Marche antisexiste à Gand le 8 mars. Photo : Jean-Marie Versyp

Le 8 mars dernier, malgré la pluie, au moins 600 personnes ont pris part à la manifestation antisexiste à Gand. Cette action avait bénéficié d’un large soutien et lors du meeting qui a suivi à l’université de Gand, l’ouverture pour des solutions anticapitalistes était remarquable. Nous avons interrogée à la fin de cette soirée Emilie Vanmeerhaeghe de la campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité) et initiatrice de cette manifestation.

Au cours de ces dernières années, la journée de lutte pour les droits des femmes du 8 mars était en Belgique un événement assez terne. A quelques rares actions près, il semblait que la journée était surtout utilisée par les fleuristes. La manifestation de Gand a surpris par sa combativité. Comment cette initiative a-t-elle vu le jour ?

‘‘Aux États-Unis, au lendemain de l’investiture de Trump, nous avons assisté à des manifestations de masse, réunissant des millions de femmes, contre le nouveau président et ses déclarations sexistes et racistes. En Amérique latine, les protestations sont croissantes contre les violences à l’encontre des femmes sous le slogan ‘‘Ni una menos’’ (pas une de moins). En Irlande et en Pologne, des actions de masse ont eu lieu pour le droit à l’avortement. En Irlande, l’avortement est toujours interdit et, en Pologne, il n’est autorisé que dans le cas où la vie de la femme est en danger. Le gouvernement conservateur polonais voulait encore plus durcir cette approche mais il a été forcé de reculer sous la pression de la rue.

‘‘Ce n’est pas surprenant que les femmes descendent dans la rue à travers le monde. On nous a dit pendant des années que les femmes et les hommes étaient dorénavant égaux, que l’égalité était acquise et que la lutte était superflue. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes femmes font face à une réalité bien différente. Les femmes sont toujours moins bien payées que leurs collègues masculins, elles supportent toujours l’essentiel des tâches de soin et des tâches domestiques et ce sont les plus grandes victimes des violences et du harcèlement sexuel.

‘‘Parallèlement, nous constatons que les femmes sont en première ligne des victimes des coupes budgétaires et de l’austérité, notamment dans les services publics où l’on trouve plus de femmes que d’hommes. D’autre part, les services qui ne sont plus fournis par la communauté sont fréquemment reportés sur les femmes : garde des enfants, soins aux personnes âgées, soins de santé.

‘‘Le 8 mars, c’est la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. L’événement a été dégradé au point de ne plus être que l’occasion d’offrir des fleurs et du chocolat. Avec notre manifestation, nous voulions essentiellement remettre au goût du jour le caractère combatif que doit revêtir une telle journée de lutte. Les conquêtes obtenues par les femmes ne sont pas tombées du ciel, il a fallu se battre pour arracher ces droits. Et non pas les femmes seules, mais avec les hommes. Voilà comment nous entendons défendre les droits des femmes.

‘‘Cette manifestation antisexiste a dépassé nos attentes, ce qui illustre l’ampleur du potentiel pour une telle approche. Ce n’est qu’un début, la vague internationale de nouvelles luttes féministes atteint également la Belgique’’.

Le 12 mars, la campagne ROSA a officiellement été lancée à Bruxelles. Là aussi les attentes furent dépassées. Peux-tu nous dire ce qui était marquant lors de cette journée ?

‘‘La journée de lancement de la campagne ROSA a été un énorme succès. Plus de 150 participants étaient présents, parmi lesquels de nombreux nouveaux visages. Les débats étaient passionnants. Ce qui m’a le plus fortement marqué, c’est de voir toutes ces jeunes filles qui refusent de subir le sexisme et qui veulent trouver un moyen de riposter ensemble. ROSA veut leur offrir un programme antisexiste et anticapitaliste couplé à des méthodes combatives. L’enthousiasme était épatant.

‘‘L’idée d’une approche inclusive a reçu un bel écho. Le féminisme a longtemps été présenté comme une lutte contre les hommes. Les jeunes générations considèrent plus les hommes comme des alliés. L’oppression des femmes ne découle pas de la ‘‘nature masculine’’, ce n’est pas non plus spécifique à une culture particulière et cela n’a rien à voir avec la manière de s’habiller. C’est le produit d’un système économique où tout est réduit à l’état de marchandise, même le corps humain. Une petite élite au sommet de la société a un intérêt à entretenir l’oppression des femmes pour protéger ses profits en divisant la population’’.

Quelle contribution la campagne ROSA veut-elle fournir dans les nouvelles luttes féministes ?

‘‘ROSA est un instrument de lutte et de débat. Ses activités ne seront couronnées de succès que si elles permettent à des femmes de s’organiser. ROSA a une approche spécifique pour lutter contre l’oppression, le sexisme et l’austérité en défendant la construction d’une autre société. Nous ne luttons pas seulement pour survivre, mais aussi pour vivre une vie plus épanouie. Comme le dit le poème ‘‘bread and roses’’ (slogan d’une manifestation des ouvrières textiles de Lawrence, dans le Massachusetts, en 1912), nous voulons du pain, mais aussi des roses.

‘‘J’invite bien entendu les lecteurs de Lutte socialiste et de socialisme.be à ne pas rester spectateurs mais à eux-mêmes s’impliquer dans la campagne. Réunissez vos collègues et amis au boulot, à l’école ou sur les campus et organisez de petites actions locales. Prévoyez de participer à la manifestation anti-Trump le 24 mai prochain, à l’occasion de sa venue en Belgique, afin d’y faire entendre un puissant message d’opposition au sexisme. Nous ne sommes qu’au début d’un nouveau mouvement de lutte pour les droits des femmes. A quoi ressemblera-t-il exactement ? Tout cela dépend notamment de votre implication’’.