Briser le dumping social par des revendications offensives!

‘‘On commence une course vers le bas. Les gens ne seront probablement satisfaits qu’au moment où on le fera gratuitement.’’ Ce n’est pas dans nos habitudes d’utiliser une citation de Bart De Wever. Ce dernier ne parlait cependant pas de secteurs tels que la construction ou le transport, là où les salaires de 6 ou 7€ de l’heure ne font pas exception. Non, De Wever voulait protéger son propre secteur et les revenus annuels d’au moins six chiffres avant la virgule. Sa déclaration correspond toutefois au sentiment de nombreux travailleurs: les patrons ne seront satisfaits que lorsque leurs employés bosseront gratuitement. Leurs marionnettes politiques grassement payées font tout leur possible pour y arriver.

Le secteur de la construction recourt régulièrement aux sous-traitants, qui eux-mêmes font appel à des sous-traitants pour utiliser les travailleurs d’Europe de l’Est. Dans le secteur des transports, des milliers d’emplois ont été perdus alors que le nombre de camions a augmenté sur nos routes. En cinq ans, 6.500 chauffeurs ont perdu leur emploi, mais beaucoup de camionneurs sont venus d’Europe de l’Est. Ils vivent souvent des semaines durant dans leur camion, prestent de longs et pénibles horaires et sont terriblement peu payés. Les salaires de 6 ou 7€ de l’heure ne font pas exception.

Les patrons défendent pour eux-mêmes la logique selon laquelle leurs plantureux salaires leur permettent d’être ‘‘compétitifs’’. Mais dès lors qu’il s’agit de nos salaires, être ‘‘compétitif’’ comporte soudainement un sens différent ! Où donc se terminera cette course vers le bas ? À l’esclavage ? La situation des chauffeurs d’Europe de l’Est est telle qu’on la décrit : des ‘‘esclaves de la route.’’

Pour stopper le dumping social, il nous faut un mouvement des travailleurs fort qui défende des revendications offensives. Le problème, ce n’est pas le conducteur roumain, c’est son salaire. L’égalité de rémunération et de conditions de travail pour un même travail est une exigence fondamentale. Sans cela, nous serons toujours montés les uns contre les autres. Pour faire respecter cela, les syndicats ont de toute urgence besoin de structures européennes et internationales efficaces. Les patrons et leurs amis politiques sont organisés dans l’Union européenne, qu’attendons-nous pour faire de même de notre côté ?

Celui qui doute encore du rôle de l’UE doit jeter un coup d’œil à sa proposition de réforme du statut des dockers. Cette dernière prévoit de leur faire subir un dumping social similaire à celui des secteurs du transport routier et de la construction. Ce dumping est dans la suite logique de la ‘‘liberté de prestation des services’’ qui permet aux entreprises de toute l’UE d’offrir leurs services.

Aujourd’hui, le dumping social est principalement organisé par des sociétés fictives censées être basées en Europe de l’Est, mais qui œuvrent en réalité ici, aux conditions d’Europe de l’Est. À chaque fois qu’un pas en avant est fait vers plus de contrôle, les autorités répondent qu’il ne leur est pas possible de s’en prendre à des entreprises qui ne sont que des boites aux lettres. Les syndicats du secteur de la construction appellent, entre autres, à l’enregistrement de toutes les personnes présentes sur les chantiers ou même à limiter la chaîne de sous-traitance à un maximum de deux chainons. Dans le transport, c’est la revendication ‘‘à travail égal, salaire égal’’ qui résonne particulièrement. L’application de la législation du pays à chaque travailleur où il travaille est une bonne première étape.

Ce sont des revendications légitimes, mais nous ne pouvons compter que sur nos forces pour les imposer. Il nous faut un plan d’action et une bonne stratégie pour stopper la politique de dumping social en Europe. Des journées européennes d’action peuvent être utiles, mais quand aurons-nous finalement une journée de grève européenne pour nous faire entendre ? Bien sûr, l’absence de telles actions ne devrait pas être une excuse pour ne rien faire au niveau national. Avec les travailleurs de différents secteurs, nous pouvons nous concentrer sur les nouveaux esclaves. La solidarité entre secteurs est importante: la pression à la baisse sur les salaires et conditions de travail est au final ressentie par nous tous.

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