La Première ministre et cheffe du parti conservateur (Tory) Theresa May a convoqué des élections législatives anticipées le 8 juin et ce pour une seule raison : la faiblesse du gouvernement face à la colère qui se développe dans la société britannique.

Déclaration du Socialist Party, section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Angleterre et au Pays de Galles

Les travailleurs souffrent de la contraction la plus prolongée des salaires depuis le début du XIXe siècle ! Les réductions d’allocations sociales laissent des millions de personnes sur le carreau, sans disposer de suffisamment d’argent pour se nourrir eux-mêmes et leurs familles. L’année dernière, pas moins de 200.000 personnes ont été admises à l’hôpital pour malnutrition ! L’enseignement et le système de soins de santé (NHS) font face à des coupes budgétaires qui mettent en danger leur existence. La crise du logement atteint un degré catastrophique. Les nouvelles lois anti-syndicales ultra-draconiennes sont sources d’amertume et de frustration parmi les syndicalistes.

Le gouvernement est loin d’être fort et, compte tenu de la très fine majorité des Tories au parlement, Theresa May craint d’être submergées de blocages au Parlement. Cela s’est déjà produit à 11 reprises au cours de la première année de son gouvernement. Theresa May avait jadis déclaré refuser d’appeler à la tenue d’élections anticipées, mais elle a ravalé sa parole. Cela ne fait qu’illustrer une fois de plus à quel point les politiciens capitalistes sont capables de changer les règles en fonction de leurs désirs.

David Cameron (conservateur) et Daniel Clegg (libéral-démocrate) avaient dirigé le gouvernement issu des élections de 2010 (jusqu’en 2015). Ils avaient introduit le Fixed Term Parliament Act (1) pour tenter de renforcer le gouvernement de Coalition pendant cinq ans. Aujourd’hui, Theresa May veut passer outre pour essayer de renforcer son gouvernement conservateur en situation de faiblesse. En se basant sur les sondages actuels, elle parie l’emporter avec une majorité accrue. Elle serait alors plus à même de mener à bien son véritable programme, qui ne ressemble en rien à de la «gestion juste» mais s’apparente à l’austérité la plus vicieuse.

Un pari risqué

Le véritable sondage, ce sera celui du 8 juin. Beaucoup de choses peuvent se produire d’ici là. Elle considère partiellement ces élections comme un référendum sur le Brexit, en espérant que le tiers des électeurs conservateurs qui avaient soutenu le maintien dans l’Union européenne continuera tout de même à soutenir son gouvernement. Cela n’est toutefois pas garanti. Certains pourraient bien passer aux libéraux démocrates pour cette raison.

Les conservateurs, détestés, sont très peu susceptibles de faire une percée importante en Ecosse. Le Scottish National Party (Parti national écossais) n’est pas encore pleinement exposé en tant que parti austéritaire et est susceptible de maintenir sa base électorale en grande partie. La victoire remportée par les conservateurs aux élections partielles de Copeland a probablement suscité l’espoir que les conservateurs puissent améliorer leur position dans le nord de l’Angleterre. Cette élection a eu lieu en février suite à la démission d’un député travailliste. Le candidat conservateur a remporté ce siège, une première pour un parti au pouvoir dans une élection partielle depuis 1982. Mais, dans les faits, les conservateurs ont surtout accédé à cette victoire parce qu’ils ont perdu moins de voix que les travaillistes. La nuance est importante.

Une des leçons à tirer des récentes élections – des États-Unis, à la France en passant par les Pays-Bas – c’est que les électeurs veulent punir l’establishment capitaliste. Les partis et candidats qui se profilent comme étant opposés à cet establishment bénéficient d’un écho massif. Il suffit de regarder la campagne de Jean-Luc Melenchon en France. En se basant sur un programme de gauche, il a grimpé jusqu’à 19% dans les sondages d’opinion. Il est même possible qu’il soit présent au second tour. Jeremy Corbyn (dirigeant du parti travailliste, le Labour, élu sur un programme de gauche, dont l’autorité est contestée par l’appareil du parti, ancré à droite) a déjà déclaré que le Labour ne s’opposerait pas à la tenue d’élections anticipées. Il lui faut maintenant lancer une campagne électorale basée sur des politiques socialistes capable de satisfaire les besoins de la classe ouvrière.

Des politiques pour un changement socialiste de société

Il est clair qu’une grande partie de la cabale pro-capitaliste au sommet du Parti travailliste accueillera favorablement ces élections en secret en estimant que Jeremy Corbyn subira une défaite. Il pourrait ensuite être remplacé par un dirigeant pro-capitaliste et pro-austérité. Ils pourraient s’en mordre les doigts. Pour peu que Jeremy Corbyn se décide à lutter avec un programme socialiste clair – notamment en faveur d’un Brexit favorable aux intérêts de la classe des travailleurs et de la classe moyenne – il pourrait remporter ces élections

Les politiques qu’il a défendues et qui l’ont propulsé à la tête du Labour constitueraient un excellent début: l’introduction immédiate d’un salaire minimum de 10 £ de l’heure, un enseignement gratuit pour tous, la construction massive de logements sociaux et la nationalisation des compagnies ferroviaires et énergétiques. A cela doit être combiné la fin immédiate de toutes les coupes budgétaires dans les services publics et un engagement à renationaliser immédiatement Royal Mail (la poste britannique).

Jeremy devrait clarifier qu’il jetterait le secteur privé hors des services publics et de l’enseignement. Il devrait s’engager à instaurer un véritable système de soins de santé socialiste de haute qualité et bien financé, sous contrôle démocratique, et gratuit. Tout cela doit être lié à la nécessité d’un changement socialiste fondamental : en faveur d’une société gérée en fonction des intérêts de la majorité sociale plutôt qu’en fonction de la voracité d’une infime élite capitaliste.

Une telle campagne électorale ne devrait pas être limitée aux discours et aux émissions électorales. Le secteur des soins de santé est entrée lutte et a connu une grande manifestation le 4 mars dernier. Jeremy Corbyn a pris la parole à cette manifestation. Maintenant, en collaboration avec le mouvement syndical et les militants du secteur, une deuxième manifestation doit être organisée, durant la campagne électorale, pour mobiliser des millions de personnes dans les rues contre les conservateurs et en défense du système de soins de santé.

1) Le Fixed-term Parliaments Act de 2011 a été adopté dans le cadre de la coalition entre le Parti conservateur et les Libéraux-démocrates. La loi met fin à la prérogative royale concernant la dissolution du Parlement : le Parlement est automatiquement dissout 25 jours ouvrés avant la date d’une élection. La date de l’élection est fixée par la loi au premier jeudi de mai la cinquième année qui suit l’élection précédente.