Questions/Réponses. Quelle analyse du résultat des élections présidentielles américaines ?

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Ces élections ont conduit Donald Trump, un raciste misogyne ignorant démago milliardaire au poste le plus puissant du monde. Ci-dessous, Conor Payne et Eddie Mccabe (Socialist Party, section du Comité pour une Internationale Ouvrière en république irlandaise) se penchent sur les questions les plus urgentes qui en découlent.

Comment Trump a-t-il pu l’mporter alors qu’il était l’un des candidats les plus détestés de l’histoire américaine?

Ces élections étaient bizarres : le deuxième candidat le plus détesté de l’histoire est parvenu à perdre face au plus détesté. L’élection de Trump à la présidence n’implique donc pas un soutien majoritaire pour lui ou pour sa politique. Il a du reste gagné la course avec moins de 26% de l’électorat et a perdu le vote populaire de deux millions de voix.

99 millions de personnes, soit 43% de l’électorat, et en particulier la classe ouvrière et les pauvres, n’ont tout simplement pas été voter. Cela a particulièrement affecté le Parti démocrate, dont le vote s’est effondré d’environ neuf millions de voix par rapport à l’élection d’Obama en 2008. La participation était moindre parmi les noirs, la jeunesse et d’autres couches-clés de la base traditionnelle du Parti démocrate qui n’ont pas ressenti d’enthousiasme pour la candidature de Clinton.

Trump a d’autre part été en mesure de gagner à lui des membres de la classe ouvrière de la «Rustbelt» ( »ceinture de rouille », nord-est industriel du pays, NDT) qui avaient été convaincus par Obama en 2012. Ces villes sont fortement touchées par la désindustrialisation et les accords commerciaux néo-libéraux tels que l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain). Les attitudes racistes et sexistes de Trump ont joué un rôle, ces éléments sont profondément ancrés dans la structure même du capitalisme américain. Mais le soutien accordé à Trump par une partie de la classe ouvrière essentiellement blanche reflète un grand désespoir de même que la volonté de voter pour n’importe quel candidat semblant offrir un changement ou semblant être une opposition à l’establishment.

Trump a capitalisé sur cette colère avec ses attaques contre les accords commerciaux tels que le TPP et le TTIP, son discours sur le «système truqué» et ses appels aux «hommes et femmes oubliés.» La victoire de Trump souligne la crise et la décadence du capitalisme américain et de ses partis politiques. L’establishment républicain a été incapable de le vaincre dans les primaires et celui des démocrates a subi le même échec avec les élections générales. Cela illustre l’affaiblissement de l’autorité et de la base de soutien des deux partis de Wall Street à mesure que le mécontentement se développe dans la société américaine.

Pourquoi Hillary Clinton a-t-elle échoué?

En tant qu’alternative à Trump, le Parti démocrate a misé sur Clinton: la figure représentant le plus parfaitement le statu quo et la domination de l’establishment, de Wall Street et de la guerre. Ses discours payés par les banques de Wall Street, son bilan en tant que secrétaire d’État et le scandale des emails divulgués par Wikileaks ont démontré que Clinton est personnellement impliquée dans ce qu’elle prétendait vouloir combattre.

Au cours des primaires du Parti démocrate, la machine du parti a durement lutté pour s’assurer que Clinton soit nommée et que la campagne de Bernie Sanders soit battue. Sanders a remporté un énorme soutien en défendant des soins de santé solidaires, un enseignement gratuit, un salaire minimum fédéral de 15 $ de l’heure et une «révolution politique contre la classe milliardaire».

Cette campagne avait le potentiel de couper l’herbe sous le pied du populisme de droite de Trump. Un sondage effectué la semaine de l’élection a montré que Sanders aurait vaincu Trump avec 56% des suffrages contre 44%. En truquant les primaires en faveur de Clinton, le Parti démocrate porte sur lui une énorme responsabilité quant à la victoire de Trump. Si l’establishment démocrate n’était pas aussi éloigné de l’atmosphère qui vit au sein des masses, il aurait pu faire des gestes envers la campagne de Sanders et adopter certaines de ses propositions. Il ne l’a pas jugé utile. Au lieu de cela, Clinton a répondu au slogan de Trump, «make America great again» avec le délirant «l’Amérique est déjà grande.» L’establishment démocrate a présenté un choix qui se résumait au statu quo ou à Trump. Nous avons vu pour quel résultat.

Un establishment politique discrédité ne peut pas vaincre Trump. Pour faire échec à son projet politique, les mouvements sociaux de travailleurs, de femmes, de migrants, de personnes LGBTQI et de toutes les autres cibles de la droite républicaine doivent s’unir et construire un rapport de force. Il faut en finir avec la camisole du Parti démocrate et créer une nouvelle alternative politique : un parti pour et par la classe ouvrière.

A quoi ressemblera la présidence Trump ?

Il faut encore voir quelles sont les promesses que Trump va essayer de tenir. Il s’agit fondamentalement d’un populiste, pas d’un politicien aux principes ou convictions solides. Ses fréquents virages 180 degrés l’ont suffisamment démontré. Il a immédiatement fait marche arrière concernant l’arrestation d’Hilary Clinton suite au scandale de ses emails, par exemple.

L’establishment capitaliste qui a massivement soutenu Clinton fera tout son possible pour s’opposer aux politiques et à la rhétorique qui iront à l’encontre de ses intérêts, à l’instar des politiques protectionnistes qui menacent les accords commerciaux tels que le TTIP et l’ALENA. La droite républicaine dont il s’est entouré veillera à cela.

Mais il y a trois choses dont nous pouvons être certains :

1) Trump sera le président de la classe des milliardaires. Il veut par exemple supprimer les biens maigres législations du secteur bancaire. C’est un joli cadeau pour Wall Street. Il veut accroitre les dépenses militaires et se montre ainsi favorable à l’industrie de l’armement. Son approche anti-climat sonne telle une berceuse aux oreilles des compagnies d’énergie. Tout son projet fiscal – 5,5 milliards de dollars – est en faveur des plus riches : 83% de cette somme est destinée aux 20% les plus riches de la population et 50% au seul 0,1%.

Protestation anti-Trump à New York.
Protestation anti-Trump à New York.

2) Trump n’a rien à offrir à la classe ouvrière, y compris aux pauvres électeurs blancs du Wisconsin, de l’Iowa, de l’Indiana et de la Pennsylvanie qui sont passés des démocrates aux républicains lors de ces élections. Trump a pu abuser de leurs votes pour disposer des grands électeurs nécessaires à sa victoire. Toutes les conquêtes sociales obtenues par une lutte acharnée des années durant (y compris les programmes comme Medicaid et Medicare) sont aujourd’hui gravement menacées, tout comme le droit à l’avortement et les droits des personnes LGBTQI.

3) La présidence de Trump provoquera d’importantes convulsions sociales. Son régime va poursuivre son offensive de droite et réactionnaire contre les travailleurs, les femmes, les personnes de couleur, etc. La résistance sera forte, avec des manifestations de masse, des grèves et d’autres formes de lutte. Les forces d’extrême droite et les forces racistes – y compris parmi la police – se sentiront encouragées par sa victoire. Il faudra s’organiser contre ces groupes. Nous avons déjà pu voir un aperçu des luttes que nous réserve la période à venir. Et les choses sérieuses n’ont pas encore commencé.

socialistalternative_trumptowerLors de la première rencontre entre Trump et Obama, des partisans de Clinton comme Oprah Winfrey ont tweeté, « #Hopelives ». Le journaliste du New York Times, Nicholas Kristof a défendu auprès de ses lecteurs de « donner une chance à Trump ». Obama a exprimé les espoirs d’une grande partie de l’establishment qui, compte tenu de l’inexpérience de Trump, pensent qu’il sera peut-être plus mesuré et tempéré dans son nouveau rôle. Il a déclaré : «mener campagne est une chose différente que gouverner. Je pense qu’il le reconnaît. »

Ce pseudo-espoir va à l’encontre de la réalité. Trump n’a pas du tout renié son projet de construire un mur à travers la frontière mexicaine, d’attaquer les droits à l’avortement et d’expulser jusqu’à trois millions d’immigrants sans papiers au cours des deux prochaines années. Un coup d’œil à son équipe de transition démolit l’idée que son administration agira comme un contrôle sur ses ambitions sauvages.

Qu’est ce que l’Alt-right?

La personnalité la plus alarmante nommée par Trump est le suprématiste blanc détraqué, Steve Bannon, qui deviendra son stratège en chef. Bannon a déjà décrit son site Breitbart News comme « la plate-forme de l’Alt-right ». Le mouvement Alt-right ou  »droite alternative » est une mouvance de conservatisme d’extrême droite qui embrasse et favorise généralement le suprématisme blanc, l’antisémitisme, le sexisme, l’homophobie et la transphobie. Le site web néo-nazi, Daily Stormer, a qualifié Bannon de « notre homme à la Maison Blanche ».

En ligne avec la misogynie profonde de Trump, le site Web de Bannon a publié un article titré, «le contrôle des naissances rend les femmes peu attrayantes et folles». Bannon a d’ailleurs été accusé de violences conjugales envers son ex-femme. Elle a finalement été dissuadée de témoigner.

Trump a également nommé Myron Ebell à la transition de l’Agence de protection de l’environnement pour son administration. À l’instar de Trump, Ebell est un dangereux climato-sceptique qui a longtemps présidé la Cooler Heads Coalition, un groupe qui décrit sa mission comme étant de «dissiper les mythes du réchauffement planétaire».

Le 26 novembre prochain, nous accueillerons à Bruxelles KSHAM SAWANT, élue au Conseil de la ville de Seattle (plus d’infos sur l’événement – Qui est Kshama Sawant ?)

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