Reprise de GM: une icône du capitalisme sucée jusqu’à la moëlle

Les contribuables et les syndicats paient les pots cassés!

Lundi, l’impensable s’est produit. Le gouvernement américain a repris GM, entreprise qui a été durant 77 ans la plus grande entreprise automobile du monde. Mais c’est un cadeau bien empoisonné. A côté des 82,3 milliards de dollars d’actifs, il y a également une montagne colossale de dettes de 172,8 milliards de dollars! Rien que pour tenir la société debout au cours des deux prochains mois, le contribuable américain va devoir allonger 30 milliards de dollars venant s’ajouter aux 19,8 milliards de dollars que Washington a déjà injecté dans GM…

Par Eric Byl

Maintenant, la société est à genoux. Les gouvernements et les syndicats peuvent recoller les morceaux et tenter de reconstruire un nouveau modèle économique viable à partir d’un géant industriel que des centaines de milliers de travailleurs ont contribué à construire. Le gouvernement américain est maintenant propriétaire à 60% de la société appelée "New GM", le gouvernement canadien prennant 9,5 milliards de dollars en action, soit 12%, les syndicats -United Auto Workers (UAW)- consacreront de leur côté une partie de leurs fonds – auxquels les travailleurs ont cotisé depuis des décennies – en actions de la nouvelle entreprise à hauteur de 17,5%. Le reste appartient aux porteurs d’obligations (10%), et enfin aux investisseurs et les anciens actionnaires, qui ne détiennent que 1%.

Le journal flamand De Standaard parle des actionnaires comme des "grands perdants", De Tijd affirme qu’ils "demeurent dans une maison pleine de dettes et d’éléments impossibles à rentabiliser». Le Soir souligne que les actionnaires ont vu 90% de leurs investissements partir en fumée et La Libre écrit que les actionnaires ont "perdu le pari". La réalité est cependant que ces parasites ont sucé jusqu’à la moëlle un géant de l’industrie et que maintenant, la tâche de se débarrasser du cadavre retombe sur les épaules des autorités et des syndicats. L’ancien GM sera tout simplement déclaré en faillite et hop, fini les dettes. De bonnes affaires pourront être faites à partir du nouveau GM et les dizaines de milliards de dollars pourront recouler à flot. Les actionnaires vont laisser la collectivité payer.

Contrairement aux actionnaires, les syndicats, vu la manière dont l’assurance maladie et les fonds de pension sont organisés aux États-Unis, n’ont pas le choix de pouvoir laisser couler le Titanic. Une fois de plus, le couteau sous la gorge, ils ont dû accepter une diminution de la couverture-santé des retraités et n’ont pas eu d’autre choix que de prendre des actions. Si la résurrection de GM échoue, cela signifie que le personnel et les retraités sont menacés de tout perdre. Le gouvernement prétend qu’il s’occupera du personnel et des retraités, mais il ne faudra pas longtemps avant qu’ils ne soient eux-mêmes étiquetés de profiteurs. Que cela serve de leçon pour les travailleurs belges, face aux propositions des libéraux et autres Dedecker visant à commercialiser les soins de santé et à promouvoir les deuxième et troisième piliers de pension!

A partir de New GM, ils veulent ainsi faire une entreprise profitable où les «éléments rentables» seront à portée de mains. Des centaines de milliers d’emplois sont sur la sellette, 11 usines vont fermer leurs portes, sans compter les sous-traitants et les milliers de concessionnaires GM. Des villes entières et des communes seront privées de leur principale source de revenus. C’est le désert que le libéralisme, le "libre" marché qui, dans sa soif incessante de profit finit par s’attaquer à nos capacités de production. Au lieu de laisser la nouvelle entreprise dans les mains de gérants issus du secteur privé, le gouvernement américain et les syndicats devraient saisir cette occasion pour faire de GM une entreprise publique. Au lieu de la logique "toujours plus de retour sur investissements», un conseil de gestion public pourrait disposer des connaissances et des capacités techniques nécessaires pour les utiliser afin de développer des transports sécurisés et respectueux de l’environnement et de la mobilité. Cela serait vraiment un point tournant. Yes, we can !

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