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Etat espagnol. Congrès historique du Sindicato de Estudiantes

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Les 19 et 20 novembre dernier, 300 jeunes militants issus de pas moins de 26 villes espagnoles – accompagnés de dizaines de syndicalistes et de militants de la classe ouvrière – se sont réunis à Madrid à l’occasion du 18e congrès du Sindicato de Estudiantes (Syndicat des étudiants, SE). Divers membres et représentants du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO), parmi lesquels le secrétaire général du Socialist Party Peter Taaffe, ont eu le privilège d’y assister. Cette rencontre historique pour tous ceux qui y ont participé fut une étape décisive dans la lutte contre le nouveau gouvernement minoritaire du Parti Populaire (PP). Une nouvelle grève générale étudiante avait été appelée par le SE pour le 24 novembre et, quelques jours plus tard, le gouvernement reculait quant à l’instauration des «revalidas» (voir notre article à ce sujet). Cet article a initialement été publié avant la tenue de cette deuxième grève générale étudiante.

Fondé en 1986 et forgé dans la chaleur d’un autre mouvement étudiant historique qui a battu le gouvernement de Felipe Gonzalez, le Sindicato de Estudiantes est aujourd’hui à l’épicentre de la lutte de classe. Il a mobilisé et organisé la grève générale des étudiants du 26 octobre (26O) à laquelle deux millions d’étudiants ont participé tandis que plus de 200.000 d’entre eux défilaient dans les rues.

Face à un gouvernement hésitant, la victoire à portée de main

Le 26O a ouvert une brèche dans la situation, brisant la «paix sociale» étouffante des dernières années. Dans son discours d’ouverture, Ana Garcia, secrétaire générale du SE, a expliqué que la lutte contre les attaques antisociales dans l’enseignement et particulièrement contre les examens de «revalidation» anti-ouvrières est vite devenue le dossier le plus problématique du nouveau gouvernement. A la veille de la tenue de ce congrès, la presse parlait du retrait imminent des «revalidations». Même des ministres l’ont laissé.

Ana et d’autres, cependant, ont répondu correctement: « Nous n’en croyons pas un mot. Jusqu’à ce que cela soit officiel, nous continuons la lutte. » Le 24 novembre, le SE va de nouveau vider les salles de classe et remplir les rues avec une autre grève générale étudiante. Si le gouvernement commençait son mandat avec une nouvelle défaite face à la campagne de mobilisation du SE, cela aurait un énorme impact. Le message que la lutte menée avec des méthodes militantes est payante ne sera pas oublié dans les rangs du mouvement syndical. La politique de paix sociale et de collaboration de classe des dirigeants syndicaux n’a pas obtenu de tels résultats.

Francisco Garcia, secrétaire général du syndicat des enseignants CCOO, de loin le plus important syndicat d’enseignants du pays, a pris la parole devant le congrès. Sa direction avait échoué à s’associer avec les étudiants pour faire du 26O une grève générale de tout le secteur de l’éducation, en dépit de l’intense pression exercée à cette fin. Il a toutefois été contraint de reconnaître le succès de la grève et de louer le rôle du SE en tant que principal représentant des étudiants en lutte. Il a également exprimé son soutien à la grève du 24 novembre mais, encore une fois, la direction du syndicat ne mobilisera pas les enseignants. À la suite de son discours, les camarades du SE ont salué ses paroles par une ovation massive, soulignant que le temps des mots est passé, qu’il est maintenant temps de lutter pour la défense de l’éducation publique et de notre avenir.

Sa présence ainsi que celle du Président de la CEAPA (association espagnole des parents) et d’un membre de premier plan d’Izquierda Unida ont témoigné de la qualité du SE. Le caractère de classe du SE et le lien incassable qu’il entretient avec la classe ouvrière ont été soulignés tout au long du Congrès. Orateur après orateur ont rappelé qu’il ne s’agissait pas d’un simple syndicat étudiant avec mais bien d’un syndicat d’étudiants ouvriers, attaché à la lutte de la classe ouvrière dans son ensemble contre l’austérité et le capitalisme.

L’atmosphère était électrisante tout au long du week-end. Les participants, dont beaucoup n’ont rejoint le syndicat qu’au cours des dernières semaines ou derniers mois, étaient remplis de confiance et de combativité. La colère contre la classe dirigeante, la tristesse de l’émigration de masse et la détermination à lutter pour un avenir ont été vivement illustrés.

En dépit de leur jeunesse et du fait qu’ils étaient nouveaux dans la lutte, ils ont déjà organisé une mobilisation de masse victorieuse. Une des choses les plus visibles dans ce Congrès fut la manière dont de nouveau dirigeants de masses se lèvent parmi la jeunesse et la classe ouvrière, en particulier parmi les jeunes femmes.

Des centaines de personnes célèbrent l’anniversaire du SE et d’Izquierda Revolucionaria / El Militante

Le samedi soir, un rassemblement conjoint a été organisé pour célébrer le 30e anniversaire du SE et le 40e anniversaire d’Izquierda Revolucionaria / El Militante (IR), l’organisation marxiste révolutionnaire qui a formé le syndicat et qui continue de le diriger.

Plus d’une douzaine d’orateurs ont pris la parole. Antonio Garcia Sinde, dirigeant syndical d’IR, a parlé de la naissance de Nuevo Claridad, une organisation trotskyste travaillant dans des conditions clandestines sous la dictature franquiste. Un petit groupe de jeunes révolutionnaires, a-t-il expliqué, a pris contact avec la Tendance Militant en Grande-Bretagne (devenue aujourd’hui le Socialist Party) et a développé les méthodes nécessaires pour construire une force puissante. Ils ont bientôt occupé une position dirigeante dans le mouvement ouvrier et socialiste au Pays basque et dans d’autres régions. Des représentants de COMUNA, une organisation de prisonniers politiques sous Franco, ont également salué le rassemblement.

Des intervenants de toute l’histoire du SE et d’El Militante ont abordé l’histoire du syndicat de sa fondation au mouvement anti-guerre et à la lutte en réponse aux attentats terroristes de Madrid en 2004.

Xaquin Garcia Sinde, syndicaliste de l’industrie des chantiers navals et cadre historique d’IR, a également parlé de l’histoire des deux organisations et du potentiel que peut atteindre une petite organisation armée d’idées, de tactiques et de programmes. Les représentants de la lutte héroïque des travailleurs de Coca Cola, qui ont mené une bataille militante depuis plus de deux ans, ont été salués comme des héros lors du rassemblement.

El Militante / Izquierda Revolucionaria a été fondée comme une section du Comité pour une Internationale Ouvrière, mais une scission de nos forces a pris place au début des années ’90, ce qui a les conduits à parcourir un chemin différent pendant plus de 20 ans. Les racines communes des deux organisations ont été mises en lumière durant tout le week-end. Les références au Militant britannique, à la bataille de Liverpool dans les années 1980, etc. ont été multiples. La participation au week-end de camarades du CIO et de Peter Taaffe, représentant le Secrétariat international du CIO, a constitué un élément clé du processus de discussions et de collaborations dans lequel nous nous trouvons à nouveau. Sean Burns, du Socialist Party (section du CIO en Irlande du Nord) a également pris la parole au nom des jeunes camarades du CIO présents et qui étaient venus du Portugal, d’Irlande, d’Angleterre et du Pays de Galles, de Belgique et d’Allemagne.

Peter a reçu une standing-ovation avant même qu’il n’ait commencé à parler! Il a salué le Congrès au nom du Socialist Party, héritier de l’héritage du Militant qui a vaincu Thatcher non pas à une, mais à deux reprises. Il a expliqué comment nos réussites passées et actuelles, ainsi que celles du SE aujourd’hui, démontrent la nécessité d’une direction révolutionnaire et de méthodes et tactiques adéquates, même dans la lutte pour arracher des réformes. La construction de l’unité entre le CIO et IR représente une étape importante dans la construction de cette direction socialiste révolutionnaire, qui sera la clé de la prochaine période internationale.

La salle s’est de nouveau levée tandis que Peter expliquait que si le XXe siècle avait été celui de la lutte révolutionnaire, le XXIe serait celui de la victoire révolutionnaire. Paraphrasant les héroïques sans-culottes de la révolution française dont le mot d’ordre était «tremblez tyrans, les masses arrivent», il s’est adressé à Donald Trump en disant: «Trump, la classe ouvrière arrive».

Juan Ignacio Ramos, qui fut le premier secrétaire général du SE lors de la bataille historique de 1986/87 et qui est actuellement secrétaire général d’IR, fut le dernier orateur. Son récit graphique de la façon dont un petit groupe révolutionnaire audacieux avait construit une rébellion de masse de la jeunesse contre le gouvernement Gonzalez, menant à trois mois de grèves étudiantes et d’occupations, était électrisant. Les victoires remportées par ce mouvement – y compris l’enseignement gratuit de deuxième niveau et la construction d’écoles – figurent parmi les droits défendus aujourd’hui par le SE.

Juan Ignacio a détaillé toutes les tentatives du gouvernement Gonzalez : affrontement, tentative de corruption de dirigeants du SE naissant,… Tout cela fut vain. Le caractère incorruptible, audacieux et révolutionnaire est aujourd’hui encore bien visible de tous et ce Congrès en fut le parfait témoignage.

Le SE et IR ont un énorme potentiel de croissance et de développement. Beaucoup d’étudiants présents ont pris la décision de rejoindre IR pendant le week-end, reconnaissant que combattre et être organisé est la clé, mais que ce n’est pas suffisant. Une direction politique socialiste révolutionnaire doit également être construite.

Tous les membres du CIO qui ont assisté au congrès sont convaincus qu’IR est sur la bonne voie vers la construction d’un tel instrument politique.

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