Projet d’accord interprofessionnel : négocier ou lutter ?

Ce 11 janvier, le Groupe des 10 (lieu de concertation sociale entre organisations syndicales et patronales) est parvenu à un projet d’accord interprofessionnel qui prévoit une marge salariale de 1,1% sur les deux prochaines années hors indexation et augmentations barémiques. La base s’est prononcée sur ce projet pour le 31 janvier.

Par une militante SETCa

Du côté syndical, on ne fanfaronne pas mais on met quand même en avant qu’on a obtenu le maximum possible, que la concertation sociale a à nouveau le pied à l’étrier. Et qu’un signal clair aurait été donné aux politiques que cette concertation sociale n’est pas leur apanage mais celui des patrons et syndicats.

Toute la question est de savoir s’il n’est pas illusoire de penser pouvoir convaincre un gouvernement de type thatchérien de l’utilité de la concertation. On a pu observer le résultat d’une telle position fin 2014. En effet, alors que la lutte sociale était à un point d’orgue et que le gouvernement vacillait, favoriser la concertation n’a certainement pas empêché les nombreuses attaques contre le mouvement ouvrier qui ont suivi !

Ne s’agit-il pas à nouveau de concéder quelques miettes pour poursuivre l’attaque encore plus fortement ? Le dossier du refinancement de la sécurité sociale peut nous faire craindre le pire. Les patrons contribuent de moins en moins aux prestations sociales (avec nos salaires indirects) et mettent notre sécurité sociale en danger. Nos salaires différés fondent comme neige au soleil. Il s’agit là de transferts vers les plus fortunés qui ont pour conséquence de laisser de plus en plus de personnes sur le carreau.

Le gouvernement veut nous convaincre de sa force mais ce n’est que poudre aux yeux. Chaque sondage confirme son recul. La rhétorique anti-grève agressive du gouvernement n’est pas la réalité du terrain. Le potentiel est là, nous avons pu le voir au travers des dernières manifestations du non-marchand et même des militaires.

C’est au travers de nos actions que nous pourrons le mieux nous faire entendre. Il est vrai que quelques ajustements importants et nécessaires font partie du projet d’accord, notamment en matière de R.C.C. et d’augmentations des minimas sociaux mais on reste dans une logique d’acceptation de l’enrichissement du même petit groupe au détriment de la majorité.

Obtenir 1,1 % de progression salariale pour les travailleurs dans un contexte où la logique patronale s’impose par l’idée que les travailleurs belges auraient une « dette historique » au nom de la compétitivité ne peut nous satisfaire. En effet, la révision de la loi de 1996 légalisant les sauts d’index nous impose de rattraper le ‘‘handicap salarial’’ d’avant 1996, sous prétexte que nous avons rattrapé l’écart par rapport à nos voisins (France, Allemagne, Pays-Bas) pour la période de 1996 à 2016 ! L’homme de proue de la Fédération des entreprises belges (FEB), Timmermans, a noté que la marge salariale de 1,1% est ‘‘dans son ensemble 0,4 à 0,5% moindre que les augmentations de salaire prévues dans les pays voisins.’’ Avec les nouveaux cadeaux fiscaux aux entreprises issus du tax-shift, la FEB estime que le ‘‘handicap salarial’’ diminuera de 1% en 2017-2018.

On le voit, faire des efforts ne nous donne qu’une seule garantie, celle d’avoir à en faire davantage. Et ceci, alors que les dividendes et les réductions de cotisations patronales ne font qu’augmenter.
Les inégalités ne font que s’accroître. Nous l’avons vu avec le dernier rapport d’Oxfam dans le cadre du Forum économique mondial de Davos, ‘‘Une économie au service des 99 %’’, qui souligne que les huit hommes les plus fortunés au monde possèdent autant que la moitié de la population mondiale.

Nous ne pouvons accepter la poursuite de cette politique d’austérité qu’on nous impose sous prétexte de création d’emplois alors que nous voyons clairement le rouleau compresseur qui s’abat sur nous : les licenciements collectifs se succèdent, les services publics subissent des attaques sans précédent, les travailleurs voient leur carrière allongée, les malades sont mis sous pression pour réintégrer leur entreprise quel que soit leur état de santé, les crédits-temps sont réduits à peau de chagrin… Comment une telle politique serait-elle créatrice d’emplois de qualité?

Nous assistons à une généralisation des emplois précaires et à des exclusions massives du chômage. De nombreux allocataires disparaissent ainsi des radars ce qui permet au gouvernement de manipuler les chiffres du chômage. Le taux d’emploi n’augmente pas, mais le taux de chômage diminuerait? Non, l’austérité, ça ne fonctionne pas !

Luttons pour une alternative et une approche offensive de la part des syndicats !

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