USA : Ce 1er mai, l’opposition à Trump sera à nouveau dans la rue

Depuis l’investiture de Trump, des millions de personnes sont entrée en lutte. Mais le milliardaire a sans relâche mis en œuvre son programme raciste, sexiste et anti-classe ouvrière. Ses dernières propositions en matière de budget et de sécurité sociale remettent en cause les politiques de protection de l’environnement et de sécurité sociale de même que l’avenir des écoles publiques, tout en offrant des allègements fiscaux aux grandes entreprises et aux américains les plus aisés.

Par Kshama Sawant, conseillère socialiste élue à Seattle, membre de Socialist Alternative (qui regroupe les partisans du CIO aux USA)

Trump peut être battu, mais il s’agit d’une question de rapport de force. La marge de manœuvre de l’administration Trump dépendra de l’ampleur et du caractère militant du mouvement social, mais aussi de son efficacité à s’opposer à lui. Au cours de l’histoire, nombreux sont les gouvernements de droite qui ont été forcés de changer de cap ou qui ont tout simplement été renversés suite à la révolte de gens ordinaires.

Il est indispensable que les manifestations soient plus que purement symboliques. Nous devons utiliser le véritable pouvoir que détiennent les travailleurs, à travers la désobéissance civile et la grève. Une grève de grande ampleur aura un impact sur les profits de l’establishment, dont de larges segments sont derrière Trump. Une telle grève les obligera à s’écarter de lui.
La Journée internationale des travailleurs

Le Premier mai est historiquement une journée de mobilisation massive dans le monde entier et aussi de manifestations pour les droits des migrants aux Etats-Unis. Il est plus important que jamais de retourner aux sources du Premier mai et de lancer un été de résistance.

Les attaques brutales de Trump contre les immigrés ont été son occupation principale durant ses deux premiers mois à la Maison Blanche, provoquant immédiatement des manifestations et des grèves le 16 février qui, grâce à une organisation rapide, ont réuni des milliers de travailleurs immigrés dans les grandes villes du pays.

Les manifestations de masse dans les aéroports nationaux en riposte au décret anti-immigration lui ont porté un premier coup humiliant, sans oublier que certains groupes de la classe dominante lui ont tourné le dos, gagnés par une inquiétude grandissante face au chaos résultant de la désobéissance civile massive.

Les travailleurs immigrés à travers le pays se sont préparés pour ce Premier mai qui va probablement être la plus grande journée de mobilisations depuis que des centaines de milliers de personnes ont fait grève en 2006 lors de la ‘‘Journée sans immigrés’’.

Des grèves prévues en Californie

Les développements les plus importants viennent de Californie, où 340.000 travailleurs préparent des actions de grève menées par une coalition qui réunit le syndicat ‘SEIU United Service Workers West’ (USWW) et des centres de travailleurs immigrés.

‘‘Le président attaque notre communauté’’, a déclaré Tomas Mejia, membre du bureau exécutif de l’USWW. ‘‘Les immigrés ont aidé à façonner ce pays, nous avons contribué à sa beauté, mais le président nous attaque comme des criminels.’’ Une ‘‘caravane contre la peur’’ a également été organisée par la coalition pour voyager à travers l’Etat afin de construire l’action du Premier mai.

Le président du syndicat ‘United Teachers Los Angeles’, Alex Caputo-Pearl, a appelé à fermer toutes les écoles le Premier mai. Dans la région de la baie de San Francisco, ‘le San Francisco Labor Council’ a fait, le 7 mars dernier, une déclaration soutenant les actions de solidarité des travailleurs le Premier mai et demandant ‘‘qu’il n’y ait de représailles contre aucun travailleur – syndiqué ou non – qui choisisse d’exercer ses droits civiques’’.

Etat de Washington

La journée du Premier mai à également gagné en dynamisme dans l’Etat de Washington. Dans le comté qui comprend la ville de Seattle, le ‘county labor council’ a voté une résolution demandant à ses syndicats affiliés ‘‘de prendre en considération toutes formes d’action le Premier mai – comme faire grève, manifester, prendre une journée de congé maladie, faire une pause de midi plus longue, organiser des manifestations ou n’importe quelle autre forme d’organisation collective’’.

Les organisateurs à travers le pays ont souligné l’importance de travailler avec flexibilité afin d’éviter au mieux les représailles envers les travailleurs pendant la construction de ces actions les plus grandes et les plus puissantes possibles pour le Premier mai.

Beaucoup d’autres syndicats ont également voté des résolutions pour le Premier mai, dont notamment le syndicat ‘‘WFSE Local 304’’ représentant les travailleurs des collèges communautaires de Seattle et le syndicat ‘‘IBEW Local 46’’ représentant les électriciens.

En tant que membre du Conseil de la ville de Seattle, j’ai fait appel au maire, Ed Murray, pour qu’il autorise tous les travailleurs de la ville à prendre congé le Premier mai (la réglementation de Washington autorise déjà à tous les fonctionnaires à prendre deux jours de congé chaque année pour des raisons de convictions ou religieuses).

Le développement le plus marquant à Seattle a été celui de ‘‘l’Association de l’Education de Seattle’’ (SEA). 5.000 professeurs ont voté pour fermer les écoles publiques de la ville pour le Premier mai, en réponse au sous-financement des écoles dans l’Etat de Washington. L’éducatrice Kit McCormick, membre du SEA, a expliqué ‘‘qu’ils n’ont cessé d’écrire aux parlementaires et d’aller à Olympia (la capitale de l’Etat). Il est temps d’accélérer le pas’’.

‘‘On a marre’’, disait Justin Vinson, membre de Socialist Alternative et du SEA. ‘‘Les éducateurs se sont battus pour défendre nos écoles et maintenant nous avons Trump et Betsy DeVos qui mettent l’accent sur des coupes budgétaires majeures dans l’éducation. Mais il y a également un enjeu très important, avec cette administration qui s’en prend à nos sœurs et nos frères immigrés, femmes, musulmans et LGBTQ. ‘An injury to one is an injury to all’.

Il ne s’agit pas seulement de Trump

Dans l’Etat d’Illinois, l’organisation-sœur du SEA, le syndicat des professeurs de Chicago (CTU), entrera en action le Premier Mai en riposte aux coupures budgétaires considérables dans l’éducation publique. Il n’y aura pas grève, mais d’autres actions seront organisées. D’autres syndicats à travers le pays tels que ‘‘l’Association des infirmières du Minnesota’’ a également décidé d’entrer en action le Premier mai.

Il est encore trop tôt pour dire à quel point cette dynamique de grève va continuer à s’amplifier, mais la nécessité de riposter contre Trump est claire et elle représente un danger pour lui.

Nous devons être conscients que notre mouvement ne va pas continuellement croître de manière linéaire et qu’il y aura également des reculs. Trump ne sera pas vaincu un jour. Nous devons avoir pour objectif de mettre en place des actions les plus larges et puissantes possibles ce Premier mai afin que notre lutte passe à une étape supérieure.

Pour aller plus loin, nous devons mobiliser des couches plus larges de travailleurs et de jeunes pour résister à Trump et à la classe des milliardaires. Nous pouvons le faire en luttant pour des changements positifs qui peuvent faire une réelle différence dans le quotidien des gens. Avec les soins de santé attaqués, nous devons non seulement nous défendre contre l’offensive des Républicains, mais aussi lutter avec force pour l’assurance-maladie pour tous. Avec les travailleurs et les droits syndicaux attaqués, nous devons non seulement nous opposer aux lois antisociales aussi exiger un salaire minimum fédéral de 15$ de l’heure.

Il ne s’agit pas uniquement d’un président ou d’un parti politique. La victoire de Trump repose sur la colère des travailleurs et d’américains de la couche moyenne trahis durant des décennies par les politiques brutales et néolibérales aussi bien du parti Démocrate que Républicain. Il est nécessaire de créer un nouveau parti politique qui défendra les politiques socialistes et sera indépendante de l’argent et du pouvoir des grandes entreprises.

Car notre combat n’est pas seulement contre Trump, c’est aussi contre le système défaillant du capitalisme qui est un terrain fertile pour la dangereuse montée du populisme et les attaques vicieuses sur les travailleurs.

Le Premier mai, nous allons contre-attaquer.

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