TECTEO – 6 jours de grève au finish: Le préaccord est insuffisant. Il faut élargir le mouvement

L’assemblée de lundi pourrait être décisive pour la suite du mouvement chez TECTEO. Le préaccord conclu entre les dirigeants de l’entreprise, de la CGSP liégeoise et du PS liégeois doit être présenté une deuxième fois aux travailleurs après avoir été rejeté vendredi. S’il marque un premier recul de la direction, ce préaccord est encore loin de répondre aux exigences des grévistes.

Par Jean Peltier

Où en est-on après six jours de grève au finish en front commun syndical (rappelons que la CSC avait déjà fait trois jours de grève la semaine précédente) ?

La première chose qui frappe, c’est que le départ en grève a complètement changé le rapport de forces. Les diverses actions menées par la CSC d’abord, puis la CGSP, avaient permis de briser la chape de silence qui pesait sur ce qui se passe chez Tecteo. Mais, si la presse avait du faire écho à certaines de ces actions, les articles consacré à Tecteo se retrouvaient en bas de la page 12 des quotidiens et tous les politiciens étaient aux abonnés absents. Depuis une semaine, Tecteo fait les gros titres et la pression monte pour forcer la direction à négocier.

Une stratégie syndicale basée sur les coupures…

Au cœur du rapport de choses se trouve évidemment les coupures – non pas de courant électrique mais simplement de télédistribution et d’accès à internet. Des milliers de familles, mais aussi bon nombre d’administrations, ont été affectés par des « pannes » de durée variable. La multiplication de ces « pannes » a incontestablement fait monter la pression sur la direction et sur le monde politique (rappelons que Tecteo est une intercommunale publique dont les principaux actionnaires sont la province de Liège et les communes de la région) : des clients se désabonnent, l’image de la marque Tecteo-Voo en prend un coup, et celle de Moreau dans le PS et la région aussi,… Ces « pannes » ne sont pas des actions syndicales revendiquées mais il est clair que les syndicats ne s’y opposent pas. Comme l’a répété à plusieurs reprises Christine Planus, secrétaire syndicale de la CGSP-Tecteo «On fait grève et on voudrait que tout fonctionne normalement ? Hé bien, non. Quand les TEC font grève, il n’y a plus de bus. Quand c’est La Poste, le courrier n’est pas distribué. Chez nous aussi, il y a des désagréments. Mais contrairement à ce qui a été dit, CGSP et CSC ne cautionnent pas les coupures d’électricité».

L’argument a du poids. Il est clair que l’absence de bus a un impact économique réel et qu’il ramène rapidement la direction des TEC à la table de négociations. Mais il tout aussi est clair que les grèves de bus tout comme les coupures de télédistribution et d’internet ne sont guère populaires dans la population. Mais faire de la suppression des services à la population le cœur d’une stratégie syndicale est dangereux. Parce que c’est une stratégie qui ne vise que le rapport de forces immédiat au sein de l’entreprise mais qu’elle isole les grévistes au sein de la population. Elle ne permet pas de développer une conscience de solidarité dans la population – et encore moins de créer un mouvement de soutien. Elle donne des excuses en or à la presse pour casser du sucre sur le dos des grévistes. Elle ne permet pas non plus de faire réfléchir les autres travailleurs à ce qui, dans la situation des TEC ou de Tecteo, pourrait être aussi une menace pour eux par la suite et à l’importance de garder des services publics de qualité.

…ou sur l’appel à la solidarité ?

C’est pourquoi nous pensons qu’il faudrait que les syndicats, au-delà de tracts ponctuels, lancent une campagne d’information dans tout le mouvement syndical comme dans la population pour expliquer que les travailleurs de Tecteo ne se battent pas uniquement pour leur emploi et leur salaire mais aussi pour maintenir un vrai service public accessible à tous.

Nous pensons aussi qu’il est urgent que les syndicats lancent rapidement un appel aux travailleurs des intercommunales et des autres services publics pour qu’ils entrent en action aux côtés des travailleurs de Tecteo. Une base existe très clairement. Des délégations de la Compagnie intercommunale liégeoise de l’Eau (CILE) et de l’Association liégeoise du Gaz (ALG) participent régulièrement aux assemblées et aux actions de Tecteo. Il est aujourd’hui indispensable d’aller plus loin en expliquant que les travailleurs de Tecteo ont besoin de la solidarité pour renforcer leur lutte, mais aussi qu’une action déterminée de leur part aujourd’hui serait le meilleur signal à envoyer à leurs patrons pour les dissuader demain de vouloir suivre la voie de Moreau.

Nous pensons donc que l’idée d’organiser une journée de grève de solidarité dans les intercommunales et les services publics la semaine prochaine doit être soutenue à fond et qu’il faudrait saisir cette occasion pour organiser une vraie manifestation régionale de solidarité avec Tecteo.

Sinon, les travailleurs de Tecteo risquent de se retrouver isolés face aux pressions de la direction et du pouvoir politique qui, de leur côté, ne perdent pas de temps.

Négociations en coulisses

Depuis mardi, des négociations serrées se sont tenues en coulisses. Mais dans des conditions très particulières qui ne renforcent certainement pas la cohésion des travailleurs. D’une part, parce qu’elles se tiennent au sommet, en dehors de toute participation des délégations syndicales de l’entreprise, ce qui limite très fortement l’information et la participation de la base à la prise de décision. D’autre part, parce que la CSC est tenue systématiquement à l’écart de rencontres qui se tiennent « en famille » entre responsables de la CGSP et de la direction de Tecteo sous la houlette de la haute direction du PS liégeois. Ceci aussi pèse sur la mobilisation des travailleurs, puisque la CSC n’est plus du tout un facteur complètement marginal dans l’entreprise Depuis cet été en effet, une centaine d’affiliés CGSP mécontents de l’apathie et des compromissions de la CGSP sont passés à la CSC, qui représente aujourd’hui 15% du personnel.

Un préaccord a été conclu jeudi soir, appuyé par les big boss de Tecteo (Moreau et Gilles), de la FGTB (Goblet et Thone) et du PS (pas moins que les bourgmestres de Liège et Seraing, Demeyer et Mathot, et les ministres Marcourt et Daerden). Il marque un certain recul de la direction de Tecteo sur les retraits financiers imposés aux travailleurs. La prime barémique (qui devait être amputée de 250 euros par an) serait maintenue (d’autres points, comme le sort de l’augmentation de salaire automatique de 10% après 20 ans de service, sont moins nets). Il ne serait plus question de transférer du personnel de Tecteo vers sa nouvelle filiale privée et l’emploi des statutaires et des contractuels serait aussi garanti. Par contre, le passage de 36 à 38 heures payées 36, la suppression des facilités de départ à 58 ans pour la prépension et de la prime de l’entreprise aux pensionnés seraient maintenues.

Mais, à la surprise des dirigeants PS et CGSP, l’assemblée des travailleurs de vendredi matin a rejeté ce préaccord à main levée à une écrasante majorité, estimant à juste titre qu’il y avait encore beaucoup trop d’imprécisions et pas assez d’avancées et de garanties.

Un seul exemple suffit à illustrer les doutes. La direction estime à 3 millions d’euros le coût de ces concessions. Cela semble fort peu crédible. Pour rappel, le plan Moreau a pour but de réaliser 22 millions d’économies, dont 4,8 millions sur la masse salariale. Or le seul passage de 36 à 38 heures représente à lui seul 2,8 millions. Donc, les autres mesures à but salarial prises ensemble ne pourraient atteindre qu’un maximum de 2 millions. Et comme le préaccord ne les supprime pas toutes, on voit mal où Moreau va chercher ses 3 millions !

Beaucoup de travailleurs doutent aussi de la bonne foi de la direction et ont une confiance à peu près nulle dans ses engagements. La délégation de la CSC qui s’est rendue cette semaine auprès du Ministre régional chargé des pouvoirs locaux a ainsi eu la surprise de constater que la direction de Tecteo n’avait rien envoyé à la tutelle régionale concernant le nouveau règlement de travail qu’elle a fait entrer en vigueur le 7 septembre malgré l’opposition syndicale.

De plus, l’avenir de la nouvelle filiale (qui devrait être une société anonyme – donc une société privée – au sein d’une intercommunale publique) n’est pas clarifié. Le risque est toujours grand de voir cette filiale grandir à l’avenir et d’absorber au passage des secteurs actuels de Tecteo, ce qui fait que les promesses de maintien du statut et de l’emploi ne pèsent pas lourd.

Le rejet du préaccord par l’assemblée de vendredi matin n’a pas plu aux diverses directions. Tout au long de la journée, les pressions se sont multipliées sur les délégués et les affiliés CGSP pour qu’ils acceptent le plan. Et les manœuvres d’intoxication envers la presse ont fusé. Déjà vendredi, en tout début de journée, La Meuse et le Soir annonçaient la signature du préaccord et la fin de la grève, avant même la tenue de l’assemblée du matin. Samedi, La Meuse relayait le bobard selon lequel le vote négatif serait du à la mobilisation des pensionnés qui se seraient déplacés en masse pour défendre leur prime.

Une nouvelle assemblée en Front commun est prévue ce lundi matin. Il faut espérer que les travailleurs y maintiendront leur position de vendredi et poursuivront le mouvement jusqu’à obtenir un accord clair et satisfaisant.

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