Sans-papiers. Le gouvernement veut décapiter le mouvement

La politique répressive du gouvernement vis-à-vis des sans-papiers est passée à la vitesse supérieure il y a un an. Le secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations Théo Franken (N-VA) ne se contente pas d’une rhétorique raciste et stigmatisante, il joint les actes à la parole.

Par Pietro (Bruxelles)

Le ‘‘Plan Canal’’ du ministre Jambon vise officiellement à ‘‘combattre l’islamisme et la radicalisation’’. Mais le gouvernement s’en est délibérément saisi pour attaquer le mouvement des sans-papiers en investissant sans mandat l’occupation de la Voix des sans-papiers (VSP) à Ribeaucourt (Molenbeek) qui était alors en cours de déménagement. Le lundi 19 septembre, en pleine nuit, la police a violemment évacué le bâtiment avec des moyens complètement disproportionnés : plusieurs dizaines de combis et de policiers en plus d’un hélicoptère, tout ça pour 12 personnes qui dormaient ! Cette évacuation et l’enfermement de 12 militants de la VSP ne doivent rien au hasard.

Cette opération représente une attaque politique menée par les autorités publiques dans le but de décapiter le mouvement bruxellois des sans-papiers qui s’organise depuis maintenant plusieurs années. Ces 12 militants, pour la plupart déjà expulsés à l’heure actuelle, étaient d’importantes figures de la lutte. Parmi eux se trouvait notamment Sow Diallo, militant syndical de la FGTB très impliqué dans le mouvement et porte-parole du ‘‘Collectif Ebola’’ (réunissant des sans-papiers originaires des pays frappés par la maladie).

Cette offensive rappelle tristement l’affaire Hamed Karimi. Le 2 mars dernier, Hamed, réfugié afghan présent en Belgique depuis 12 ans, était arrêté par la police à la sortie de l’occupation du ‘‘Collectif des Afghans’’ à Etterbeek. Interné quelques jours au centre fermé de Vottem (Liège), le porte-parole du collectif qui réclamait un moratoire sur les expulsions vers l’Afghanistan fut expulsé sans recours possible vers l’Afghanistan, alors qu’il est de notoriété publique qu’il ne s’agit pas d’un pays sûr.

En plus des injustices que subissent les sans-papiers en termes de droits et de l’exploitation dont ils sont victimes, les militants sans-papiers sont ciblés par de véritables rafles dans les seuls espaces d’expression politique qu’ils leur restent. À quelle période de l’Histoire cela fait-il penser ?

L’arrestation de ces 12 militants est la conséquence directe de la politique migratoire raciste du gouvernement et du secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations, Theo Francken. La répression est croissante et vise à miner le mouvement des sans-papiers à ses bases. Le gouvernement n’attaque pas simplement les occupations des sans-papiers : il enferme les leaders du mouvement, il organise des descentes musclées dans les quartiers populaires et distribue même des amendes aux ASBL qui défendent les sans-papiers en se portant garants pour les occupations.

La riposte aussi doit passer à la vitesse supérieure !

Cette approche est une volonté politique où ils choisissent de laisser les sans-papiers dans une situation irrégulière, à la merci de l’exploitation d’employeurs-abuseurs. Cela revient à favoriser le dumping social et la pression sur les conditions de travail et de salaire de tout un chacun.

Répondre aux durcissements de ces politiques signifie remettre en route le mouvement des sans-papiers, avec la coordination des sans-papiers et tout le soutien possible. Il faut reconstruire l’unité et la solidarité avec toutes les couches de la société victimes de ce gouvernement. La lutte contre la répression doit être élargie à celle qui s’élève contre les politiques d’austérité. La solution réside dans la construction d’un mouvement généralisé des demandeurs d’asile, des sans-papiers, des syndicalistes, etc.

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