Nous ne voulons plus de l’UE! Pour une Europe socialiste, démocratique et solidaire!

L’Union européenne en crise permanente.

Il y a moins d’un an, une majorité de Britanniques votait favorablement à la sortie de leur pays de l’Union Européenne. Le 29 avril 2017, les chefs d’État des autres 27 pays membres ont approuvé à l’unanimité les directives pour les négociations du Brexit. C’était le sommet le plus court et le plus consensuel depuis très longtemps. Il n’a fallu que 15 minutes pour trouver un accord. Les dirigeants de l’UE veulent ainsi donner une image d’unité et d’unanimité au reste du monde.

Dossier de Tanja (Gand) publié dans l’édition de juin de Lutte Socialiste

Le projet d’unification européenne traverse une crise profonde. Pour la première fois de son existence, il n’y a aucune perspective d’élargissement du projet d’intégration européen alors qu’un pays veut quitter l’UE. Pour éviter la contamination politique, l’UE veut faire payer le prix fort à la Grande-Bretagne. La première-ministre britannique Theresa May (Parti conservateur), de son côté, ne doit pas broncher pour contenter sa base et éviter une fracture de son propre parti. Elle a prévenu Juncker, président de la Commission européenne, qu’elle sera une “femme sacrément difficile” lors des négociations.

La deadline pour la clôture des négociations est fixée dans les traités européens à deux ans après l’activation officielle de l’article 50. Cela tombe donc en mars 2019, quelques mois après les prochaines élections européennes. Reste à voir si les négociations se concluront avec ou sans accord entre les deux partenaires de négociation.

Y a-t-il des raisons d’être optimiste ?

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la France a provisoirement soulagé Bruxelles. Mais beaucoup de facteurs et d’évènements au sein de l’UE et de la Grande-Bretagne peuvent perturber les négociations. En automne se tiendront d’importantes élections en Allemagne. Des menaces économiques et des risques dans le secteur bancaire continuent de peser. L’instabilité économique et politique reviendra à chaque élection. L’Écosse menace d’organiser un nouveau referendum sur l’indépendance et des tensions pèsent avec l’Irlande du Nord. Le 8 juin, des élections anticipées auront aussi lieu en Grande-Bretagne. Theresa May veut utiliser ces élections pour renforcer sa majorité. La question est de savoir si Jeremy Corbyn (le dirigeant du Parti travailliste) pourra mobiliser la classe ouvrière pour marquer les négociations de son sceau. S’il n’y parvient pas, la classe ouvrière risque d’être entraînée, des deux côtés de la Manche, dans des discussions dominées par de lugubres tendances nationalistes et racistes.

En ce moment, l’unanimité semble régner parmi les dirigeants européens. Mais, tôt ou tard, les contradictions entre États membres vont refaire surface. La Belgique, les Pays-Bas et l’Irlande entretiennent des relations commerciales étroites avec le Royaume-Uni. Respectivement 8,8%, 9,3% et 13,7% de l’exportation de ces pays vont vers le Royaume-Uni. Pour ces pays, la question de savoir si un accord commercial fera ou non partie des négociations du Brexit n’est pas une question secondaire.

Que signifie le vote pour le Brexit ?

Dans les médias, le vote pour le Brexit est présenté comme un vote purement raciste et anti-migrants. Le vote pro-UE était soi-disant l’expression d’un état d’esprit progressiste. En réalité, les choses sont rarement blanches ou noires. Tous les sondages d’opinion montrent que l’immigration a joué un rôle, mais ce sont surtout les questions sociales qui ont été déterminantes dans le comportement électoral. Pour une grande partie de la population, l’immigration ouvrière et les mesures d’austérité imposées depuis Bruxelles ont été vues comme un instrument de l’élite pour faire baisser les conditions générales de salaire et de travail.

Nos partis frères en Angleterre et au Pays de Galle, en Écosse et en Irlande du Nord ont mené campagne pour un Brexit. Non pas pour créer l’illusion qu’après un Brexit, les attaques contre la classe ouvrière cesseraient automatiquement. Mais parce que le Brexit serait un meilleur point de départ pour la lutte sociale dans le pays.

Nous n’avons jamais prétendu que le Brexit était en soi positif ou négatif, mais nous avons mis l’accent sur le caractère antisocial de l’UE actuelle. Une majorité de la population en faveur du Brexit serait une issue plus favorable, selon nous, pour permettre de renforcer la lutte pour de meilleurs soins de santé et contre l’austérité et les privatisations. Cela aurait pu contrer la campagne nationaliste de l’UKIP surtout si cela avait été soutenu par les syndicats et le nouveau président du Labour, Jeremy Corbyn à travers un message internationaliste fort. Nous avons regretté la position de Jeremy Corbyn qui, malgré son attitude critique vis-à-vis de “l’Employers Union” (l’Union des employeurs) a voté pour le “Remain” (maintien dans l’UE). En faisant cela, il s’est rendu responsable du monopole par les forces réactionnaires du discours en faveur du “Leave” (sortie de l’UE) et d’une certaine confusion des esprits.

Il n’en reste pas moins que le Brexit était une sanction pour l’establishment européen et le projet de néolibéralisme et de l’austérité institutionnalisée. Des millions de personnes, surtout dans des pays comme la Grèce, l’Espagne et le Portugal, ont été poussées dans la misère et la pauvreté. Pas étonnant, donc, que des gens soient dégoûtés de l’arrogance de l’establishment européen planqué bien loin à Bruxelles et qui prend des décisions asociales au-dessus d’eux.

Ces expériences assurent que de moins en moins de gens sont enthousiastes vis-à-vis de l’UE. Ce n’est pas un hasard si la crise de confiance à l’égard de l’UE coïncide avec celle envers l’establishment politique. Tous les soi-disant grands partis pro-européens qui déterminent et défendent la politique européenne sont aujourd’hui sanctionnés. La social-démocratie en est la principale victime. En Grèce, en Irlande et maintenant aux Pays-Bas et en France, elle a subi de sérieux revers. Dans certains pays, il est loin d’être sûr que ces partis parviennent à se rétablir.

Malheureusement, les partis “euro-sceptiques”, racistes, de droite et réactionnaires en profitent souvent le plus. De grandes parties de la gauche essaient de s’accrocher au mythe d’une Europe sociale. Pour ceux qui croient à ces illusions, l’UE est “plus internationaliste” et “progressiste” qu’un retour à l’État-nation. Ils ajoutent souvent aussi que, grâce au processus d’intégration européen, cela fait 70 ans que la paix règne sur le continent européen autrefois en guerre.

Si nous ne pouvons choisir qu’entre l’UE asociale actuelle ou un bain de sang nationaliste, c’est effectivement un choix cornélien. Qui voudrait encore d’une guerre en Europe ? Qui pourrait trouver que les programmes d’échange internationaux pour les étudiants sont une mauvaise chose ?

Le PSL est convaincu que l’UE et le processus d’intégration européen basé sur une économie capitaliste et géré pour le 1 % des plus riches et ses vassaux politiques ne seront jamais progressistes.

C’est pourquoi, dans la deuxième partie de cet article, nous approfondissons l’histoire de l’UE. Nous argumentons qu’une unification de l’Europe n’est possible que sur une base socialiste, démocratique et solidaire. Une Europe dans laquelle les intérêts, droits et talents de tous les habitants d’Europe sont garantis, construits et assurés.

L’UE: construite sur des fondements capitalistes antisociaux

Fin mars 2017, on a fêté, à Rome, le 60ème anniversaire du Traité de Rome qui a fixé la base de la Communauté économique européenne (CEE). Les dirigeants européens ont essayé avec beaucoup de tam-tam et de belles paroles de redorer le blason de l’UE. Ils ne savent que trop bien qu’ils traversent la crise la plus profonde que le projet ait jamais connu.

La confiance de la population en l’UE est à un niveau historiquement bas. Lors des élections européennes de 2014, le taux de participation n’était que de 42%. Même dans les pays traditionnellement pro-UE, tels que l’Italie, l’Espagne, la France et l’Allemagne, en 2016, seuls 35 à 38% de la population avaient encore une image positive de l’UE.

Comme en 2012 lorsque l’UE a gagné le prix Nobel de la paix en plein milieu de sa plus lourde crise, on mettra l’accent à Rome cette fois-ci aussi sur le fait que l’UE est le garant de sept décennies de paix et de prospérité croissante en Europe. Dans le Traité, signé par les six pays fondateurs en 1957, il est, en effet, question de “l’amélioration du niveau de vie et des conditions de travail des travailleurs, l’harmonisation des systèmes sociaux, un salaire égal entre hommes et femmes à travail égal, la garantie de l’équilibre des échanges commerciaux et une concurrence loyale”.

Ce traité fut rédigé dans le contexte historique des années 1950. L’économie progressait sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, d’une part et avec à l’arrière-plan, la rhétorique de la guerre froide, d’autre part. L’Ouest capitaliste devait surtout faire ses preuves sur le plan social face aux pays dits communistes, où la propriété privée des moyens de production et par voie de conséquence la maximalisation des profits comme ressort de l’économie avaient été abolies.

1957 a été le point de départ d’un marché unique et des premiers pas en direction de la libre circulation des capitaux, biens et services, l’un des aspects centraux de l’UE.

Le processus d’intégration européen a connu, à ses débuts, des oppositions, des intérêts contradictoires et il a toujours été dominé pour des motivations économiques. La capacité de production des grandes entreprises dépassait les frontières nationales, les multinationales dominaient de plus en plus l’économie et le commerce. Les plus grands capitalistes européens devaient subir la concurrence des multinationales américaines et asiatiques qui se développaient rapidement et qui disposaient d’un beaucoup plus grand marché domestique. L’UE a été utilisée comme instrument politique sur le marché mondial. En même temps, elle a été utilisée sur le plan national, dans les États membres, pour imposer des contre-réformes pour renforcer la position concurrentielle de la bourgeoisie nationale, au sein même de l’UE.

L’aspiration à la paix pour huiler le mécanisme

L’aspiration à la paix était incontestablement grande en Europe. Les deux guerres mondiales avaient causé de lourdes pertes humaines. C’est pour cela qu’une alliance regroupant des ennemis mortels comme la France et l’Allemagne a été accueillie avec enthousiasme par la population. Même des idées socialistes telles qu’une société sans guerre et misère, une répartition équitable des richesses, du travail et la sécurité sociale pour tous étaient populaires à ce moment-là.

On ne peut pas dire du projet qu’il était pacifiste. Déjà en 1950, une proposition de politique militaire commune a été lancée. La France était à l’initiative en la matière et a proposé de construire une armée européenne. Les USA voulaient remilitariser l’Allemagne, principalement comme tampon face à l’Union soviétique. L’Allemagne serait, bien entendu, non seulement un tampon, mais servirait aussi les intérêts américains en Europe de l’Est. La France essayait d’éviter cela. Finalement, la proposition d’une armée européenne a été balayée et la demande d’une politique militaire européenne reste jusqu’à aujourd’hui, un thème délicat du fait des différents intérêts impérialistes des grands pays européens.

En Belgique et aux Pays-Bas, la perte des anciennes colonies a été un fort incitant à créer, via une union douanière, de nouveaux débouchés dans les pays voisins. Le ministre belge des Affaires étrangères de l’époque, Paul Henri Spaak, a pris l’initiative à ce sujet et a utilisé la coopération existant dans la Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA) pour démarrer la Communauté économique européenne (CEE). L’Allemagne était sceptique à ce moment-là. La part du commerce allemand avec des pays en dehors des cinq autres états fondateurs de la CEE était beaucoup plus élevée. Elle craignait que les tarifs douaniers de pays tiers n’augmentent suite à une union douanière.

En 1968, l’union douanière est quand même entrée en vigueur et le commerce entre les pays qui en faisaient partie a considérablement augmenté. Une première tentative d’union monétaire a échoué dans les années 1970, mais la CEE a connu une extension constante. Depuis 2002, l’euro a été instauré (voir plus loin). Le dernier grand élargissement a suivi en 2004, avec 10 nouveaux États membres, dont 7 issus de l’ancien bloc de l’Est. Ils ont tous dû subir, entre autres, un programme de privatisation sévère pour pouvoir adhérer à l’Union européenne. Le démantèlement de ce qui reste de l’économie planifiée a été imposé en 1993 en vue de l’adhésion à l’UE par ce qu’on appelle les critères de Copenhague. Ils stipulent, entre autres, que les États membres “ont une économie de marché opérationnelle qui puisse supporter la concurrence du marché interne”.

L’unité monétaire comme aboutissement de l’union néolibérale

En 1992, les préparatifs de l’union monétaire ont démarré avec l’instauration des critères de Maastricht et l’installation du pacte de stabilité et de croissance. Il s’agit de règles monétaires strictes qui imposent aux États membres une discipline budgétaire et d’austérité. Le déficit budgétaire ne peut pas excéder les 3% et la dette publique ne peut pas dépasser les 60% du PIB.

Récemment, les critères ont encore été affutés et institutionnalisés avec le SixPack et le Pacte fiscal. Cela permet, entre autres, d’imposer des sanctions aux pays qui ne satisfont pas aux critères. Les budgets nationaux doivent aussi être soumis à l’approbation de la Commission européenne dans le cadre du Semestre européen avant d’être approuvés par les parlements nationaux élus. Cela a été vu, à juste titre, par de nombreuses personnes comme une limitation des compétences des parlements nationaux élus. Dans toute la législation européenne, des principes économiques libéraux de droite ont été gravés dans la pierre. Cela laisse peu d’espace aux pays membres pour des investissements publics dans l’emploi, l’enseignement, la santé et l’environnement.

Le PSL est ses organisations-sœurs au sein du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) ont argumenté depuis le début contre cette unification libérale imposée et contre l’union monétaire. Dans la brochure “Non à l’Europe des patrons! Non à l’UME (union monétaire européenne)! Luttons pour une Europe socialiste démocratique”, nous écrivions en 1999: “La lutte contre l’euro/UME doit devenir une activité de campagne importante dans notre fonctionnement. Parce que les gouvernements et les patrons seront obligés d’intensifier leurs attaques contre les droits des travailleurs et l’État-providence. L’euro sera surtout utilisé comme arme pour continuer à déréguler le marché du travail, créer plus d’insécurité d’emploi, compresser les salaires et attaquer les droits acquis. À terme, cela mènera à un rejet croissant de l’euro/EMU dans de larges couches de la population.”

Le processus d’intégration est allé plus loin que ce à quoi nous nous attendions. Cependant, notre perspective de l’époque s’est aujourd’hui confirmée. Les libéralisations et privatisations sont ancrées dans la politique européenne. Les directives qui prescrivent la libéralisation du secteur des télécommunications, du trafic aérien, de l’énergie, de la poste et des chemins de fer, des ports émanent toutes de l’Union européenne. Elles ont évidemment été approuvées par l’establishment politique dont les partis de la social-démocratie. Au moment où la stratégie de Lisbonne a été tracée, qui devait faire de l’UE l’économie de la connaissance la plus dynamique et concurrentielle, 2 pays de l’UE sur 3 avaient un parti social-démocrate au gouvernement.

Une UE sociale est une illusion, une UE socialiste une nécessité

L’actuelle UE est un projet capitaliste et le marché interne est le veau d’or de l’UE. C’est un instrument politique pour les grandes entreprises et banques européennes qui, dans un contexte d’économie globale, recherche la maximalisation des profits. Des interventions de l’État qui “perturberaient la concurrence” sont, par exemple, interdites. L’UE fonctionne comme un bloc économique pour concurrencer les autres blocs économiques et en même temps, la concurrence interne entre États membres existe. C’est pourquoi cette Europe ne développera jamais une réelle politique sociale harmonisée.

Sur le plan du salaire minimum, par exemple, il y a un énorme fossé entre des pays comme le Luxembourg avec un salaire minimum de 11,27 euros et la Bulgarie avec un salaire minimum de 1,42 euro. C’est la réalité de l’Europe aujourd’hui. Tant que le principe à travail égal, salaire égal ne vaudra pas, l’UE fonctionnera comme une spirale vers le bas pour les conditions de salaire et de travail.

Sur la politique des réfugiés aussi, l’UE montre son vrai visage. Les accords avec la Turquie et la Libye de même que l’élargissement des moyens et des compétences du corps européen de garde-frontières ont pour unique but de refuser de l’aide à autant de personnes que possible.

L’élection de Trump est utilisée par certains pour plaider à nouveau pour une extension de la capacité d’action militaire de l’UE. Le ministre belge des Affaires étrangères de l’époque, Mark Eyskens, décrivait, en 1991, l’UE comme un géant économique, un nain politique et une larve militaire. Ce fossé devrait être comblé. Mais ici aussi il ressortira que les contradictions entre les intérêts nationaux et l’UE persistent tant que le capitalisme règne.

Le processus d’intégration européen est allé plus loin que ce à quoi le PSL s’attendait. Malgré les forces centrifuges qui divisent le projet, l’élite essaie d’arrache-pied de maintenir une sorte de collaboration. Si nécessaire, d’autres formules seront étudiées.

Jusqu’à présent, le but était d’approfondir l’Union. Dans le nouveau Livre blanc de la Commission européenne, on parle pour la première fois ouvertement de la possibilité d’une Europe à plusieurs vitesses. Une désintégration complète de l’UE signifierait une catastrophe politique et économique pour l’establishment actuel. C’est pourquoi l’agonie de ce projet va encore durer un petit temps.

En fonction des rapports de force sociaux, une alternative de gauche peut aussi se développer. Pour cela, il est temps que la gauche conséquente en Europe ose ouvertement choisir une Europe basée sur la solidarité et la démocratie économique. Ce ne sera possible que si les besoins et intérêts de la majorité de la population en Europe sont centraux. Ces dix dernières années, l’UE a montré son vrai visage: les banques ont été sauvées, les profits des entreprises préservés d’une part; économie sur les budgets sociaux, salaires inférieurs et privatisation de services d’autre part. Nous devons lutter tous ensemble pour une collaboration européenne sur base socialiste.

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