Construire un mur de protestation contre Trump et le populisme de droite

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis ne manquera pas d’avoir de profondes conséquences à travers le monde. Nous avons déjà largement analysé le résultat de son élection sur socialisme.be et ailleurs dans ce journal. Nous abordons ci-dessous quelques questions-clé.

Article d’Eric Byl

Trump a été élu démocratiquement, ne devons-nous pas respecter la volonté du peuple américain ?

Seule la moitié des électeurs américains a participé au vote. Un quart des électeurs ont voté pour Trump, un bon million de voix de moins que pour Clinton, mais Trump a bénéficié de plus de vote de la part de grands électeurs. En dehors de ça, les élections sont aujourd’hui en grande partie déterminées par l’accès aux médias et à la publicité, ce qui nécessite des réseaux influents et beaucoup d’argent. Elles ne donnent qu’un reflet très déformé de la “volonté du peuple”. Cela vaut pour chaque pays capitaliste mais à fortiori pour les USA.

Trump est richissime et Clinton a bénéficié du soutien de Wall Street. Bernie Sanders, en revanche, a récolté pas moins de 220 millions de dollars sans que le moindre cent ne provienne des grandes entreprises. Les primaires démocrates ont dû être falsifiées pour le mettre hors course. Tout indiquait que Sanders aurait gagné sans difficultés contre Trump. Selon l’agence de presse Reuters, le jour des élections, 72% des électeurs interrogés voulaient mettre fin au pouvoir des riches ! C’est Sanders qui reflétait le mieux cet état d’esprit et Clinton le moins. En l’absence de Sanders, le milliardaire Trump a pu s’ériger en unique candidat anti-système toujours en course.

Trump est raciste et sexiste mais ne va-t-il pas désormais prendre des atours “présidentiels” ?

Il est vrai que directement après son élection, Trump a adopté un ton plus conciliant, mais pour qui ? Sa promesse de supprimer la minime régulation du secteur bancaire est un cadeau offert à Wall Street. La diminution d’impôts de 5.500 milliards de dollars reviendrait à 83% pour les 20% les plus riches et à 50% pour le 0,1%. Clinton n’était plus menacée de prison et est soudain devenue une “digne adversaire”. En bref, Trump veut se réconcilier avec Wall Street, les Clinton et le 1% au sommet de la société.

Parallèlement, il a reconfirmé son intention de construire un mur à la frontière mexicaine, il veut remettre en cause le droit à l’avortement et déporter trois millions de sans-papiers ces deux prochaines années. Pour que tout doute soit levé, il a nommé Steve Bannon chef de sa stratégie. Bannon est issu de cette vielle droite qui prône un conservatisme de droite dure, la suprématie blanche, l’antisémitisme, le sexisme et l’homophobie. Bannon traîne aussi derrière lui une accusation de violence conjugale.

Est-ce positif que Trump veuille revoir l’ALENA, le TPP et le TTIP ?

Trump a, en effet, promis, en contradiction avec ses prises de positions antérieures, de récupérer des entreprises sur le sol américain. Pour cela, il veut revoir ou révoquer des accords commerciaux et faire condamner la Chine pour manipulation des cours de change au risque de lancer des guerres commerciales. Je suis curieux de voir si les choses en arriveront là. Si les Républicains doivent se focaliser sur une chose, c’est bien de mettre Trump au pas dans ce domaine.

Mais même si Trump voulait renoncer à l’ALENA (accord de libre-échange nord-américain), au TPP (accord de libre-échange transpacifique) et/ou au TTIP (accord de libre-échange transatlantique), ce ne serait pas pour brimer le règne des multinationales et donner à la collectivité son mot à dire concernant l’économie et encore moins lui en donner le contrôle. Tout comme le libre commerce sous le capitalisme implique la casse des conditions de travail et des salaires, le protectionnisme de Trump servira aussi l’intérêt des 1% les plus riches.

Trump n’est-il pas moins belliqueux que Clinton et Obama?

Trump souhaite entretenir de meilleures relations avec Poutine de même qu’avec le président Nord-Coréen et remettre en question l’article 5 de l’OTAN qui stipule qu’une attaque contre un Etat-membre constitue une attaque contre tous. Cela peut donner l’impression que Trump est moins belliqueux que Clinton ou Obama. Ne nous faisons pas d’illusions, n’oublions pas non plus que Trump soutient avec enthousiasme la colonisation de la Cisjordanie et le régime de Netanyahu tandis qu’il veut dénoncer l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Trump prétend qu’il ne voudra jamais être le premier à utiliser une bombe atomique mais son budget de défense est plus qu’un cadeau au complexe militaro-industriel. Maintenant que l’hégémonie des USA est en déclin, il veut “ rendre sa grandeur à l’Amérique”. C’est le discours de dirigeants autoritaires comme Poutine et Erdogan qui n’ont pas vraiment fait progresser la paix. De plus, Trump incite les Etats-membres de l’OTAN à accroître leurs propres dépenses militaires. Toute sa politique rend la perspective de conflits armés plus proche.

Renforcement de la droite populiste ou fouet de la contre-révolution ?

Il n’y a pas d’action sans réaction. L’élection de Trump est une catastrophe. Il veut supprimer l’assurance-maladie obligatoire, limiter les prêts pour les études, dénoncer les accords sur le climat et autoriser l’exploitation de réserves naturelles. La droite populiste en Europe se sentira renforcée et ira à l’offensive avec plus de confiance en elle.

Pour la bourgeoisie internationale, ce n’est pas le premier choix, tout au plus l’unique échappatoire possible maintenant que les partis traditionnels perdent toute crédibilité du fait de leur politique néolibérale incessante de casse sociale et d’augmentation des inégalités. Elle est cependant consciente de la faiblesse et du manque de perspective de son système, du désordre que la droite populiste va laisser derrière elle et de la force potentielle du mouvement ouvrier. C’est précisément pour cela qu’elle craint l’arrogance et les provocations de la droite populiste. Cela peut ériger un mur de protestation et dans ce processus, le soutien massif pour des conceptions socialistes pourra être reconstruit.

Partager : Imprimer :