[INTERVIEW] Espagne: un pays et une social-démocratie en crise

GRA138. MADRID, 01/08/2014.- El secretario general del PSOE, Pedro Sánchez, ha comparecido hoy en rueda de prensa para hacer una revisión de la gestión del Ejecutivo en los primeros seis meses del año, en el que es su primer balance como líder de la oposición. EFE/Paco Campos

Interview de Viki Lara de Socialismo Revolucionario

La social-démocratie espagnole (PSOE) est plongée dans la crise. Les défaites électorales se sont succédées depuis 2011, une chute abyssale qui s’explique par le rejet de son soutien à l’austérité et aux réformes constitutionnelles au bénéfice des banques et de l’élite capitaliste. Début octobre, lors du Comité fédéral du PSOE, cette crise a éclaté aux yeux de tous. Son secrétaire général, Pedro Sanchez, a été forcé de démissionner suite à une manœuvre préméditée par plusieurs dirigeants régionaux et des figures historiques du PSOE.

Propos recueillis par Marissa (Bruxelles)

Quels sont les motifs de cette lutte interne?

Le cycle de luttes et de mouvements sociaux que nous avons connu entre 2011 et 2014 s’est traduit par une crise du système des deux partis (PP et PSOE) et par un blocage institutionnel. Cela fait déjà plus de 300 jours que le gouvernement n’est pas formé. Au final, la décision de convoquer de troisièmes élections ou de faciliter l’arrivée d’un gouvernement minoritaire du PP (droite officielle) se trouvait dans les mains du PSOE. Le parti était divisé. Le coup d’Etat interne qui a forcé la démission de Pedro Sanchez a mis en évidence qu’une partie de la direction est prête à sacrifier sa propre organisation pour assurer la ‘‘stabilité’’, c’est-à-dire, la poursuite de la politique d’austérité budgétaire imposée par l’UE.

Quel sentiment vit à la base du parti?

Une couche importante de la base est issue de la classe ouvrière, en dépit de la bourgeoisification du parti. Elle rejette majoritairement les politiques du PP et désire un changement de gouvernement. Des mouvements ont eu lieu parmi la base avec des assemblées locales, des lettres ouvertes, etc. Une pétition pour la tenue d’un congrès exceptionnel du parti et de nouvelles primaires, pour confirmer Sanchez comme président, a recueilli plus de 80.000 signatures de militants. Mais il n’y a pas eu de vote au niveau fédéral jusqu’à présent.

Peut-on comparer Pedro Sanchez à Jeremy Corbyn?

Une partie de la direction ressent la pression de la base contre un nouveau gouvernement Rajoy. Pedro Sanchez reflète également l’attitude d’une partie de la direction, la plus consciente du danger de la pasokisation, en référence au parti social-démocrate grec, le Pasok, qui a été balayé du paysage politique pour avoir soutenu un gouvernement de droite. Mais Sanchez a très rapidement accepté sa chute. Plutôt que d’assister à une bataille interne, comme c’est le cas avec la campagne de soutien à Jeremy Corbyn dans le Parti travailliste britannique, il y a une mise en scène des contradictions internes du PSOE et de sa décomposition. Autre différence majeure avec le Royaume-Uni : les nouvelles formations politiques comme Unidos Podemos ont capté la moitié de l’électorat socialiste.

Dernièrement, Pablo Iglesias (Podemos) a adopté un virage à gauche dans son discours. Qu’est-ce qui explique ce changement?

Les dernières élections n’ont pas livré un résultat correspondant aux attentes. La gauche anti-austérité n’est pas parvenue à dépasser le PSOE et le PP était de nouveau le plus grand parti. Cela ne signifie toutefois aucunement que la société adopte un virage à droite. Les courants de colère sont profonds sous la surface. Une bataille politique prend également place au sein de Podemos. Le groupe représenté par le leader Pablo Iglesias estime que l’image de transversalité et de modération de la dernière campagne électorale n’est pas la voie à suivre. Récemment, Pablo Iglesias a souligné la nécessité d’une grève générale si le PP arrive au pouvoir. Il propose de la soutenir et d’aider à la préparer avec le parti, ce qu’il n’a jamais défendu précédemment. Ce développement est très positif. Il reflète la pression de la base de Podemos pour reconstruire la mobilisation dans la rue. Ce changement de de rhétorique est très intéressant, mais le facteur déterminant pour que ce changement n’en reste pas au stade de paroles, c’est l’ampleur de la lutte des travailleurs et des mouvements sociaux.

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