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USA/Syrie. Trump ordonne le bombardement de la base aérienne d’Al-Chaayrate

Missile Tomahawk. Photo: Wikipédia

La décision du président américain Donald Trump de lancer une attaque de missiles contre la base aérienne syrienne d’Al-Chaayrate a aggravé le conflit en cours en Syrie tout en alimentant dangereusement les tensions entre les États-Unis, la Russie et l’Iran d’une part, ainsi qu’avec la Corée du Nord et la Chine d’autre part. Cela augmentera également considérablement les rivalités entre les régimes sunnites et chiites au Moyen-Orient.

Par Niall Mulholland, Comité pour une Internationale Ouvrière

Trump a affirmé que cette attaque aux missiles Tomahawk avait été ordonnée contre l’aéroport d’Al-Chaayrate car ce serait depuis cette base aérienne que l’attaque chimique a été menée sur Khan Cheikhoun, où plus de 70 personnes sont mortes quelques jours plus tôt.

Ce tragique événement qui a vu la mort de dizaines de civils, parmi lesquels des enfants, a suscité répulsion et condamnation de la part des travailleurs et de la jeunesse du monde entier. Les États-Unis, soutenus par d’autres puissances occidentales, ont cyniquement instrumentalisé ce terrible événement dans le but de renforcer leur position dans le conflit syrien. Les puissances occidentales, qui veulent la chute du président Bachar el-Assad, se sont précipitées pour blâmer le régime syrien. Pour l’administration instable de Trump, cette attaque de missiles est également l’opportunité de tenter de renforcer son soutien aux Etats-Unis en déviant l’attention des promesses électorales non-tenues et de l’absence de solution face aux difficultés rencontrées par les Américains.

Trump a ordonné ce bombardement sans qu’il n’y ait eu d’enquête au sujet de l’attaque, sans rechercher de mandat de l’ONU et sans l’approbation du Congrès américain. Il a toutefois été favorablement accueilli par les gouvernements européens, notamment par ceux du Royaume-Uni, d’Allemagne et de France, de même que par ceux de Turquie et d’Israël. La milice islamiste Ahrar al-Cham opposée au régime syrien a elle aussi accueilli les «frappes chirurgicales» américaines.

Assad utilisera ce bombardement américain pour renforcer son image de prétendu ‘‘anti-impérialiste’’. Mais les socialistes ne soutiennent aucunement le régime d’Assad, qui a démontré son absence de préoccupation pour la vie de civils innocents durant la longue et sanglante guerre civile syrienne. Assad est un dictateur brutal prêt à recourir aux moyens les plus impitoyables pour s’accrocher au pouvoir. Cependant, il n’existe jusqu’à présent aucune preuve concrète pour prétendre que le régime d’Assad soit responsable de la mort de civils par utilisation de produits chimiques. Étant donné qu’Assad gagne actuellement la guerre – avec l’aide cruciale de Poutine – il semble même contre-productif de son point de vue d’avoir lancé une attaque chimique aveugle. Il était évident que cela aurait été le prétexte ouvrant la voie à une éventuelle attaque militaire des États-Unis.

Moscou a insisté sur le fait que les forces aériennes syriennes ont frappé un dépôt d’armes chimiques des rebelles qui combattent les forces gouvernementales. Günther Meyer, directeur du Centre de recherche pour le monde arabe à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence (en Allemagne), va plus loin: ‘‘Seuls les groupes d’opposition armés pourraient tirer profit d’une attaque aux armes chimiques. Le dos au mur, ils n’ont aucune chance de l’emporter militairement contre le régime. Comme le montrent les récentes déclarations du président Trump, de telles actions permettent surtout aux groupes anti-Assad d’accroitre leur soutien’’. (Cité par le service international de diffusion de l’Allemagne, Deutsche Welle, le 6 avril).

La contre-révolution

À ce stade, la seule certitude existant au sujet des terribles événements de Khan Cheikhoun est que des dizaines de civils ont été tués. Ils viennent s’ajouter aux centaines de milliers d’autres décès liés à cette guerre. Tout cela résulte fondamentalement de la contre-révolution opérée en Syrie suite à la véritable révolte de masse dirigée contre le régime d’Assad en 2011, sous l’inspiration des mouvements révolutionnaires de Tunisie et d’Égypte. Mais en l’absence de fortes organisations ouvrières et d’une direction anticapitaliste socialiste, les forces sectaires et islamiques ont été capables de profiter de ce vide, avec le soutien des États réactionnaires du Golfe et de la Turquie de même que par les puissances occidentales, ce qui a conduit la révolte de masse à dégénérer en une sanglante guerre civile aux multiples aspects.

Ces frappes aériennes américaines ne sont-elles qu’une démonstration de force ou présument-elles une plus large intervention militaire américaine en Syrie ? Cel n’est pas encore clair. La base aérienne d’Al-Chaayrate est importante pour les opérations militaires syriennes et russes contre l’opposition armée au régime, largement islamique, et l’attaque américaine y a porté un sérieux coup. La Russie a condamné ce bombardement comme étant un «acte d’agression» et une «violation du droit international». Moscou a également annoncé suspendre son accord avec les États-Unis sur la prévention des incidents aériens (conclu en 2015 dans le but d’empêcher les incidents entre avions des deux pays dans le ciel syrien).

L’Iran, dont des milices se battent aux côtés des troupes d’Assad, a également fermement condamné l’opération américaine. Les forces iraniennes sont également en Irak, où elles se battent officiellement aux côtés des troupes du régime de Bagdad contre l’Etat Islamique, ce qui ajoute aux complications sur le terrain.

Trump a semblé ordonner cette attaque aérienne alors qu’il était en discussion avec le président chinois, Xi Jinping, en visite aux États-Unis. Cela ne fera encore qu’accroître les tensions avec le régime de Pékin. Trump avait déjà annoncé qu’il était prêt à entreprendre une action militaire ‘‘unilatérale’’ contre la Corée du Nord et a également émis des déclarations menaçantes contre la ‘‘construction d’îles’’ militaires chinoises dans la Mer de Chine méridionale. Selon le Financial Times (Londres, 07/04/17), ‘‘Liu Binjie, qui siège au comité permanent qui supervise le parlement chinois, a mis en garde contre une action unilatérale contre la Corée du Nord.’’ L’Etat entier est militarisé’’, a-t-il déclaré. ‘‘Si vous les menacez avec force, cela peut se retourner contre vous.’’

Comme l’a averti le Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO, dont le PSL/LSP est la section belge), l’avènement de l’administration Trump marque un changement des relations mondiales, vers une situation plus dangereuse et imprévisible. La classe des travailleurs et la jeunesse au Moyen-Orient, aux États-Unis et dans le reste du monde doivent développer un mouvement anti-guerre de masse avec de puissants partis reposant sur la classe des travailleurs, défendant des politiques de nature socialistes audacieuses pour en finir avec la guerre, le terrorisme et la misère liés au capitalisme et à l’impérialisme.

  • Stop aux attaques de Trump contre la Syrie – Non à toute ingérence des puissances extérieures dans la région !
  • Pour la fin de la guerre et de la terreur en Syrie, en Irak et au Moyen-Orient !
  • Non au racisme et au traitement des migrants et réfugiés comme boucs émissaire !
  • Pour l’unité des travailleurs et le socialisme !