Crise: marxistes contre libéraux

Le 18 mars, Etudiants de Gauche Actifs (EGA) et Résistance Internationale (les mouvements étudiants et lycéens du PSL) ont organisé ensemble à Gand une Journée Anticapitaliste au cours de laquelle se sont tenus plusieurs débats. Une centaine de jeunes y ont participé. Le premier débat, qui a réuni Jonas Van Vossole, pour EGA, et Patrice Viaene, pour les étudiants libéraux du LVSV, a permis une confrontation éclairante entre les visions marxiste et libérale de la crise économique et de la société.

Par Michiel (Gand)

Jonas a expliqué que la crise économique était le produit d’un système capitaliste en faillite. Au 19e siècle déjà, Marx avait démontré que le capitalisme conduisait inévitablement à des crises de surproduction, parce que la classe laborieuse n’était pas capable de racheter toutes les marchandises qu’elle avait produites. Afin de repousser l’arrivée de la crise, le capitalisme a encouragé ces dernières années les crédits à bas prix. Aujourd’hui, la bulle spéculative est en train d’éclater avec toutes les conséquences en forme de drames sociaux. Il est nécessaire de rompre avec le capitalisme où seule la logique de profit est en vigueur. Face au système actuel, il faut une économie planifiée démocratiquement.

Patrice Viaene a fait tout son possible pour se distancier de la situation de crise actuelle (la confiance des libéraux dans leur propre système, n’est semble-t-il plus aussi importante qu’avant !). Il a expliqué qu’un système capitaliste parfait – et encore plus un système libéral parfait – n’a jamais existé. Dans un tel système, la soi-disant « main invisible » du marché permettrait de transformer la motivation égoïste de profit de l’individu en une richesse croissante pour tous. Une telle société libérale devait selon le LVSV être plus facilement réalisable qu’une économie planifiée car une société complexe comme la nôtre ne pourrait jamais être planifiée totalement.

Concrètement, Viaene a lancé un plaidoyer pour « un capitalisme plus responsable » et pour le principe du « narrow banking », où les banques d’investissement et les banques de dépôts seraient strictement séparées. Cela suffirait, pense-t-il, pour éviter que les gens voient leur argent s’évaporer alors même qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes des actions. En somme, la crise du capitalisme ne doit pas être combattue avec moins mais avec plus de capitalisme.

Après ces deux brèves introductions, une discussion mouvementée et salée a suivi. Une première discussion a porté sur les salaires. Les libéraux ont défendu l’argument traditionnel comme quoi les salaires devaient faire partie d’un accord libre (et individuel) entre le salarié et le patron. Selon eux, cela permettrait la création d’emplois. En revanche, dans les secteurs en difficultés, le fait que les salaires soient maintenus « artificiellement » à un trop haut niveau serait un stimulus négatif pour le marché et l’emploi.

Au contraire, dans la vision marxiste, l’individualisation du rapport de travail entre le travailleur et son patron serait utilisée par celui-ci pour limiter le choix entre un salaire de misère et une pauvreté totale. En outre, la jungle économique qui règne dans le marché soi-disant libre conduit à l’absorption des petites entreprises par les plus grandes, ce qui provoque une monopolisation toujours plus importante. Cela renforce la position du patronat qui peut mieux imposer ses conditions aux salariés individuels.

Un autre point de discussion a été le rôle de l’individu dans la société. Là où les libéraux considèrent l’individu comme largement séparé de son contexte et de sa position de classe, les marxistes pensent que la position dans la société de l’individu ne peut pas être ignorée et qu’elle est même déterminante. L’individu ne vit pas isolé d’une couche ou d’une classe plus large à laquelle il appartient. Cette classe, en dernière instance, contribue à la socialisation de tous et influence aussi les choix personnels possibles. Afin de libérer l’homme en tant qu’individu, il faudra une lutte collective de la classe des travailleurs contre la classe des patrons pour une autre société. Dans cette lutte, nous nous enrichirons en tant qu’individus dans le partage d’expérience avec d’autres.

Le débat s’est conclu par les brèves conclusions des deux orateurs où s’est à nouveau exprimée clairement la contradiction entre le travail et le capital. Là où les marxistes défendent la nécessité d’une économie démocratiquement planifiée avec une production pour les besoins de la majorité de la population, les libéraux continuent à défendre la recherche du profit individuel comme la force motrice d’une économie saine. Les libéraux ont prudemment laissé de côté le fait que le système libéral actuel est en crise.

Ce débat n’avait évidemment pas comme but de nous convaincre les uns les autres. Nous avons plutôt voulu mettre en évidence la confrontation des idées. En ce sens-là, cela a été un débat intéressant et nous remercions les étudiants libéraux pour le courage qu’ils ont eu de s’engager dans un débat avec nous.

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