Ils empochent, nous payons

Ces dernières semaines, des politiciens ont été cloués au pilori les uns après les autres. Alors que les travailleurs et leurs familles doivent se serrer la ceinture en permanence, et d’autant plus depuis le début de la crise en 2008, les politiciens des partis traditionnels s’enrichissent sans vergogne. Ils sont si étroitement liés à la culture de la cupidité qu’ils ne comprennent même pas que les gens entrent en colère en entendant les sommes astronomiques qu’ils empochent. ‘‘Dans le privé, on gagne plus’’ ou ‘‘à l’étranger, ils gagnent plus’’, disent-ils pour se défendre.

Par Eric Byl

Contrairement à ce qui est généralement admis, la révolution commence habituellement au sommet de la société. Cette fois, le Raspoutine de service fut le gourmand bourgmestre d’Uccle Armand De Decker. Il a été question de ses liens douteux avec la mafia russe et le dictateur kazakh Nazarbaïev, du rapport avec le scandale Tractebel, de Sarkozy, de la sûreté d’Etat, et enfin d’une transaction pénale servant à éviter un procès grâce à une rapide adaptation de la loi. Voici maintenant venir des pontes du MR comme Serge Kubla, et même Didier Reynders. Quels sont précisément les petits jeux politiques qui sont à l’oeuvre, nous ne le saurons sans doute jamais. Mais nous ne serions pas surpris que l’objectif du MR – bien au courant de ce qui se passe à Publifin puisque les libéraux y sont eux-mêmes plongés jusqu’au cou – était de détourner l’attention de ses propres affaires. Quoi qu’il en soit, le fait que le PS et le CDH soient passés maîtres dans le jeu de l’auto-enrichissement n’a rien de neuf.

La réaction de la N-VA était très remarquablement mesurée. Seul Siegfried Bracke n’a pu résister à la tentation de remuer la boue du SP.a à Gand suite à l’éclatement du scandale Publipart. Cela a du coup quelque peu gêné le VLD, son partenaire de coalition : c’est ce qu’on appelle un ‘‘dommage collatéral’’. La crise a éclaté au SP.a, mais ces troubles ont aussi fait émerger les profits et les conflits d’intérêts de la figure politique la mieux payée du pays, Siegfried Bracke (N-VA) lui-même. Ancien journaliste de haut vol, il n’a pourtant rien trouvé de mieux à dire que ses postes dans les entreprises privées et ses belles rémunérations ne nous regardent pas… et qu’il ne sait pas lui-même quelles sommes se trouvent sur son compte en banque ! Est-ce lui qui a conseillé De Wever avant que ce dernier n’accuse Groen de discréditer la profession de politicien par ses critiques ? Ou pour protéger l’échevin anversois Koen Kennis avec son salaire mensuel de 7.700 € nets auxquels s’ajoutent 1.500 € de frais professionnels ?

Pour Groen qui, tout comme Écolo, est beaucoup moins impliqué dans le cumul des mandats rémunérés, l’attaque de De Wever est une aubaine. Le plus grand gagnant est toutefois le PTB/PvdA. Le principe que ses élus ne gagnent pas plus que le salaire moyen des travailleurs prend maintenant tout son sens. Sa proposition que les administrateurs des intercommunales remboursent les sommes perçues est chaudement accueillie dans de nombreux ménages. Mais les partis traditionnels n’en veulent pas et espèrent que la transparence suffira à éteindre le feu. La NV-A et le VLD essayent simultanément de détourner l’attention. Ils prétendent trouver une solution à l’opacité des intercommunales en les bradant le plus possible au secteur privé (VLD) ou en fusionnant toutes les intercommunales en une entreprise (N-VA).

Cependant, il n’y a rien de mal à ce que les communes oeuvrent ensemble pour assurer le service à la population. Il n’y a rien de mal non plus à ce qu’un contrôle politique soit exercé, bien au contraire. Mais pourquoi donc les échevins, bourgmestres et conseillers communaux doivent-ils recevoir des compensations pour effectuer leur travail ? Les travailleurs ne reçoivent pas de compensations pour faire leur travail. Ils ont droit tout au plus à une prime pour le travail de nuit, le travail en équipe ou le travail risqué. Les rémunérations excessives ont surtout été introduites quand les intercommunales purement publiques sont progressivement devenues des intercommunales mixtes (avec des capitaux privés). Alors est venue l’habitude d’acheter de l’influence politique avec des postes bien rémunérés dans les conseils d’entreprises, comme c’est en général le cas dans le secteur privé.

Marx avait fait remarquer que l’une des caractéristiques du capitalisme est de tout transformer en marchandise, y compris les ressources naturelles déjà disponibles gratuitement. Le libre marché et la liberté de concurrence sans entraves exigent une législation souple pour contourner les obstacles environnementaux, sociaux et politiques.

Cela se fait légalement lorsque c’est possible, mais illégalement quand c’est nécessaire. Voilà d’où provient l’achat d’influence politique par le biais de mandats lucratifs. Le problème ce n’est pas les intercommunales en elles-mêmes : c’est l’achat d’une influence politique. Ce qui est inextricablement lié au principe même du libre marché, et qui constitue la pierre angulaire du capitalisme.

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