Raz-de-marée de scandales politiques au Royaume-Uni : à bas les voleurs et leur système !

Le poisson pourrit en premier par la tête

La puanteur qui s’élève de la corruption la plus pure et du vol à l’état brut des “deniers publics” par l’écrasante majorité des «(dés-)honorables membres» de la Chambre des Communes offre un spectacle nauséabond. Cette puanteur discrédite non seulement le Parlement et ses occupants, mais encore l’ensemble du système capitaliste.

Editorial du Socialist, journal du Socialist Party (CIO-Angleterre et Pays de Galles)

Parfois, un événement agit comme un catalyseur qui ramène à la surface tout le mécontentement. C’est un tel effet qu’a été produit par les révélations du Daily Telegraph. Alors que le spectre du chômage de masse s’étend sur la classe salariée et que la pauvreté est pire encore que du temps de Thatcher, les parlementaires se sont remplis les poches au moyen de «demandes de remboursement de frais» grotesquement exagérées. Certains journalistes «respectables» ont été jusqu’à demander l’arrestation de certains parlementaires.

Les parlementaires ont réclamé de l’argent pour des femmes de ménage, des tapis, des saunas, des piscines, des jardiniers, des barbecues, de la nourriture pour chien, des coussins – en soie, bien évidemment – «pour se reposer». John Selwyn Gummer, parlementaire Tory et ancien Ministre, s’est fait rembourser un chasseur de taupes, d’autres ont poussé la mesquinerie jusqu’au point de se faire rembourser un KitKat ou un sac plastique à 5 pence! Comme le disait Andrew Rawnsley de l’Observer : «Il a probablement besoin de quelque chose pour ranger ses reçus».

Une parlementaire Libéral-Démocrate a reçu de l’argent pour ses produits de beauté, et il y a même UN parlementaire Tory qui a demandé des tampax! John Prescott, ce soi-disant «héros» New Labour de la classe ouvrière, a sur sa liste de demandes de remboursement «trois fausses poutres Tudor pour son château à Hull». Il a aussi demandé deux sièges de toilettes.

L’imposture de la “démocratie parlementaire” britannique a été révélée au grand jour. Chaque parti majeur est impliqué dans cette véritable «conspiration criminelle». Certaines pointures parlementaires, telles que l’ancien Vice-Président de la Chambre, ont suggéré que le «Parlement devra peut-être être dissous».

L’ampleur de la désilluion publique est résumée par le chroniqueur de l’Observer, Rawnsley, qui utilise le langage de la «rue» afin d’exprimer cette large désillusion : «Et le parlementaire qui a demander le remboursement de crottin? Eh bien, pourquoi pas, vu que lui et les autres ne sont que des merdes!»

A quelques exceptions près, ce discours est opposé à celui de la majorité des parlementaires. Ceux qui ont déjà des brouettes entières remplies d’argent en veulent apparemment plus, comme Barbara Follett, ou Shaun Woodland, parlementaire Tory renégat et maintenant Ministre New Labour, qui a un majordome mais demandait à ce que soient réglées ses «dépenses». Les parlementaires clament qu’ils avaient besoin de demander tout ça, à cause de «l’inadéquation» de leur salaire parlementaire, qui s’élève à «seulement»… 64 000 livres par an! (soit 5.300 livres par mois, environ 7.650 euros)

Quel contraste au regard des anciens parlementaires socialistes et marxistes, tels que Dave Nellist et feus Terry Fields et Pat Wall, qui ne conservaient que le salaire moyen d’un travail et donnaient le reste. Mais ça, c’était à l’époque où le Labour était du côté des travailleurs.

Comparez aussi le sort des parlementaires à celui de cette femme accablée de misère qui était interviewée par le Guardian la semaine passée, contrainte de nourrir sa famille avec un budget de 3 livres (un peu plus de 4 euros) par personne et par jour ! Et pourtant, le Ministre James Purnell, tentant de plonger son propre groin dans la mangeoire, cherche encore à poursuivre en justice et à punir les bénéficiaires d’allocations sociales comme elle, qui ne sont pourtant pas responsables de leur situation. Tout cela alors que les parlementaires et les banquiers vont probablement s’en tirer sans rien d’autre qu’une petite remontrance !

Lorsque l’on combine tout cela au scandale des bonus des banquiers et à la faillite complète de ces dirigeants à donner un emploi, un logement et un revenu décent à des millions de travailleurs dans ce pays, c’est l’ensemble du système parlementaire et du capitalisme qui est montré du doigt.

Les «institutions» de ce système – y compris le Parlement, comme le confirment ces révélations – sont discréditées. Si un parti des travailleurs de masse existait aujourd’hui au Royaume-Uni, la révulsion ressentie par toutes ces mesures qui récompensent les riches tout en punissant les pauvres pourrait être utilisée pour construire une vague d’opposition de masse qui pourrait représenter une véritable alternative. La campagne «No2EU» (une liste portée par le syndicat des transports et soutenue par le Socialist Party, NDLR) pour les élections européennes est le début d’une telle alternative.

Les véritables socialistes et le mouvement ouvrier se sont battus pour et soutiennent les conquêtes démocratiques qui existent aujourd’hui. Nous et nos prédécesseurs avons fait les plus grands sacrifices pour le droit de vote, la liberté de la presse, les droits syndicaux et des systèmes de représentation sur les plans local et national, qui puissent refléter la «volonté du peuple». Mais on se rend compte que ce «Parlement» actuel se trouve à des millions de kilomètres de cet idéal.

La presse et les medias sont contrôlés par une poignée de riches magnats, tandis que la voix des personnes ordinaires est noyée sous la cacophonie en faveur du «marché», qui a totalement abandonné la majorité de la population. Trois partis quasiment identiques – le New Labour, les Tories et les Libéraux-Démocrates – sont, comme ces révélations l’ont montré, submergés par la corruption, et n’offrent absolument aucune issue.

Le Parlement lui-même, avec des élections tous les cinq ans de parlementaires jouissant d’énormes salaires et avantages, est complètement non-représentatif. Deux siècles plus tôt, le philosophe français Rousseau critiquait déjà le système parlementaire britannique : «Si le peuple anglais pense qu’il est libre, il se dupe lui-même ; il n’est libre que lors des élections des membres du Parlement ; aussitôt que ces personnes sont élues, le peuple est esclave, il ne compte plus pour quoi que ce soit… Ainsi, les députés du peuple ne sont et ne peuvent être les représentants du peuple». Quel beau tableau de la démocratie actuelle !

Les pionniers de la démocratie au Royaume-Uni, les Chartistes – qui ont formé le tout premier parti ouvrier indépendant de l’Histoire – revendiquaient des élections parlementaires annuelles. Lorsque le tout premier élu Labour, Keir Hardie, est entré dans la Chambre des Communnes, il n’était pas payé, ni lui, ni aucun autre parlementaire. Toutefois, au contraire de Hardie, les parlementaires étaient essentiellement des Tories ou des Libéraux qui disposaient de «revenus indépendants». Le strict minimum qui devrait être aujourd’hui demandé est qu’un parlementaire ne bénéficie d’aucun «intérêt extérieur», telles que des positions de directions ou de conseiller auprès de compagnies privées.

Comme l’a fait remarquer Mark Lawson, un critique artistique et télévisuel, pourquoi ne pas aller plus loin, et demander qu’un parlementaire ne reçoive pas plus que le salaire moyen? Ceci éclaircirait certainement les rangs des parlementaires et aspirants parlementaires en provenance des «échelons supérieurs» de la société, mais laisserait plus de place pour ceux qui sont plus à l’écoute de la population, càd des travailleurs.

Mais à un moment, il faudra aller encore plus loin que cela. L’élection de tout représentant à une institution comme le Parlement actuel et ce, pour une durée de cinq ans, est par nature antidémocratique. Ces parlementaires ne doivent pas rendre de comptes aux électeurs qui les ont élus plus d’une fois tous les cinq ans, et même alors leurs actions ne sont pas examinées correctement.

Les socialistes soutiennent tous les droits démocratiques, y compris l’élection d’un Parlement. Nous nous battrons aux côtés des travailleurs contre toute tentative de renverser un gouvernement élu démocratiquement, comme cela s’est passé au Chili en 1973, ou en Espagne dans les années ‘30. Mais un système plus représentatif, plus responsable que le système actuel est nécessaire.

La Chambre des Lords doit être abolie ; il ne devrait y avoir qu’une seule assemblée qui combinerait les pouvoirs exécutifs et législatifs qui sont jusqu’ici divisés au Royaume-Uni.

Les membres de cette assemblée devraient être élus pour une durée de deux ans au maximum, sur base d’assemblées locales démocratiques, avec un droit de rappel par les personnes qui les ont élues, et devraient recevoir le salaire d’un travailleur qualifié. L’âge minimum des électeurs devrait être abaissé à 16 ans.

Une démocratie comme celle-ci mènerait à une plus grande participation par la masse de la population. Un changement du système électoral dans le sens d’une représentation proportionnelle constituerait également une amélioration.

Comparé au système actuel antidémocratique – qui maintient le pouvoir entre les mains d’une élite – les changements exprimés ci-dessus représenteraient un important pas en avant. En l’absence aujourd’hui d’un parti des travailleurs de masse au Royaume-Uni, de telles revendications et slogans sont sans doute en avance de ce que la plupart des gens, même des travailleurs, pourraient soutenir à l’époque actuelle. Mais la nausée qui monte à la suite des révélations du vol du Parlement par les parlementaires est en train de préparer le terrain pour l’adoption de telles demandes audacieuses dans le futur.

En attendant, le salaire des parlementaires doit être réduit au niveau du salaire moyen. Là où des remboursement de frais sont requis, ils devraient être strictement nécessaires – de la même manière que certains ouvriers du bâtiment sont payés pour se déplacer à travers le pays sur base de leur travail. Qui plus est, plutôt qu’un « corps extérieur » qui contrôle et audite les frais demandés, pourquoi ne pas établir des commissions de contrôle constituées de travailleurs, de chômeurs, d’allocataires sociaux, de petits commerçants et d’entrepreneurs menacés par la récession actuelle ?

Le scandale des demandes de remboursement de frais des parlementaires va mener à la conclusion qu’un système basé sur la production pour les profits de quelques-uns – les millionnaires et milliardaires – plutôt que pour les besoins sociaux de la majorité – les millions – produit inévitablement la pourriture et la corruption dont nous sommes témoins. Nous défendons tous les droits démocratiques – qui doivent inclure également l’abolition des lois antisyndicats héritées de Thatcher. Mais en même temps, nous visons à une extension de la démocratie, à un Etat socialiste démocratique, au lieu de la caricature de «dictature élue» qu’est le Parlement à présent.


Le Comité pour une Internationale Ouvrière, CIO

Cet article est issu de la section Angleterre et Pays de Galles du CIO.

Le capitalisme est un système mondial et il doit être combattu à la même échelle. C’est pourquoi le Parti Socialiste de Lutte fait partie d’une organisation marxiste internationale: le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO), un parti mondial actif sur tous les continents. Notre lutte en Belgique s’inscrit dans le cadre d’une lutte des travailleurs du monde entier pour un société socialiste car si la révolution socialiste éclate sur le plan national, elle se termine sur l’arène internationale. La démocratie ouvrière et la planification socialiste de la production ne peuvent se limiter à un seul pays. C’est d’ailleurs l’isolement de la Russie soviétique qui a conduit à sa dégénérescence à partir de 1924.

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