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Des électeurs kurdes victimes de violences à l’ambassade turque

Photo: NavBel

Des affrontements ont eu lieu hier à l’ambassade de Turquie à Bruxelles. Actuellement, toutes les personnes de nationalité turque présentes en Belgique sont appelées à s’y rendre pour prendre part au référendum concernant les pouvoirs présidentiels. Le président turc Erdogan (AKP) veut renforcer son emprise sur la société mais, au vu des sondages, il a besoin du vote des Turcs européens pour y parvenir.

Aux dernières élections, 63% des Turcs belges ont choisi l’AKP d’Erdogan. En Flandre, il s’agissait même de 68%. Etant donné le plus grand soutien dont bénéficie Erdogan parmi les migrants d’origine turque en Belgique et aux Pays-Bas, ces derniers ont reçu l’attention du gouvernement turc pour cette campagne. D’autre part, des activistes ont également fait campagne en faveur du « non » à l’extension des pouvoirs présidentiels. Cette campagne a particulièrement été active à Bruxelles.

Les choses en sont venues jusqu’à l’affrontement hier au bureau de vote de l’ambassade de Turquie à Bruxelles. Des Kurdes qui se rendaient participer au vote ont été violemment agressés par des membres de l’extrême droite turque venus tenter d’intimider les électeurs favorables au « non ». Lors de cette attaque, une dame âgée d’une soixantaine d’années a reçu plusieurs coups de couteau. Elle a été emmenée d’urgence à l’hôpital pour y être soignée.

L’association kurde Navbel a déclaré dans un communiqué de presse: « Nous estimons que cette agression n’est en aucun cas un «incident» entre partisans et adversaires [d’Erdogan] comme les médias belges tentent de nous le faire croire. Il s’agit d’une provocation délibérée. Depuis quelques jours, il était dans l’air que « quelque chose » allait se produire. Depuis quelques jours, des personnes suspectes trainaient autour de l’ambassade. (…) Le président de NavBel, Mustafa Kumral, qui est également représentant du HDP et à ce titre autorisé à participer au processus de vote afin d’en vérifier le déroulement, a eu des contacts répétés avec la police de Bruxelles ces derniers jours pour les prévenir. Le jeudi matin, ces personnes étaient à nouveau présentes et le Président du NavBel a directement mis en garde l’ambassadeur. Il a réagi de manière laconique et s’est mis à rire de la menace. Ensuite, Mustafa a été en contact avec les représentants des autres partis politiques turcs, y compris l’AKP. Mais personne n’a rien fait. »

Il n’est pas question d’un « incident » ou d’un « conflit importé », comme essayent de la faire paraître les médias et le gouvernement. Les électeurs kurdes ont été délibérément attaqués et intimidés dans le cadre de la campagne du régime turc visant à accroître son pouvoir. Il est de notoriété publique que les militants kurdes sont impliqués dans la campagne du « non ». Aux dernières élections législatives, le parti de gauche pro-kurde HDP a été le deuxième choix des électeurs en Belgique.

NavBel appelle à ne pas céder à l’intimidation et à participer dans la paix et la dignité au référendum pour voter « non » à l’instauration d’un régime présidentiel. Dans son communiqué de presse, le NavBel souligne : « La lutte des Kurdes est une lutte pour la démocratie, les droits de l’homme, les droits nationaux et le socialisme. C’est une lutte pour l’émancipation des opprimés, un combat qui doit être mené ensemble et au niveau international. Nous ne pouvons pas regarder passivement la Turquie glisser vers une théocratie dictatoriale. Nous continuerons notre combat politique pour une société alternative, démocratique, féministe et socialiste radicale. »

Comme nous le faisons remarquer dans l’édition d’avril de notre mensuel Lutte Socialiste : “L’opposition turco-kurde doit (…) pouvoir faire appel au mouvement ouvrier et à tous les progressistes. La solidarité avec les représentants du HDP emprisonnés, le mouvement féministe et les grèves de protestation en faveur des droits démocratiques sont cruciaux pour contrer la division nationale et religieuse de la population dans l’Etat turc. De grandes mobilisations communes des Turcs, Kurdes, de la gauche européenne et des syndicats ainsi qu’une campagne commune dans les quartiers et les entreprises pour un ‘‘non’’ au referendum sont les réponses qu’il faut donner aux meetings organisés par le régime dans l’Etat turc et en dehors.” Cela est encore plus le cas aujourd’hui.