Le socialisme à nouveau populaire aux Etats-Unis

Ces dernières années furent marquées par la recrudescence des luttes sociales aux États-Unis : du mouvement pour un salaire minimum de 15$/h aux manifestations historiques au lendemain de l’investiture de Donald Trump (plus de 3 millions de personnes !), en passant par les luttes écologiques, Black Lives Matters (contre les meurtres et violences racistes de la police), etc. À cette colère se couple une recherche croissante d’alternative, qui s’est notamment cristallisée autour de Bernie Sanders et de son appel à une ‘‘révolution politique contre la classe de milliardaires’’ lors de la campagne pour les primaires du Parti démocrate. Pratiquement un an plus tard, comment poursuivre cette dynamique ?

Par Clément (Liège)

Lors de la campagne pour l’investiture du Parti démocrate aux élections présidentielles, Bernie Sanders a largement illustré le potentiel pour une gauche qui défend clairement les intérêts de la majorité sociale. Ses meetings monstres attiraient parfois jusqu’à 27.000 jeunes et travailleurs; 7 millions d’Américains ont fait un don financier d’une moyenne de 30$ pour financer sa campagne ; malgré les sabotages de l’appareil du Parti démocrate, il fut à deux doigts de remporter la primaire avec plus de 13 millions de votes. Ses revendications en faveur d’un salaire horaire minimum de 15$, d’investissements publics massifs, d’un système d’assurance santé collectif, etc. ont rencontré un grand écho.

Son appel pour une ‘‘révolution politique contre la classe des milliardaires’’ a enflammé les esprits. Plus frappant encore, il s’est ouvertement réclamé du socialisme. Bien qu’il entende par là un État providence ‘‘à l’européenne’’ et non un contrôle et une gestion de la production et de la répartition des biens par la collectivité, cela contribue largement à ouvrir la discussion sur les idées du socialisme dans la société américaine. En avril 2016, un sondage de l’université d’Harvard soulignait que 33% des jeunes de 18-29 ans avaient une vision positive du socialisme et que 51% d’entre eux ‘‘ne soutiennent pas le capitalisme’’.

Transformer le Parti démocrate ?

Malgré les grands espoirs qu’elle incarnait, l’administration Obama n’a pu faire aboutir que de faibles réformes sociales, tout en renflouant les grandes banques alors que des millions d’Américains perdaient leur logement ou leur travail des suites de la crise et étaient laissés sur le bas-côté. Le Parti démocrate n’est pas et n’a jamais été un parti progressiste apte à défendre les travailleurs. L’opposition active menée par l’appareil du Parti démocrate contre la campagne de Sanders et la campagne pro big business de Clinton ont encore souligné ce fait. Soutenir Clinton après qu’elle ait remporté les primaires fut donc une énorme erreur de la part de Sanders, d’ailleurs bien comprise par les centaines de délégués qui quittèrent la convention démocrate à cette annonce.

Cependant, beaucoup d’illusions persistent à ce sujet. La présidence de Trump et la vague de résistance qu’elle engendre peuvent, en effet, pousser certaines sections du Parti démocrate à virer sur la gauche afin de se présenter comme une alternative aux politiques réactionnaires de l’actuel président. Certains militants y voient une opportunité pour essayer de ‘‘reconquérir’’ le Parti démocrate et le transformer de l’intérieur. C’est en substance la position de Sanders et de son mouvement ‘‘Our revolution’’. Si des confrontations aboutissant à des victoires partielles peuvent avoir lieu, il ne faut cependant pas oublier que ce parti représente un outil trop important pour la classe dominante pour que cette dernière le laisse simplement être conquis.

La nécessité d’un parti indépendant des travailleurs

Ce que l’immense succès de la campagne de Sanders a illustré, c’est la nécessité cruciale d’un nouveau parti basé sur une indépendance de classe au sein duquel les milliers de travailleurs enthousiastes à l’idée de transformer profondément la société puissent s’organiser et débattre démocratiquement du programme et de la stratégie à adopter. Cet enthousiasme s’exprime par la croissance rapide des organisations de gauche aux USA dont Socialist Alternative (parti frère du PSL aux USA), qui déjà en 2014 annonçait la création de nouvelles sections dans 45 villes, et les Démocratic Socialist of America (DSA – la plus grosse organisation de gauche aux USA) qui a vu son nombre d’adhérents doubler en 2 ans pour atteindre les 20.000 membres.

En parallèle, les candidatures de gauche aux élections locales se multiplient, à l’image de celle de Ginger Jentzen à Minneapolis (Socialist Alternative) ou de Nikita Oliver et Jon Grant à Seattle. À l’approche des élections de mi-mandats qui voient également se tenir de nombreuses élections fédérales et locales, ces candidatures pourraient fournir la base du développement d’un véritable parti des travailleurs ancré dans les luttes quotidiennes de la classe des travailleurs, refusant l’argent des grandes entreprises et qui défend une transformation radicale de la société. Socialist Alternative a d’ores et déjà formulé une proposition aux DSA en ce sens.

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