Soins de santé: l’éternel dindon de la farce ?

colereblanche

24 novembre : grève nationale et manifestation

Dès son entrée en fonction, ce gouvernement a annoncé 2,6 milliards d’euros d’économies dans les soins de santé pour la fin 2016. Le ton était donné… Début septembre, le ministère a suggéré que ce montant s’élève à 3, 6 milliards d’ici la fin de la législature. La rapidité et la brutalité des coupes budgétaires laissent cependant penser que ce montant est sous-estimé. La facture est maintenant évaluée à environ 3,84 milliards d’euros. Pour 2017, cela signifie concrètement une économie de 902 millions d’euros. Un tiers des économies totales du dernier budget retombe donc sur le dos de la sécurité sociale.

Par un délégué syndical du secteur

Les soins de santé représentent un secteur important de l’économie. Conclusion : il y beaucoup d’argent à aller ramasser là-bas. ‘‘Les dépenses de santé représentent aujourd’hui un peu plus de 10% du produit intérieur brut (PIB), dont 2% sont financés par les gens eux-mêmes, et 8% par la collectivité. En termes de dépenses, c’est également l’un des secteurs les plus importants de notre sécurité sociale, car aujourd’hui il absorbe presque 40% de nos dépenses en sécurité sociale. Ce secteur est en croissance constante, mais surtout il croît plus vite que le PIB. Par conséquent, la part des dépenses totales de santé dans le PIB est en constante augmentation.’’ (Information CM 263, mars 2016)

Maggie De Block tente de s’ériger en défenseure des soins de santé, mais en réalité, elle nous a concocté un mélange explosif pour l’avenir proche. Sans surprise, Maggie se contredit sans cesse. Le train à grande vitesse des mesures d’économie majeures et des réformes profondes du secteur des soins de santé sortira complètement des rails et ce plutôt tôt que tard.

En ce qui concerne les réformes fondamentales, nous pouvons être brefs. Au fur et à mesure que les textes en provenance du SPF Santé publique paraissent, la direction que prend le projet devient évidente: de soins de santé collectifs, européens et non marchands, nous allons vers un système hyper-individualisé, à l’américaine et commercial.

Nous connaissons tous le dogme libéral du ‘‘dégraissage’’ de l’Etat mais en ce qui concerne les soins de santé, le gouvernement est déjà en train de couper dans les tissus musculaires. La logique libérale suppose que si l’on va jusqu’à l’os, la collectivité ne peut plus garantir la prise en charge des soins de santé et donc le secteur commercial sera accueilli à bras ouverts comme le sauveur de la patrie.

Pour Maggie De Block, la réforme serait indolore pour le patient: un pur non-sens !

Voici déjà une liste non-exhaustive… Les allocations de maladie, d’accidents de travail ou d’invalidité ont subi un saut d’index (tout comme les salaires). En revanche, les soins de santé sont de plus en plus chers. Le ticket modérateur pour une visite chez le spécialiste est porté à 12 euros. La contribution des personnes qui ont droit à un arrangement spécial en raison d’un revenu trop bas, sera également portée à 3 euros.

Un certain nombre de médicaments, y compris les antibiotiques et les médicaments contre les aigreurs d’estomac, seront plus chers pour le patient et certains ne seront même plus remboursés, parmi lesquels les sprays nasaux contenant des corticostéroïdes. Plus précisément, la facture de médicaments augmentera de 9% pour le patient. Punir le patient financièrement pour la surconsommation d’antibiotiques et d’anti-aigreurs d’estomac n’a pas de sens, car c’est le médecin qui les prescrit. Selon le secrétaire général de Solidaris: “Au total, le gouvernement fait payer aux patients 62 à 94 millions de plus de leurs poches. Mais ce montant peut augmenter de manière conséquente.

Il n’est pas du tout certain que les fournisseurs de soins de santé veulent conclure des accords tarifaires. Le risque est réel qu’ils compensent leurs pertes de revenu par des suppléments d’honoraire pour le patient.’’ (Communiqué de presse du 17 octobre, 2016). Concrètement, on parle ici de 300 millions d’euros!

En outre, la facture maximale augmente. Le gouvernement a également décidé d’économiser 7 millions dans les centres médicosociaux de quartier et de geler leur nombre. Et ce alors que ces centres offrent des soins gratuits et accessibles aux groupes les plus vulnérables.

Qu’en est-il des travailleurs du secteur des soins de santé?

Dans de nombreuses institutions, le personnel est déjà sur les rotules, le taux d’occupation minimum est plutôt la règle que l’exception avec toutes les conséquences que cela entraîne pour les prestations de service et donc les patients. Le vieillissement de la population frappe aussi le personnel. Les hôpitaux doivent économiser 92 millions d’euros l’année prochaine, alors même qu’un hôpital sur trois est déjà dans le rouge. Qui va endosser cela selon vous? Les économies comprennent également la mise en oeuvre accélérée des réformes dans le secteur hospitalier; c’est-à-dire, des pertes d’emploi et une diminution du nombre de lits.

Entre-temps, il n’y a plus eu, depuis 2005, d’accord social pluriannuel digne de ce nom qui ait été conclu dans les secteurs fédéraux. Depuis 2011, nous devons nous contenter des miettes qui tombent via des mini-accords alors que le besoin en personnel supplémentaire et motivé ne cesse d’augmenter.

Fin septembre, le front commun syndical n’a reçu qu’une seule réponse claire du cabinet De Block au cahier de revendications du secteur: nous sommes dans une période de réduction des dépenses! Après que le budget ait été établi en octobre, le bruit a couru que le gouvernement veut aussi s’en prendre aux jours de fin de carrière ou de RTT. Il existe différentes formules, mais la plus célèbre accorde au travailleur un jour supplémentaire de diminution du temps de travail par mois, par tranche de 5 ans, à 45 ans, 50 ans (2 jours par mois) et 55 ans (3 jours par mois). Pour l’introduction de cette mesure, les travailleurs ont dû renoncer à une augmentation de salaire dans un secteur où les salaires ne sont déjà pas confortables. La journée nationale d’actions (avec grève et manifestation) de l’ensemble du secteur social le 24 novembre ne tombe donc pas du ciel.

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