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SNCB : la campagne de criminalisation des droits syndicaux bat son plein

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Gouvernement et direction entendent limiter le droit de grève par tous les moyens possibles. Exclusion des petits syndicats, service minimum, poursuites judiciaires… Les attaques se succèdent contre les organisations de travailleurs, laissant présager l’arrivée de nouvelles mesures antisociales.

Par un cheminot de Libre Parcours (*)

Le mouvement syndical ayant historiquement un poids lourd au sein des chemins de fer, les thatchériens au pouvoir multiplient les attaques pour l’affaiblir. Au nom de la ‘‘modernisation’’ de la société, tous les moyens sont bons pour criminaliser la contestation. Une stratégie qui vise à miner la capacité de résistance des syndicats, et donc à préparer les futures charges contre les conditions de travail avec, en ligne de mire, la libéralisation du secteur.

Le service minimum : une attaque en règle contre le droit de grève

Annoncée dès la formation du gouvernement, la mise en place du service minimum fait office de mesure phare. Le ministre Bellot a lancé la date du 31 décembre comme ultimatum pour que syndicats et direction trouvent un accord sur ses modalités. S’il n’y a pas de compromis – ce vers quoi on se dirige – le gouvernement passera en force. Plusieurs scénarios sont possibles, mais l’un d’eux est plus probable le délai de préavis serait allongé de 10 à 12 jours et chaque cheminot devrait prévenir 72 heures à l’avance s’il compte participer à la grève ou non.

Une méthode qui permettrait bien entendu aux directions d’intensifier la pression individuelle sur les candidats à la grève. En fonction des effectifs prévus, une sorte de plan de transport minimum (desservant principalement les grandes lignes) serait organisé. La SNCB passerait un accord spécial avec le SPF Santé publique pour contrôler les malades le jour de la grève, afin de lutter contre les ‘‘certificats de complaisance’’ avec des sanctions lourdes à la clé. Sur les piquets, les travailleurs qui perturberaient le trafic des trains seraient lourdement mis à l’amende.

La mise en pratique de ce plan sera bien entendu beaucoup plus complexe que le gouvernement ne le laisse présager. Une forte participation à la grève de certaines fonctions-clés parviendrait quand même à bloquer le trafic. Le nombre limité de trains qui circuleront seront sans doute bondés, causant retards et mécontentement chez les voyageurs, voire problèmes de sécurité. Le service minimum tel que vendu par les professionnels de la communication qui nous gouvernent sera probablement plus un rêve qu’une réalité.

Il ne faut cependant pas sous-estimer la détermination de ce gouvernement. Si la mise en pratique de ce plan s’avère chaotique, mais que personne ne s’y oppose, la majorité pourrait être tentée d’aller plus loin. Des réquisitions ne sont pas à l’ordre du jour, mais l’expérience nous a montré que rien n’est impossible quand la droite dure n’a pas face à elle la résistance organisée des travailleurs. Si certains projets de la direction sont d’évidence foireux, cela ne peut pas servir d’excuse pour ne pas organiser la résistance : leur laisser le champ libre est un jeu très dangereux.

Exclusions et intimidations des syndicalistes

Mais le passage en force sur le service minimum pourrait n’être que l’arbre cachant la forêt. Depuis le vote d’une nouvelle loi le 3 août dernier, le Syndicat Indépendant pour Cheminots (SIC) et le Syndicat Autonome des Conducteurs de Trains (SACT) – deux syndicats minoritaires – ne sont plus reconnus comme ‘‘organisations agréées’’. Conséquences : ils sont désormais exclus de certains organes de concertation et ne peuvent légalement plus déposer de préavis de grève. Le gouvernement et les directions à son service ont donc décidé, en tant qu’employeurs, de la possibilité et de la méthode avec lesquelles les travailleurs peuvent s’organiser. Le droit à la grève – un droit collectif généralement et explicitement reconnu comme un droit humain – est ainsi bafoué.

Depuis plusieurs années, nous assistons aussi progressivement à l’apparition de techniques d’intimidation des syndicalistes. Les huissiers de justice sont dorénavant systématiquement envoyés sur chaque piquet de grève au nom de la sécurité. Un délégué syndical actif est poursuivi en justice pour avoir prétendument agressé une femme enceinte à un piquet. Un autre est accusé d’avoir saboté criminellement des voies de chemin de fer ! Autant de mensonges éhontés qui illustrent que les directions du rail sont à présent prêtes à tout pour affaiblir les syndicats.

Tout comme dans les autres secteurs, la résistance à la criminalisation de nos droits doit être organisée du mieux possible. Cela commence par un plan d’information à destination des usagers et des cheminots, pour que les enjeux soient correctement compris. Nous devrions alors mettre toutes nos forces dans la mise en place d’un nouveau plan d’action étalé dans le temps et allant crescendo, avec des objectifs clairs et en y impliquant un maximum de monde.

(*) www.libreparcours.net]]>