Avec Trump, l’opposition au capitalisme gagne en ampleur

Action de blocage à l’aéroport de New York contre le décret anti-immigration.

L’arrivée de Trump au pouvoir soulève de nombreuses questions et une grande indignation parmi les foules. Certains apprécient son image anti-establishment et son déni des règles établies. Nous comprenons bien qu’après le torrent d’illusions austéritaires, il y en ait qui trouvent une telle figure populiste rassurante. Mais nous devons immédiatement leur répondre : la rhétorique et la politique du nouveau président américain sont antisociales et représenteront un énorme pas en arrière pour la majorité de la population et particulièrement pour les diverses minorités. Nous voulons dévoiler ci-dessous ce qui se cache derrière son masque de rebelle et donner quelques éléments d’une politique qui s’en prendra réellement à l’élite actuelle.

Par Koerian (Gand)

Trump fera-t-il réellement ce qu’il a promis ?

Les mesures prises jusqu’ici par Donald Trump sont en effet souvent calquées sur ses promesses électorales. Il a supprimé les fonds fédéraux consacrés aux plannings familiaux pratiquant l’avortement, a lancé une offensive pour l’expulsion inhumaine des immigrés et il semble vraiment décidé à construire un mur entre le Mexique et les États-Unis. Sa politique est xénophobe et sexiste, clairement calibrée pour diviser la population et monter les diverses couches les unes contre les autres.

La majorité de ses électeurs n’ont toutefois pas voté pour lui parce qu’ils sont racistes ou sexistes, mais en réagissant à sa posture anti-establishment. Nous comprenons la frustration ressentie après des années d’une politique qui a volé aux pauvres pour donner aux riches et nous ne pensons pas que les électeurs de Trump ne sont que des gens stupides ou ignorants. Le dégoût est à juste titre profond contre le monde de Wall Street et ses agents politiques, Hillary Clinton en tête. En l’absence d’une alternative de gauche crédible, Trump a été en mesure d’exploiter ce sentiment.

Mais Trump n’est pas réellement anti-establishment. Il a voulu nommer Andrew Puzder, PDG d’une chaîne de fast-food, comme secrétaire au Travail (il a été poussé à se retirer depuis) ; son secrétaire au trésor est un ancien dirigeant de la banque d’affaires Goldman Sachs ; son secrétaire d’État (équivalent du ministre des Affaires étrangères) est le PDG de la multinationale pétrolière ExxonMobil. Même les estimations les plus conservatrices parlent d’un cabinet dont la fortune cumulée est supérieure à 6 milliards $, soit plus que celle d’un tiers des ménages américains !

Ses premières directives ont directement donné le ton. Il s’en est pris au système d’assurance santé en abrogeant ‘‘l’Obamacare’’, une tentative de l’administration précédente visant à rendre les soins de santé plus accessibles. Il a également supprimé des mesures visant à réguler les prêts immobiliers et a stoppé tout nouveau recrutement dans les services publics.

Trump utilise un populisme de droite afin d’appliquer une politique en réalité tout à fait pro-establishment. Ses mesures ne profitent qu’à la classe capitaliste des dirigeants d’entreprises et des actionnaires.

Un establishment divisé

Si Trump mène une politique qui bénéficie à l’establishment, comment se fait-il que les Démocrates, les dirigeants politiques occidentaux et les PDG d’entreprises telles que Facebook, Netflix et Google se soient prononcés contre lui ?

Depuis la crise de 2008, la classe capitaliste s’arrache les cheveux. L’establishment politique a renfloué les banques et en a fait payer le prix aux travailleurs par une vicieuse politique d’austérité. L’économie est cependant toujours en plein marasme, la croissance est à peine là, la spéculation se poursuit sans relâche et il n’y a pratiquement aucun investissement dans la production. La seule chose que l’austérité mondiale a provoquée, c’est une disparité croissante entre riches et pauvres. Les Démocrates, et notamment Hillary Clinton, ont plus que trempé dans la manœuvre.

Depuis lors, la résistance sociale s’est développée. Il suffit de penser au mouvement Occupy Wall Street, à celui des Indignés, au mouvement contre la Loi travail en France, au mouvement social grec,… L’establishment capitaliste a donc de plus en plus recouru au populisme de droite afin de diviser la population et donc la résistance. Il n’y a pas que Trump, Marine Le Pen ou Filip Dewinter qui instrumentalisent le racisme, le sexisme et l’homophobie. Il y a aussi la NV-A, les Républicains (LR) français, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte et beaucoup d’autres qui ont dernièrement essayé de faire avaler leurs politiques néolibérales en noyant l’opposition sous la haine. Quasiment tous les politiciens européens ont réagi avec indignation contre le projet de mur de Trump à la frontière mexicaine, mais des milliers de personnes se noient chaque année dans les eaux de la Méditerranée en conséquence de la politique d’asile européenne tandis que des millions de réfugiés sont pris au piège parfois dans un froid glacial et dans des conditions inhumaines aux portes de l’Europe. Les politiciens traditionnels peuvent bien se dire plus intelligents ou plus progressistes que Trump, ils n’en sont pas moins responsables d’une politique similaire.

Le véritable problème des politiciens traditionnels vis-à-vis de Donald Trump, c’est sa politique protectionniste. Trump veut se recentrer sur les États-Unis et il s’oppose au libre marché mondialisé. Il a dès lors mis fin au Traité Trans-Pacifique (TTP), un accord de libre-échange que les États-Unis devaient conclure avec certains pays asiatiques. Trump tente de défendre les intérêts d’un petit groupe de sociétés américaines principalement orientées vers le marché national et qui sont devenues si grandes et si puissantes qu’elles n’ont encore que peu d’intérêt dans un marché libre. Il représente les intérêts d’une partie de l’établissement à la recherche d’une alternative au néolibéralisme pour être capable de continuer à s’en prendre efficacement aux conditions de travail et aux conquêtes sociales.

Pour des entreprises à vocation internationale comme Facebook ou Netflix ou pour des concurrents étrangers, cette politique protectionniste est naturellement un problème. Lorsque Clinton, Merkel, Zuckerberg et ses associés se prononcent contre Trump, ce n’est pas par souci du sort des Américains ordinaires. Ils le font pour défendre les intérêts de leurs entreprises ou de leur élite nationale, ce qui signifie, pour eux, défendre une économie davantage orientée vers l’exportation favorable aux grandes entreprises internationales adhérant aux politiques néolibérales.

Nous ne nous positionnons ni derrière le néolibéralisme, ni derrière le protectionnisme, ni derrière Clinton, ni derrière Trump. Ce ne sont que des manifestations d’un système capitaliste à la recherche de la meilleure stratégie pour assurer les profits de la classe capitaliste. Nous ne voulons pas que notre opposition à Trump soit associée aux politiciens marionnettes des grandes entreprises. Nous adoptons au contraire une position d’indépendance de classe.

Que signifie le fait d’adopter une position d’indépendance de classe ?

Nous voulons défendre les intérêts de la classe des travailleurs, mais nous ne pouvons pas le faire en dépendant d’un parti ou d’un programme politique capitaliste. Plus de 43 millions d’Américains vivent aujourd’hui dans la pauvreté, la dette des étudiants atteint 1200 milliards de dollars et environ 650.000 personnes sont sans abri. Pendant ce temps, le 0,01% le plus riche possède plus de 10% des richesses ; des entreprises aux juteux bénéfices comme Wal-Mart ou McDonald’s payent des salaires de misère à leurs employés. Opposions-y la nécessité pour notre classe d’instaurer un salaire minimum décent d’au moins 15$ de l’heure, un enseignement gratuit, des soins de santé accessibles, des loyers moins élevés,… Pour cela, il faut aller chercher l’argent là où il se trouve: chez les riches et leurs entreprises. Il nous faut un programme qui réponde aux besoins de la majorité de la population et qui opère une redistribution des richesses de grande envergure, un programme socialiste.

Tout cela est-il réaliste ?

Alors qu’il concourait contre Hillary Clinton aux primaires démocrates, Bernie Sanders a été capable de lever 220 millions $ sans accepter un seul cent des grandes entreprises ou de riches donateurs. Sur base d’un programme de gauche, il a enthousiasmé une large couche d’Américains. Les sondages ont montré qu’il aurait été bien plus en mesure de vaincre Trump qu’Hillary Clinton. Notre organisation sœur américaine, Socialist Alternative, a appelé Sanders à se présenter comme candidat indépendant par rapport au Parti démocrates et à construire une large alternative de gauche capable de donner une expression politique aux mouvements sociaux. Se baser sur ces derniers est la seule façon de concrétiser un tel programme. Des millions de personnes sont descendues dans les rues le jour de l’inauguration de Trump, le mouvement Black Lives Matter (contre la violence et les meurtres racistes de la police) organise encore de grandes couches de la société contre la discrimination et la brutalité policière, et le sentiment anti-Wall Street est plus présent que jamais. C’est la lutte – notamment la grève des chauffeurs de taxi – qui a permis de mettre suffisamment de pression pour vaincre le décret anti-immigration de Trump. Cette masse d’Américains qui entrent en action réduit l’espace dont dispose Trump pour mettre en œuvre ses politiques antisociales.

Un parti de lutte qui pourrait unifier ces différents mouvements et les organiser sur la base d’un programme socialiste disposerait du poids nécessaire pour changer la société de fond en comble et retirerait également l’appui sur lequel repose le populisme de Trump. Finalement, toutes les couches de la classe des travailleurs, noirs ou blancs, femmes ou hommes, LGBTQI ou non, réfugiés ou non, migrants ou non, etc. ont les mêmes intérêts. Ce n’est que par une lutte unitaire menée contre l’élite capitaliste qu’il sera capable de surmonter les divisions instrumentalisées par Trump pour construire une société où les besoins primordiaux de la majorité de la population seront satisfaits. C’est pourquoi Socialist Alternative appelle dans un premier temps à 100 jours de lutte, de grèves, de sit-in et d’occupation à travers tout le territoire américain.

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