme, en mettant en avant les nationalisations, l’ouverture des comptes bancaires des entreprises, la réduction du temps de travail sans perte de salaires etc, nous a permis de mener une campagne offensive dans les rues pour populariser des revendications pour les mouvements qui devront faire face aux licenciements et autres assainissements. C’est pourquoi, à côté de notre affiche commune, le PSL-LSP a voulu produire aussi une affiche programmatique reprenant nos revendications. Ces revendications illustrent un programme transitoire qui offre une solution contre le fait que les travailleurs vont payer cette crise. Il n’est bien sûr pas suffisant de dire qu’on ne doit pas payer la crise. Le cartel ne représente par pour nous une finalité par exemple pour la campagne pour un nouveau parti des travailleurs ou pour faire un score électoral. Nous voulions surtout faire une campagne politique offensive pour répondre à la recherche d’alternative dans la société. Au niveau du matériel nous restons déçus par rapport au fait que la nationalisation complète du secteur financier figure sur la plateforme mais pas sur le tract comme moyen pour financer notre programme. Ce qui est mis en avant c’est une redistribution plus juste et équitable des impôts et des taxes sans remettre en cause la propriété privé des moyens de production.

La mise sur pied tardive de la liste commune à Bruxelles a eut pour effet de limiter le temps pour les discussions, pour un fonctionnement optimal et pour aller plus loin dans la collaboration et les interventions communes. Nous avons bien réussi à mettre en place une intervention commune pour le 1er mai, mais celles-ci sont restées encore trop limitées. La plateforme commune ne s’est pas limitée à juste titre sur les aspects régionaux des problèmes que rencontrent les travailleurs, mais aussi nationaux et internationaux tels que notre résistance à l’impérialisme et les interventions militaires de l’OTAN. Nous n’avons pas saisi pourquoi cette logique n’a pas prévalu lors de la manifestation syndicale européenne à Bruxelles ; la raison qu’il s’agissait d’une liste régionale a été avancé pour ne pas intervenir ensemble, alors que notre ambition est tout de même de renforcer l’ensemble du mouvement ouvrier.

Cela se traduit aussi par une lacune au niveau de la question nationale en Belgique, qui est sensible à Bruxelles et dans la périphérie. Pour nous, les travailleurs néerlandophones et francophones doivent s’unir dans leurs luttes. La situation à Bruxelles et la division communautaire rend impossible la mise en place d’une liste bilingue. C’est un mécanisme qui mine l’unité des travailleurs en Belgique. Or la campagne est aussi l’occasion de dénoncer ces manœuvres qui affaiblissent les travailleurs. D’autant plus que la situation à Bruxelles est particulière. Des travailleurs des deux communautés y vivent et y travaillent. Lorsqu’on dit que ce ne sont pas les travailleurs qui doivent payer la crise, nous pensons à tous les travailleurs quelque soit leur langue. Notre programme et notre campagne ne pouvaient pas non plus nier la situation des navetteurs. Bruxelles fournit du travail à quelques 690 000 travailleurs dont au moins 50% n’habitent pas la capitale. Le PSL-LSP a proposé de diviser son temps de parole en deux au meeting commun principal pour laisser une néerlandophone présenter le point sur la division communautaire. Cela n’a pas été accepté par le cartel alors que nous devions nous positionner clairement. Le PSL-LSP a décidé de ne pas déposer de liste néerlandophone à Bruxelles afin que tous ses membres, y compris néerlandophone, s’investissent pleinement dans la construction de la campagne commune. Nous aurions dû également produire du matériel bilingue -même si cela sous- entendait du matériel moins professionnel- afin que l’on puisse entrer en dialogue avec les travailleurs flamands présents dans la plupart des entreprises.

Le cartel PC-PSL-LCR-PH a été une opportunité encourageante pour notre campagne. Le simple fait que quatre partis se mettent autour de la table pour trouver un accord et avancer ensemble est en soi un geste fort vers les travailleurs pour dépasser la traditionnelle division à gauche. Il est donc important de soulever l’effet et l’enthousiasme qu’a créé cette campagne unitaire ainsi que la bonne réception de nos militants dans les quartiers, les entreprises,…

La mise sur pied tardive de notre liste commune nous à empêcher de saisir tout le potentiel d’une telle initiative en impliquant activement un plus grand nombre de travailleurs et de jeunes non-membres de nos organisations dans la campagne. Cette dynamique a commencé à se développer sur la fin de la campagne.

Cela a été une opportunité pour militer et diffuser un programme politique, populariser des revendications, construire une alternative aux partis traditionnels.

Avoir un profil contre le capitalisme est une chose mais il faut aussi entrer dans la discussion sur l’alternative. L’affiche du PSL-LSP terminait sur « Stop à l’avidité capitaliste. Pour une société socialiste ». ceci illustre notre approche par rapport à l’anti capitalisme : nous ne voulons pas mais surtout nous ne pouvons pas nous permettre de rester flou dans la période que nous traversons. Nous sommes convaincus de l’ouverture que nous offre la période actuelle aux idées socialistes et révolutionnaires. C’est pourquoi nous avons un devoir dans la discussion et dans les luttes de proposer le mode de production économique avec lequel nous pouvons remplacer le capitalisme : le socialisme.

Les économistes, politiciens et autres spécialistes bourgeois tentent de prédire la sortie de crise et essaient de nous redonner confiance dans leur capacité à sortir de l’impasse dans laquelle ils nous ont jetés. Nous sommes convaincus que la crise n’a pas encore touché le fond et que la période qui est devant nous sera dramatique pour les travailleurs. Les attaques et assainissements pour redresser les déficits publics et les plans de licenciements vont s’accélérer. Malgré le frein des directions syndicales, des luttes vont prendre place. Il est crucial que nos militants jouent un rôle de premier plan sur leurs lieux de travail pour y construire l’offensive contre les licenciements et les politiques d’austérité. Nous devons renforcer notre collaboration en vue de développer les luttes des travailleurs, avancer, à contre-courant des directions syndicales, la nécessité d’un plan d’action national élaborée démocratiquement avec et par la basse dans les entreprises. Le besoin d’un programme, d’une stratégie et d’une expression politique se feront ressentir. Nous sommes prêts à clarifier ensemble notre idée d’un Nouveau Parti des Travailleurs et à entreprendre une réponse commune afin d’augmenter le niveau de conscience et le degré d’organisation des travailleurs.

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