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Faisons de nos villes des ‘‘Villes refuges’’

A la fin du mois d’avril a eu lieu à Liège une soirée consacrée à la discussion sur les villes-refuges pour les personnes migrantes, un phénomène qui se développe en Amérique et en Europe. Depuis quelques mois en effet, les autorités de localités américaines parfois importantes, comme Los Angeles ou New York, ont déclaré qu’elles s’opposaient à la politique de chasse aux immigrés voulue par Donald Trump et qu’elles refuseraient de coopérer avec les autorités fédérales pour faciliter les expulsions.

Par Simon (Liège)

Le concept a essaimé un peu partout en Europe et en Amérique du nord, des villes se constituant en ‘‘villes refuges’’ et s’employant à élargir les droits dont bénéficient les sans-papiers au niveau local. Loin d’être tombée du ciel, cette situation est le fruit de la mobilisation des organisations de sans-papiers et de leur ancrage dans le mouvement social local. L’étendue des droits concrets concédés dépend bien sûr des contextes locaux et de la nature du rapport de force que le mouvement a su construire.

La soirée, co-organisée par les Etudiants de Gauche (EGA) et les Jeunes Organisés et Combatifs (JOC), avait pour objectif de réfléchir à la mise en place d’une campagne de ce type à Liège. Des introductions de qualité (notamment François Grenade du CNCD, Amélie Feye de l’asbl point d’appui et Pietro Tosi du MOC) et la présence de militants de divers horizons ont permis des échanges fructueux et l’émergence d’une dynamique prometteuse.

Le mouvement des sans-papiers en repli

La répression du gouvernement Michel contre les sans-papiers s’est amplifiée ces derniers mois avec la multiplication, à Bruxelles, des interventions policières dans les lieux d’occupation. Le gouvernement profite ainsi de l’absence de mouvement social d’ampleur pour accentuer la répression sur les catégories les plus faibles.

Même si des démonstrations de solidarité importantes ont eu lieu ces dernières années (on se rappelle notamment de l’énorme mobilisation en faveur des réfugiés au parc Maximilien à Bruxelles) et même si le mouvement des sans-papiers est loin d’être resté inactif, force est de constater pourtant que mouvement est fragilisé et en recul. La revendication principale d’une nouvelle régularisation massive et totale des sans-papiers apparaît inatteignable aujourd’hui à beaucoup de militants du mouvement.
Comment repartir à l’offensive ?

Le mouvement a besoin de revendications intermédiaires qui permettent de remobiliser plus largement un soutien dans la population, d’engranger des victoires partielles et ainsi servir de tremplin pour revenir à l’offensive avec les revendications principales du mouvement.

Construire des campagnes locales pour exiger des autorités communales une politique en faveur des sans-papiers permettrait à la fois de répondre aux besoins les plus pressants des personnes sans-papiers et de remobiliser largement autour de revendications concrètes et immédiates. Des exemples existent où des mobilisations ont pu contraindre les autorités à assurer à leurs concitoyens sans-papiers l’accès aux services communaux de base, leur permettre de faire appel à la police sans crainte d’expulsion ou faire de la rétention d’information pour empêcher des retours à la frontière. On a même pu voir les autorités de Palerme (Sicile) délivrer des documents identité (certes non valables en dehors de la ville) à sa population démunie de titre de séjour.

Ne faisons confiance qu’à nos luttes

En Belgique, la ville de Liège est reconnue comme une commune, sinon hospitalière, du moins tolérante à l’égard des sans-papiers. Le bourgmestre invite par exemple sa police à ne pas être systématique dans le contrôle des titres de séjour. Certains y voient la conséquence des qualités humaines des dirigeants communaux liégeois. Nous serions plutôt enclins à y voir une conséquence du large tissu associatif et syndical ainsi que du travail acharné d’organisations locales dont le collectif ‘‘La Voix des Sans Papiers’’ et le comité de soutien à leur occupation de bâtiments communaux ou encore le Collectif de Résistance au Centres pour Étrangers (CRACPE) qui contribue à maintenir une pression sur les autorités communales, notamment en organisant la manifestation annuelle contre le centre fermé de Vottem.

Leur travail, comme celui d’autres acteurs du mouvement, montre qu’il existe partout un espace pour élargir les droits des personnes sans-papiers au niveau local pour peu que s’organise une campagne de soutien sur la question. C’est ce que propose de faire actuellement le CNCD et d’autres organisations dans le cadre d’une campagne pour la justice migratoire qui comporte un volet appelant les autorités communales à se constituer en ‘‘communes hospitalières’’ en conviant les réseaux locaux à construire des plateformes de mobilisation sur cette question.

L’intérêt réel de cette campagne dépendra bien entendu des dynamiques locales qui pourront se développer et de leur orientation stratégique. S’en tenir par exemple à des campagnes de sensibilisation pures sans réfléchir à la construction d’une mobilisation large mettant la pression sur les autorités serait, à notre sens, une erreur. Néanmoins, la mise sur pied d’une campagne de ce type constitue un pas extrêmement positif pour renforcer la lutte des personnes migrantes et sans-papiers.
Les militants du PSL et d’EGA suivront avec intérêt le développement de cette initiative et viendront renforcer les mobilisations qui pourraient en découler.